‹ RobRoyChapitre 7 sur 24 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

^ Bardo!ph.-~ Le shériff est à la porte arec une grosse escorte.

UenKT IV, I'* partit.

Je découvris, non sans peine, l’appartemenl qui m’étoit destiné; et ni’étant concilié les bonnes grâces des domestiques de mon oncle , en employant des moyens qu’ils étoient le plus capables d’apprécier, je m’y renfermai pour le reste de la soirée, ne me souciant pas d’aller rejoindre mes aimables parents, qui, à ce que j’en jugeai par les cris et par le tapage qui continuoient à se faire entendre dans la salle du banquet, n’étoient guère d’agréables compagnons pour un homme sobre.

Quelle pouvoit être d’intention de mon père,, en m’envoyant demeurer au milieu d’une famille aussi singulière? C’étoit dans ma position la réÿ flexion plus naturelle, et ce fut la première à laquelle je me livrai. A la réception que ra’avoit faite mon oncle , je ne pouvois douter que je ne dusse faire un assez long séjour près de lui ; son hospitalité fastueuse, mais mal'entendue, le ren* doit assez indifférent sur le nombre de ceux qui mangeoient à sa table ; mais il étoit clair que ma

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présence ou mou absence ne iui causoit pas plüs ' d’émotion que celle du dernier de ses gens, et beaucoup moins que la maladie ou la guérison d’un de ses chiens. Mes cousins étoient de véritables oursons dans la compagnie desquels je pouvois perdre, si je voulois, l’amour de la tempérance et de la sobriété, sans en retirer d’autre avantage que d’apprendre à éverrer les chiens, à panser les chevaux et à, poursuivre les renards.

Je ne pouvois trouver qu’une raison qui expli- »• quât la conduite de mon père, et c'étoit probablement la véritable. Il regardoit la vie que l’on’ menoit à Osbaldistone-Hall comme les conséquences naturelles et inévitables de l’oisiveté jet de l’indolence, et il vouloit, en me faisant voir un spectacle dont il savoit que je serois révolté , me décider, s’il étoit possible , à prendre une part active dans son commerce. En attendant, il rece» vroit chez lui Rashleigh Osbaldistone ; mais il avoit cent moyens de lui faire avoir une place

avantageuse, dès qu’il voudroit s’en débarrasser.

En un mot , quoique j’éprouvasse un certain remords de conscience de voir, par suite de mon obstination, Rashieigh, dont miss Vernon m’a-, voit fait un jiortrait si défavorable , sur le point de travailler dans la maison de mon père , et peutêtre même de s’insinuer dans sa confiance , je le faisois taire en réfléchissant que mon père n’en-

teiuloit pas que personne se mêlât tle ses affaires; qu’il éloit difficile de le tromper ou de l’éblouir, et que d’ailleurs je n’avois que des préventions , peut-être injustes, contre ce jeune homme, préventions qui m’avoient été inspirées par une jeune fille étourdie et bizarre, qui parloit sans réfléchir, et qui sans doute ne s’étoit pas donné la peine d’approfondir le caractère qu’elle prétehdoit condamner. Alors mes réflexions se tournoient sur miss Vernon, sur son extrême beauté, sur sa situation critique, se trouvant livrée à ellemême, au milieu il’une espèce de bande de sauvages, à l’âge où il sembloit qu’elle devoit avoir le plus besoin de conseils; enfin sur son caractère, qui offroit cette variété attrayante qui pique notre curiosité, et excite notre attention en dépit tle nous -mêmes. Demeurer avec une jeune personne si singulière, la voir tous les jours, à tous les moments; vivre avec elle dans la plus grande intimité, c’étoit une diversion bien agréable à l’ennui que ne pouvoient manquer d’inspirer les somnifères habitants d’Osbaldistone - Hall ; mais combien aussi cette situation seroit dangereuse! Cependant, malgré tous les efforts de ma prudence, je ne pus me décider à me plaindre beaucoup des nouveaux périls que j’allois courir. Je fis taire d’ailleurs mes scrupules en formant intérieurement tles projets admirables.

