II.— Discours de M. Brisson
M. Henri Brisson monte à la tribune, et un premier incident se produit.
Les socialistes et les radicaux ayant acclamé le président du conseil avant même qu'il n'ait ouvert la bouche, quelques députés de la droite répondent à ces applaudissements par les cris de <( Démission I Démission I »
« A la porte I » répliquent les députés socialistes.
Puis M. Brisson peut commencer son discours.
Parmi les nombreuses interpellations dont M. le Président a donné lecture, il y en a une série relatives à une demande de revision qui a été transmise à la chambre criminelle de la cour de cassation. (Violentes interruptions à droite,)
M. Paul Deschanel intervient tout de suite avec énergie pour protéger la liberté de la tribune.
Vous ne voudrez pas m'obliger, dit-il, à user, dès la première séance, des sévérités du règlement. Je suis résoln I maintenir ici Tordre et le silence. {Vifs applaudissements.)
M. Brisson. — Je disais que, parmi les nombreuses inte^ pellations dont M. le Président a donné lecture, il en est une série qui a trait à une demande de révision transmise à la cour de cassation. {Interruptions sur divers bancs.)
Le gouvernement ayant décidé de transmettre cette demande & la cour de cassation précisémenl... (Nouvelles inter* ruptions,)
M. L« PRÉSIDENT. — Eo interrompant ainsi, vous ne manquez pas seulement à l'orateur qui est & la tribune, mais aui orateurs qui lui répondront. Vous avez l'air de douter d'eai. (Applaudissements.)
M. Bhisson. — La décision par laquelle cette demande a été transmise à la cour de cassation ayant pour objet d'enlever tout à fait à la politique un débat... (Vifs applaudisstment s à l'extrême gauche et à gauche,)
M. Gborges Bbrrv. — Cest le ministère qui lui a donné ce caractère.
M. Brisson. — ...un débat qui aurait dû toujours demeurer sur le terrain judiciaire, le gouvernement prie la Chambre de vouloir bien isoler ces interpellations des autres.
S'il est adressé au gouvernement une interpellation sar ia politique générale, il sera à la disposition de la Chambre.
Mais il ne désirait mêler ni une question ministérielle ni la politique à une affaire qu'il croît avoir rendue k la suprême autorité judiciaire de ce pays. (Applaudissements à Vextrémt gauche et à gauche.)
En conséquence, il demande à la Chambre de séparer ces interpellations. (Bruit à droite.)
Une voix a droitr. — C'est très commode I
M. Brisson.— Le gouvernement est d'ailleurs, entièrement à la disposition de la Chambre. (Agitation prolongée. Nouveaux cris de « Démission / » « Vive V armée ! »}
C'est M. Déroulède qui se lève pour répondre an président du conseil.
Son intervention provoque de nouveaux incidents, eo même temps que de nombreuses interruptions.
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m.— Intervention de M. Déroulède.
— Je n'ai que quelques mots & dire, déclare le député de la Charente.
Voix a l'kxtrêmk gauche. — On vous a vu derrière la police.
M. Paul Déroulède. — On m'a vu derrière les soldats.
J'ai combattu là où vous n'avez jamais combattu. [Applandissements.)
Plus la question est grave, plus je tiens & être calme, et plus elle est claire, plus il me sera permis d'être bref.
Le cabinet qui est sur ces bancs y a été placé, il j a trois mois, parla confiance d'une majorité...
M. Lasies. — Républicaine !
M. Paul Déroulède. — Oui, d'une majorité républicaine dont je faisais ^OiTiie. (Interrup lions nombreuses.)
M. LE PRÉSIDENT. — Je supplic la Chambre de garder te calme qui convient à une discussion aussi grave. (Applaudissements.)
M. Paul Déroulède . — Il n'y a pas qu'une sorte de République!
On crie ici : « Vive la République sociale !» là : « Vive la République opportuniste I » ailleurs : « Vive la République radicale !»
