‹ RobRoyChapitre 8 sur 24 · OB-BOY · texte numérisé non relu

OB-BOY

sonne sembloit premlre à mon sort, mais sentant quel ritlicjile ce seroit jeter sur nous deux que ‘ d’amener avec moi une fille fie dix>huit ans pour me servir d’avocat, et ne voulant pas l’exposer aux traits mordants de la médisance, je in’efToreai de combattre encore sa résolution. Elle me répondit d’un tou décidé que mes efforts étoient absolument inutiles; qu’elle étoit une Vernon, c’est-à-dire d’une famille qui, pour rien au monde, ne voudroit abandonner un ami malheureux, et que tous mes beaux discours à ce sujet pouvoient être fort bons pour des miss bien jolies , bien prudentes, bien réservées, telles qu’il en fourmilloit à Londres, mais qu’ils ne s’adressoient pas à une obstinée provinciale, accoutumée à faire toutes ses volontés et à n’écouter jamais que sa tète.

Tout en parlant, nous approchions toujours du lieu de la résidence de M. Inglewood , et miss Vernon, pour m’einpécher de continuer mes remontrances, se mit à me faire le portrait du magistrat et de son clerc. Inglewood étoit, suivant sa description, un jacobite blanchi, c’est:à-dire un homme qui, après avoir long-temps refusé de prêter le serment à la nouvelle dynastie, comme la plupart des autres gentilshommes du comté, avoit fini par s’y soumettre pour obtenir la permission d’exercer les fonctions de juge de paix.

OigitTzed by€-00gfc

— Il l’a fait, me dit-elle, à la prière de tous les seigneurs des environs , qui voyoient à regret le palladium de leurs plaisirs , les lois sur la chasse, près de tomber en désuétude, faute d’un magistrat pour les faire exécuter, le tribunal de justice le plus voisin étant celui du maire de Newcastle, qui, aimant beaucoup mieux manger le gibier sur sa table que de le poursuivre dans les bois, protégeoit le braconnier au détriment du chasseur. Voyant donc qu’il étoit urgent que l’un d’eux sacrifiât ses scrupules au bien général, les gentilsbommes du comté de Northumberland jetèrent les yeux sur Inglewood , qui, d’un caractère naturellement apathique et indolent, paroissoit de-, voir se prêter sans beaucoup de répugnance à tous les credo politiques. Après avoir trouvé M. Inglewood pour porter le nom déjugé, il fallut chercher quelqu’un pour en remplir les fonctions : c’étoit bien le corps du tribunal , mais il falloit lui trouver une âme à présent pour diriger et animer ses mouvements. Un malin procureur de Newcastle, nommé Jobson, parut fort en état de conduire la machine. Ce Jobson, qui, pour varier ma métaphore, trouve que c’est un fort bon métier que de vendre la justice à renseigne du bon M. Inglewood, et dont les émoluments dépendent de la quantité d’affaires qui passent par ses mains, soutire tant qu'il peut l’argent

lies pauvres plaideurs , et met tant de zèle à faire venir pour les moindres causes les parties devant le tribunal, que l’honnête juge ne sait où donner de la tête. Enfin il n’y a pas une marchande de pommes, à dix milles à la ronde, qui puisse régler son compte avec la fruitière sans une audience que le juge lui accorde à contre-cœur, mais que son malin clerc , M. Joseph Jobson, sait le forcer de donner. La scène la plus risible, c’est lorsque les affaires qu’ils ont à juger, telle que la vôtre, par exemple, ont quelque rapport à la politique.

M. Joseph Jobson ( et sans doute il a des raisons pour cela ) est un zélé défenseur de la religion protestante et un chaud partisan de la nouvelle dynastie. D’un autre côté, le juge, qui conserve une espèce d’attachement d’instinct pour les opinions qu’il professoit avant le jour où il se relâcha « quelque peu de ses principes, dans la vue patriotique (le faire exécuter la loi c<jntre les destructeurs sans patente des lièvres et des perdrix , se trouve assez embarrassé quand le zèle de son clerc l’entraîne dans des procédures judiciaires qui lui rappellent son ancienne croyance; et au^ lieu de seconder les efforts de Jobson, il ne manque jamais de lui opposer l’inactivité et l’indolence.

Ce n’est pas qu’il manque entièrement d’énergie: au contraire, pour quelqu’un dont le principal plaisir est de boire et de manger, il est assez gai

Digifized by'(îno;rh

et assez alerte; mais cest ce qui rend sa nonchalance factice encore plus comique. Dans ces sortes cl occasions, Jobson, comme un vieux cheval poussif qui se voit coiulamné à traîner une lourde charrette, s’essouffle et se démène pour mettre le juge eu mouvement, tandis que le poids de la voiture résiste aux efforts réitérés de l’impuissant quadrupède qui ne peut réussir à l’ébranler : mais ce qui désespère le pauvre bidet, c’est que cette même machine qu’il trouve si difficile de mettre eu mouvement, roule quelquefois toute seule, malgré les ruades du limonier, lorsqu’il s’agit de rendre service à quelques-uns des anciens amis de M. Inglewood. M. Jobson s’emporte beaucoup alors, et répète partout qu’il dénonceroit le juge au conseil d’état près le département de l’intérieur, sans l’amitié particulière qu’il porte à M, Inglewood et à sa famille.

Comme miss Vernon terminoit cette singulière description, nous nous trouvâmes devant la maison de M. Inglewüc4, vieil et gothique édifice .dont l’extérieur avoit quelque chose d’imposant.

Uon-Roy. Tom. i.

Page 1