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Je serois toujours sur mes gardes, toujours plein'de réserve; je m’observerois quand je serois avec miss Vernon, et tout iroit assez bien^

Je m’endormis dans ces réflexions, miss Vernon ayant naturellement ma flérnière pensée.

Je ne puis vous dire si son image me poursuivit pendant la nuit; car j’étois fatigué 5 et je dormis profondément. Mais ce fut la première personne à qui je pensai le lendemain, lorsqu’à la pointe du jour je fus réveillé en sursaut par les sons bruyants du cor de chasse. En un instant je fus sur pied, je fis seller mon cheval, et je courus dans la cour où les hommes, les chiens et les chevaux étoient déjà prêts. Mon oncle, qui peut- ^ être ne s’attendoit pas à trouver un chasseur trèsadroit dans la personne de son neveu, qui avoit pendant toute sa jeunesse pourri dan^ les écoles ou dans un bureau, parut surpris de me voir , et il me sembla qu’il ne me m’accneilloit pas avec la même cordialité que la veille.. — Te voilà’,* garçon ? La jeunesse est téméraire. Mais prends garde à toi. Rappelle-toi la vieille chanson : â

• Qui galope comme un fou • Sur le bord d’un précipice ,

* • Peut bien s’y casser le cou. ■

Je crois qu’il y a peu de jeunes gens, et ce sont de très-austères moralistes, qui n’airaeroient

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pas mieux se voir reprocher une légère peccadille cjue d’entendre mettre en doute leur habileté à monter à cheval. Comme je ne manquois ni d’adresse ni de courage dans cet exercice, je fus piqué de la remarque de mon oncle, et je le priai de suspendre son jugement jusqu’après la chasse.

— Ce n’est pas cela, garçon ; tu es bon cavalier, je n’en doute gas ; mais prends garde. Ton père t’a envoyé ici en me chargeant de te dompter, et je crois qu’il faut que je te mène par la bride, si je ne veux pas que quelqu’un te mène par de licou. ,

' Comme cette pièce d’éloquence étoit inintelligible pour moi ; que d’ailleurs il ne sembloit pas que l’intention de l’orateur fût que j’en fisse mon profit, l’ayant débitée à demi- voix, et que ces paroles mystérieuses paroissoient simplement exprimer quelque réflexion qui passoit par la tête de mon très-bonoré oncle, je conclus ou qu’elles avoient rapport à ma désertion de la veille , ou qiie les hautes régions de mon oncle n’étoient pas encore parfaitement remises de' la longue séance qu’il avoit faite la veille. Je me contentai de bien me promettre que s’il remplissoit mal les devoirs de l’hospitalité, je ne serois pas longtemps son hôte, et je m’empressai de saluer miss Vernou,^qui s’avauçoit de mon côté. Mes cousins

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approchèrent aussi de moi; mais, comme je les vis occupés à critiquer mon accoutrement, depuis la ganse de mon chapeau jusqu’aux éperons , de mes bottes, ne pouvant souffrir, dans leur ridicule patriotisme, tout ce qui avoit une apparence étrangère , je me gardai bien de les distraire ; et, sans paroître remarquer leurs grimaces ' et leurs chuchotements, sans même les honorer d’un regard de mépris, je m’attachai à miss Vernon, comme à la seule personne avec qui il fût possible de causer. A cheval, à ses côtés, je partis avec toute la troupe pour le théâtre futur de nos exploits. C’étoit un taillis épais, situé sur le côté d’une immense vallée entourée de montagnes. Pendant le chemin je fis observer à Diana que mon cousin Rashleigh n’étoit pas avec nous.

— Oh! me répondit-elle, c’est un grand chasseur; mais c’est comme Nemrod qu’il chasse, et . son gibier est l’homme.

Les chiens furent alors lancés dans le taillis, et encouragés par les cris des chasseurs. Tout s’agitoit, tout se remuoit. Mes cousins furent bientôt trop occupés de l’affaire importante qui alloit se . décider pour faire attention à moi. Seulement", j’entendis üick, le jockey, dire tout bas à Wilfred , le sot : Regardons si notre cousin français ne va pas tomber.

