V. — L'obscène et rusé Bourgeois
C'est ici que se dessine le rôle de ce Bourgeois, dont la canaillerie est d'une essence plus fine que celle de Brisson, et qui a tout mené en ayant soin de rester dans le demi-jour d'une alcôve.
Le Figaro nous le montrait l'autre matin poussant
Gavaignac vers la porte, en lai disant que Brisson allait le suivre.
Aujourd'hui, c'est Brisson qu'il s'efforce de mettre dehors, en lui disant :
c Mon cher Brisson, partez le premier ; le temps de passer mon pardessus, et je vous rejoins au bas de l'escalier. »
Entre temps, l'obscène et rusé personnage avait étf diner à Rambouillet pour dire à Félix Faure :
« Je suis votre meilleur ami ; débarrassons-noas d'abord de cette vieille bète de Brisson et nous pourrons nous entendre ensemble. »
Je crois que, cette fois. Bourgeois s'illusionne et qu'il est au bout de son rouleau de mensonges, de perfidies et de trahisons.
C'est la fin ordinaire, d'ailleurs, des fourbes professioDnels qui veulent tromper tout le monde. Si la Chambre, comme tout le fait espérer, vomit ce ministère mardi on mercredi, Bourgeois restera au fond de la cuvette.
Voilà quel était le patriotisme de Drumont.
Il était à la même aune que celui de u Boubou ».
La revision de -la condamnation de 1894 était liée par Drumont à l'évacuation de Fachoda.
Il est vrai que c'était pour « Barbe à Poux » roccasion de qualifier de « lupanar » le ministère Brisson.
Cette belle assimilation valait bien l'évocation du spectre de la guerre avec l'Angleterre.
A cette grossière injure au gouvernement de la France, se joignait un tas d'outrages au ministre des affaires étrangères, Delcassé, et à un autre ministre, Bourgeois. C'était complet!
Le 22 octobre, « Boubou » revint à la charge contre le cabinet Brisson, en invoquant, cette fois, le respect de la légalité et la séparation des deux justices, civile et militaire.
Il intitula son factum: « L'Interpellation Cavaîgnac ».
JHêSL'.
!• — Clemenceau, Jaurès et Pressensô ne nient pas la culpabilité
de leur triste client.
On sait ce qui, dans l'affaire Dreyfus, préoccupe surtout les défenseurs du traître ; c'est moins la possibilité de son innocence que les a irrégularités » commises pendant le cours de son procès.
MM. Clemenceau, Jaurès et beaucoup d'autres, y compris M. de Pressensé et ses anarchistes, ne nient pas précisément la culpabilité de leur triste client.
Ils réclament la revision parce qu'ils estiment que la procédure a été irrégulière.
On a peine à comprendre comment des propagandistes par le fait, qui n'admettent ni gouvernement, ni armée^ ni justice militaire ou civile, s'évertuent depuis des mois à établir que des juges, qu'ils ne reconnaissent pas, d'un conseil de guerre qu'ils ne reconnaissent pas davantage, ont condamné en dehors des formes légales — bien que la légalité n'existe pas pour les « compagnons » — - un officier, dont ils ne peuvent que souhaiter la mort, appartenant à une armée dont ils réclament tous les jours l'abolition.
Mais^ par une condescendance coupable^ je veux bien pour un instant supposer ces farceurs sincères et convaincus.
Les voilà obligés de prouver leur bonne foi en adhérant de toutes leurs forces, tant dans leurs meetings que dans leurs journaux, à l'interpellation que, dès la rentrée des Chambres, M. Gavaignac se propose d'adresser an cabinet Brisson, au sujet de la transmission manifestement illégale du dossier Dreyfus à la Cour de cassation.