Moi, je crie : « Vive la République française! » et cela me suffit. ^
Je déclare — car c'est là un fait et non une hypothèse, — que le cabinet a été nommé et maintenu par une majorité dont le ralliement s'est fait autour du nom, républicain celui-là, je pense, de M. Cavaignac. {Nouvelles interruption^»^
Cris a l'extrême gauche. — Non 1 non ! Cavaignaa n'est pas un républicain! (Bruit.)
M. Paul Déroulède. — Cette nomination a été faite avec une sorte de mandat impératif {Interruptions,), condltionAd tout au moins.
II ne serait digne ni des adversaires ni des partisans den^s idées, après une si longue prorogation des Chambres, après tant d'ajournements, de nous ajourner nous-mêmes dans la manifestation de notre opinion.
Je ne demande pas à tous mes collègues de voter comme nous, je ne demande pas la mise en accusation des ministret. Je demande à la Chambre. • .
M. Basly. — Vous avez été boulangiste, ne Toubliei pasi
M. Paul DéRouLÈDs. — Oai, j'ai été boulangisie ! Je rest; même boulangiste sans Boulanger, parce que je défends mes idées avant tout. (Fives mierru'pivii\&.)
A ce momentéclate une vive altercation entre M. Baslv et M. Paulin Méry.
Après un échange de quelques paroles qu'il nous a été impossible de saisir, les deux députés se jettent lao sur l'autre, le poing menaçant. Mais, grâce à quelquesuns de leurs voisins, qui s'interposent, ils ne peuveot arriver à se joindre.
Lascène dure environ cinq minutes, au bout desquelles M. Deschanel peut faire entendre la protestation suivante, qui est unanimement applaudie :
M. Deschanel. — La Chambre a déjà fait justice, par soa calme, de violences que rien n'excuse. Ceux qui s'j livrent servent bien mal les idées qu'ils prétendent servir.. (F*/: œp'plaudùsîments.)
J'invite encore une fois la Chambre...
M. Basi.y. — Je vous invite à faire respecter vos collègues. On m'a traité de misérable !
M. LK PRÉSIDENT. — MoDsicur Basly, soyez assuré qui, toutes les fois qu'une parole injurieuse parviendra au bureau, elle sera immédiatement réprimée.
M. Paul Drroulède. — Je disais que, quelles que sbicol nos convictions personnelles, quel que soit le sentiment de chacun de nous sur le règlement de la question, ce n'est pas cette question que je veux poser en ce moment.
Je demande s'il n'est pas vrai que le cabinet a outrepassé le droit qu'il tenait de notre confiance en persistant dans son dessein après les démissions successives de M. Gavaignac et de M. le général Zurlinden et malgré la décision de la commission consultative.
11 n'y a plus de fautes à commettre, plus de patience à avoir. 11 ne faut pas laisser l'administration de la justice et la protection de l'armée dans les mains de ceux qui ont faussé la justice et outragé l'armée. (Interruptions sur un grand nombre de bancs.)
M. LE PRÉSIDENT. — Je prie rorateur de surveiller ses expressions.
M, Paul Déroulède. — Nous avons un double devoir à remplir, nous qui ne sommes ni ministériels ni ministrables^ qui n'avons en vue que Tintèrêt du pays, sans préoccupation de portefeuilles. Ce devoir est de sommer les uns de se retirer, les autres de venir.
Il faut que les hommes appelés à remplacer les ministres qui doivent disparaître se joignent aujourd'hui à moi pour prendre la défense du pays; il faut que la Chambre se prononce non pas pour ou contre, mais sur le cabinet. {Bruit )
Oui, il faut que, par nos votes immédiats, nous fassions disparaître ce cabinet de malheur... (Vives interruptions sur un grani nombre de bancs,)
M. LE PRÉSIDENT. — MonsicuT Déroulède, je vous ai déjà averti...
M. Paul Déroulède. — Je retire les mots « de malheur ».
M. de Baudry d'Asson. — Je les reprends. (Rires.)
M. Paul Déroulède. — Je dis qu'il faut faire disparaître ce cabinet.
Mes amis feront comme moi : ils feront disparaître ces libéraux qui, au pouvoir, ont été des sectaires, dussionsnous pour cela atteindre l'armée, dussions>nous éclabousser par nos votes ce général Chanoine...