— Français? répondit Wilfred en ricanant, oh!

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oui, car U a une drôle de ganse à son chapeau.

Cependant Thornclif, cpii, malgré sa grossièreté, ne sembloit pas entièrement insensible à la beauté de sa parente, parut jlécidé à nous tenir compagnie de beaucoup plus près que ses frères, peut-être pour épier ce qui se passoit entre miss Vernon et moi, peut-être aussi pour avoir le plaisir d’être témoin de ma chute. Si c’étoit là son motif, il fut trompé dans son attente. Un renard étant parti à quelque distance, malgré le mauvais présage de la ganse française de mon chapeau , je fus toujours le premier à sa poursuite , et j’excitai l’admiration de mon oncle et de miss Vernon, et le dépit de ceux qui s’étoient bien promis de rire à mes dépens. Cependant maître renard, après nous avoir fait courir pendant plusieurs milles, parvint à nous échapper , et les chiens furent en défaut. Il m’étoit facile de remarquer l’impatience que miss Vernon éprouvoit d’être suivie d’aussi près par Thornclif Osbaldistone; et comme, aussi active que résolue, elle n’hésitoit jamais à prendre les moyens les plus prompts pour satisfaire un désir ou un caprice, elle lui dit d’un ton de reproche: — Je suis étonnée, Thornclif, que vous restiez pendu toute la matinée à la croupe de mon cheval , quand vous savez que les terriers ne sont pas bouchés du côté du moulin de Woolverton.

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— Je n'en sais rien, en vérité, miss Diana; car hier même le meunier m’a juré qu’il les avoit bouchés à midi.

— Oh! fi, Thornclif, devriez -vous vous en rapporter à la parole d’un meunier ? Voilà trois fois en huit jours que nous manquons le renard à cause de ces maudits terriers : voulez-vous que ce soit encore la même chose aujourd’hui , lorsqu’avec votre jument grise vous pourriez y aller en cinq minutes?

— Eh bien , miss Diana , je vais aller à Woolverton ; si les terriers ne sont pas bouchés, je vous promets que je punimi le meunier de son imprudence ,, et que je lui frotterai bien les épaules.

’ — Allez , mon cher Thornclif, frottez-le d'im-

'portance. Allez , partez vite. Thornclif partit au galop. — On va te frotter toi-même, ce qui remplira tout aussi bien mon but Je dois vous

apprendre à tous la discipline et l’obéissance

Savez-vous, monsieur Francis, que je vais lever lin régiment ? Oh ! mon Dieu, oui. Thornclif sera mon sergent-major ; Dick, mon maître d’équitation, et Wilfred, avec son bredouillement, qui dit trois syllabes à la fois sans en prononcer une, sera mon tambour. .

— Et Rashieigh ?

— Rashieigh sera mon espion en chef. • ' - •

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— Et ne trouverez -vous pas aussi quelque moyen de m’employer , charmant colonel ?

— Vous serez, si vous voulez, quartier-maître du régiment. Mais vous voyez que les chiens ont perdu la voie aujourd’hui. Allons , monsieur Francis, la chasse n’est pas digne de vous. Suivez-moi, je veux vous montrer une très-belle vue. 1 Et en effet elle me conduisit sur le sommét d’une jolie colline d’où la perspective étoit trèsétendue. Elle commença par jeter les yeux autour d’elle pour s’assurer qu’il n’y avoit personne près de nous ; et faisant avancer son cheval derrière un bouquet d’arbres qui nous masquoit la 'partie de la vallée où nos chasseurs poursuivoient leur proie : — Voyez-vous là-bas une montagne qui s’élève en pointe à une hauteur prodigieuse?

— Au bout de cette longue chaîne de collines? Je la vois parfaitement.

- — Et voyez-vous un peu sur la droite comme une espèce de tâche blanche?

— Très-bien , je ;vous assure.

— Cette tache blanche est un roc appelé Hawkesmore-Crag , et Hawkesmore-Crag est en Écosse.

— En vérité, je n’aurais jamais cru que nous fussions aussi près de l’Écosse.

