II. — Picquart a été le grand flétri de la journée d'hier
^ (« Je m'imagine, disait hier matin Gornély, en un langage qui est tout simplement exquis, que la plupart sinon la totalité de ces hommes de science, de littérature, d'art, de savoir enfin, marchent les yeux levés sur le divin fantôme de la Justice, que c'est rinstinct, le besoin de la justice, le sentiment de la solidarité humaine qui les soulèvent. »
Mon vieux camarade Cornély serait bien aimable de me dire pourquoi le divin fantôme ne s'est révélé à ces intellectuels que lorsqu'il s'est agi d'un Juif soutenu par tous les millions d'Israël ?
Pourquoi ces belles âmes sont-elles restées insensibles aux souffrances de Turpin ?
Pourquoi tous ces défenseurs de la légalité n'ont-ils pas protesté lorsqu'on refusait de donner communication à Turpin des scellés n°* 1 et 2 qui contenaient des pièces indispensables à sa défense ?
Je vous vois rire, Cornély.
LE MINISTÈRE DUFUY 443
C'est égal, les membres du Syndicat « marchant les yenx levés sur le divin fantôme de la Justice», c'est une trouvaille qui n'est pas banale et qui ferait une délicieuse légende pour un dessin de Forain.
Turpin, cependant, était autrement intéressant que Plcquart.
Il n'appartenait pas au ministère de la guerre ; if n'avait pas livré des dossiers dont il était dépositaire à 4'occasion de ses fonctions.
Il avait trouvé, par hasard, en Angleterre, chez les Amstrong, des documents qui prouvaient qu'on avait trafiqué de son invention, qu'on l'avait dépouillé, et il les avait publiés pour prouver qu'il n'avait pas tort de «e plaindre.
Personne, encore une fois, n'a proposé de prendre 'des mesures spéciales pour sauver ce grand plébéien et, «auf erreur, je ne crois pas que Millerand soit intervenu -en sa faveur.
A rheure actuelle, tous les hommes de bon sens, tous des vrais démocrates sont frappés de cette différence entre ceux qui sont simplement sortis des rangs du peuple et ceux qui sont sortis des grandes écoles où les fils du peuple n'ont guère accès.
En réalité, un officier est placé, par la force même •des choses, dans une situation exceptionnelle.
Il porte un brillant uniforme ; ses subordonnés sont •obligés de le saluer du plus loin qu'ils l'aperçoivent.
Une bourrade, un coup de poing qui, dans le civil, seraient punis de quelquet francs d'amende, sont considérés comme de véritables crimes de lèse-majesté lorsqu'il s'agit d'un officier et punis, sinon toujours de la mort, du moins des travaux publics.
Un officier doit donc accepter les inconvénients d'une situation dont il accepte les avantages.
Il aurait fait appliquer la loi militaire à ceux qui lui auraient manqué de respect ; il est inadmissible que, dès qu'il se sent menacé, il cherche à se réfugier sous les jupons sales des magistrats de la Cour de cassation.
A ce point de vue, on peut dire que Picquart a été le grand flétri de la jonrnée d'hier.
Des hommes, qui auparavant n'étaient pas abaolument hostiles à l'ex- lieu tenant-colonel, s'exprimaient hier sur son compte plus durement que nous ne l'avOD! jamais fait.
H Comment, disaient-ils, voilà un soldat qui est attaqué dans son honneur depuis plus d'uu an.
» L'occasion se présente à lui d'être jugé par se» pairs, de pouvoir confondre ses accusateurs devant la France entière, puisqu'il a été formellement déclare que les débats n'auraient pas lieu à hnis clos.
u Et ce soldat emploie tous les moyens, met en mouvement tout le Syndicat, recourt à toutes les arguties de procédure pour se soustraire à un débat public.
> Décidément, cet homme de Plutarque n'est qu'an émule de Robert Macaire et un disciple de Jeau Hiroux... »
« Le cas de M. Picquart » tombait sur un « motde la Qn B, placé par DrumoDt dans la bouche de l'une de ces marionnettes, qu'il avait la spécialité d'animer.
Marionnette anonyme, de même prestige que l'hôtelier, qu'il avait fait parler naguère « sur le pas de sa porte B, le 2 novembre.
Le montreur de marionnettes avait soin, pour « autoriser » son pantin, d'écrire dans le « livret » que celui-ci, « auparavant, n'Atait pas hostile à l'ex-lieutenant- colonel ».
La marionnette anonyme de Drumont,si ingénions que fût son montreur, parut cependant beaucoup moins intéressante sur « Picquart, le grand flétri de la journée d'hier » qu'un témoin, bien vivant celuilà, nullement anonyme, qui manifesta nettement son impression, après le débat parlementaire du 2S novembre.
Voici, en efl'et, le document que publia le Rappel
hant, avait élé l'iDstrument choisi par la Providence pour opposer l'une et l'autre vérités sur le cinématographe, reflet des polémiques et des luttes actuelle: L'historien enregistre fidèlement ce témoignage, cai sa valeur est infinie. Il est de ceux, par lesquels sont fixés, aux yeux de la postérité, les responsabilités de: divers personnages qui ont trempé dans les iniquité; de 18P4 et de 1898. Les lieutenants-colonels Henry et du Patyde Glam ont été des monstres : ils eussent paru des malfaiteurs presque inoflensirs et leurs