— On ne peut pas plus près, et votre cheval vous- y conduira en deux heures.

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— Je ne lui en donnerai pas la peine. Mais il me semble que la distance est" bien de dix-huit milles à vol d’oiseau.

— Vous prendrez ma jument, si vous la croyez moins fatiguée. Je vous dis qu’en deux heures vous pouvez être en Écosse.

— Et moi , je vous dis que j’ai si peu d’envie d’y être , que si la tête de mon cheval passoit de l'autre côté des limites , je ne donnerais pas à laqueue la peine de la suivre. Q’irois-je faire en Écosse?

~ Pourvoir à votre sûreté, s’il faut parler net. M’entendez-vous à présent , monsieur Francis.

— Point du tout. Vos paroles sont pour moi -des oracles, car je n’y comprends rien.

— Alors, en vérité, il faut ou que vous me fassiez l’injustice de vous, défier de moi, et que vous soyez un fieffé hypocrite, le pendant de Rashleigh en un mot, ou que vous ne sachiez rien de ce qu’on vous impute. Mais non, à votre air ' sérieux , je vois que vous êtes de bonne foi. Bon Dieu, quelle gravité! j’ai peine à ne pas rire en vous regardant. - ’

- — D’honneur, miss Vernon, lui dis-je «impatienté de sa gaîté d’enfant, je n’ai pas la moindre idée de ce que vous voulez dire. Je suis heureux de vous procurer quelque sujet d’amusement, mais j’ignore absolument en quoi il consista.

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La chose est loin d’être rrsible, après tout, ^dit miss Vernôn en reprenant son sang-froidj mais c’est qu’il y a des personnes qui ont la figure si plaisante quand la curiosité les travaille! Parlons sérieusement : connoissez-vous un nommé Moray, Morris, ou quelque nom semblable? .

— Non pas que je me rappelle.

1 — Réfléchissez un moment. N’avez-vons pas voyagé dernièrement avec quelqu’un de ce nom?

— Le seul voyageur qui m’ait accompagné quelque temps sur la route est un original dont l’âme sembloit être dans son porte-manteau.-

— C’étoit donc comme l’âme du licencié Pédro Garcias, qui étoit parmi les ducats que contenoit la bourse de cuir. Quoi qu’il en soit, cet homme a été volé, et il a porté une accusation contre vous , qu’il suppose auteur ou complice de la violence qui lui a été faite.

— Vous plaisantez, miss Vernon!

— Non, je vous assure. La chose est comme je vous le dis.

— Et me croyez-vous capable, m’écriai-je dans un transport d’indignation que je ne chercbai pas à dissimuler, me croyez-vous capable de mériter une semblable accusation?

— Oh! mon Dieu, quelle horreur! vous m’en demanderiez raison, je crois, si j’avois l’avantage d’être homme. Mais qu’à cela ne tienne; provo-

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quez-nftoi , si vous le voulez. Je suis en état de me battre aussi bien que de franchir iine barrière.

' — Dieu jne préserve de manquer de respect

• au colonel d’un régiment de cavalerie, lui ré- ' . , jpondis-je, rougissant de mon emportement, et

cherchant à tourner la chose en plaisanterie

Mais, de grôce, expliquez-moi ce nouveau badinage. r

— Ce n’est pas un badinage; vous êtes accusé d’avoir volé cet homme , et mon oncle et moi nous . Avions cru l’accusation fondée. ‘

En vérité, je suis fort obligé à mes amis de , ’ la bonne opinion qu’ils ont de moi.

— Allons, cessez, s’il est possible, de tant vous agiter, et de humer l’air comme un cheval om- ) brageux..,. Avant de prendre le mors aux dents, écoutez au moins jusqu’au bout.... Vous n’êtes. pas accusé d’un vol honteux.... Bien loin de là. Cet homme est un agent du gouvernement. Il portoit, tant en numéraire qu’en billets, l’argent nécessaire pour payer les troupes en garnison dans le nord ; et le bruit' court qu’on lui a pris aussi des dépêches d’une grande importance.

' — Ainsi donc c’est du crime de haute trahison, et non pas d’un simple vol, que je suis accusé?

— Oui, sans doute, et c’est un qrime qu^, comme vous le savez, couvre souvent de gloire.

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aux yeux de bien des gens, celui qui a le courage de l’exécuter. Vous trouverez une foule de personnes dans ce pays, et cela sans aller bien loin, qui regardent comme un mérite de nuire, par tous les moyens possibles, au gouvernement de la maison de Hanovre.

— -Mes principes de morale et de politique, miss Vernon, ne sont pas d’une nature autsi accommodante.

— En vérité , je commence à croire que vous êtes tout -de bon un presbytérien, et qui pis est, un hanovrien. Mais que comptez-voOs faire?

— Réfuter à l’instant même cette atroce calomnie. Devant qui a-t-ou porté cette singulière accusation?

— Devant le vieux juge Inglewood, qui ne vouloit pas trop la recevoir. Il a envoyé un exprès à mon oncle, sans doute pour lui conseiller de vous faire vite passer en Écosse, et de vous mettre hors de la portée de la loi. Mais mon oncle sait fort bien que sa religion et son ancien attachement au roi Jacques le rendent suspect au gouvernement actuel, et que si l’on venoit à savoir qu’il eût favorisé la fuite d’un criminel de lèsemajesté il seroit désarmé, et, ce qui lui seroit beaucoup plus sensible, probablement démonté, comme papi.«te, comme jacobite, et comme personne suspecte.

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— Je conçois en effet que plutôt que île perilre se%clievaux il ahandonneroit son neveu.

— Son neveu, ses nièces, ses fils, ses filles, s’il en avoit, et toute la génération, reprit Diana j . ainsi ne vous fiez pas à lui, et même une seule minute, mais poussez votre cheval à toute bride,‘< et fuyez avant qu’on exécute la prise de corps.

f^-#Oui, je vais partir; mais c’est pour aller droit à la maison de ce juge Inglewood. Où de* meure-t-il?

— A environ trois milles d’ici ; là-bas, derrière ces plantations, vous pouvez voir la tourelle du château.

— J’y serai dans quelques minutes, dis-je en mettant mon' cheval au galop.

— J’irai avec vous pour vous montrer le chemin, dit miss Vernon en me suivant.

— Y pensez-vous, miss Vernon? il n’est pas..^-

excusez la franchise d’un ami, il n’est pas convenable que vous m’accompagniez dans une pareille circonstance. ' :

— Je vous comprends, dit miss' Vernon en"‘ rougissant un peu, c’est parler clairement; et . après un moment de réflexion , elle ajouta : et je crois qu’en effet votre objection prouve de < l’amitié.

— Ah! miss Vernon, pouvez-vous ‘me croireinsensible à l’intérêt que vous me témoignez, .

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répondis-je avec chaleur? Votre offre obligeante roe pénètre de reconnoissance ; iftais je ne dois pas vous laisser écouter la voix de votre générosité. C’est une occasion trop publique. C’est presque la même chose que de se présenter devant une cour de justice.

— Et quand ce seroit une cour de justice , croyez-vous que je ne m’y présenterois pas pour protéger un ami? Vous n’avez personne pour vous défendre. Vous êtes étranger; et dans ce pays, sur les frontières du royaume, les juges rendent quelquefois de singulières décisions. Mon oncle n’a pas le moindre désir de se mêler de cette affaire. Rasbleigh est absent, et quand même il seroit ici, on ne peut pas savoir quel parti il prendroit; les autres sont trop stupides pour pouvoir vous être d’aucun secours, quand ils en auroient la volonté. Bref, je suis la seule personne qui puisse vous servir, et, toute réflexion faite, j’irai avec vous. Je ne suis pas une belle dame, pour avoir peur des termes barbares de la chicane, et des perruques à trois marteaux.

— Mais, ma chère miss Vernon...

— Mais, mon cher monsieur Francis, restez tranquille, et laissez-moi faire; car lorsque je prends le mors aux dents il n’y a plus de frein qui puisse m’arrêter.

Flatté de l’intérêt qu’une aussi charmante per-

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