II. — Toutes les forces populaires de tous les départements
bafouent le nom de Brisson.
La vieille autruche de l'Intérieur en sera donc pour ses frais de mobilisation de troupes.
Il est vrai qu'à tant de précautions il a ajouté de terribles menaces d'arrestation contre ceux qui pousseront des cris séditieux, tels que : a A bas les juifs! » et : « A bas Brisson ! »
J'ignore si vous êtes comme moi, mais j'ai rarement vu un spectacle aussi comique que celui de ce Brisson décrétant que le cri de : « A bas Brisson! » sera désormais séditieux.
Pour lui, crier : « A bas la France !» ou : « A bas Brisson I » c'est tout comme. « A bas la France I » lui semble même, sans aucun doute, infiniment moins séditieux, attendu qu'il l'a livrée délibérément aux dreyfusards, lesquels l'ont, à leur tour, livrée à l'Allemagne, tandis que s'il y a au monde quelqu'un qui soit cher à Brisson, c'est lui-même.
A notre avia, il serait surtout séditieux de crier : « Vive Brisson ! » ce qui équivaudrait à : « Vive Dreyfus I )) dont le président du conseil s'est ouvertement proclamé le protecteur et Tami.
Cependant une question se pose, indépendamment de toutes celles qui lui seront posées au cours de la séance d'aujourd'hui.
Supposons qu'il soit, par exemple, renversé par un vote de dégoût sur les quatre heures moins le quart : il s'ensuivra que le cri de : « A has Brisson 1 » encore séditieux à trois heures et demie> cesserait de Tétre à trois heures quarante-.cinq, puisque, ayant quitté le ministère, il serait redevenu «impie citoyen, en admettant qu'un traître puisse conserver le droit de cité dans la ville qu'il a essayé d'ouvrir à l'ennemi.
Si la vieille autruche se met à faire évacuer toutes les rues, toutes les places, tous les ponts et tous les quais où son nom est hafoué comme synonyme de félonie et d'imposture, il lui faudra faire balayer par des brigades de cavalerie toutes les forces populaires de tous les départements, depuis la place de la Concorde jusqu'à Toulon, où elles seraient, pour en finir, jetées à la mer.
Brisson s'imagine probablement que le mouvement antidreyfusard est concentré autour delà place Beauvau.
Il serait promptement détrompé s'il se risquait à se rendre'en province.
Il nous fait annoncer que la capitale sera aujourd'hui en état de siège.
C'est toute la France qu'il serait obligé d'y mettre, si la culbute qui l'attend ne lui en ôtait les moyens.
La < vieille autruche » a sa place dans l'énumération des mensonges, qui ont marqué comme autant de jalons les principales phases de l'affaire Dreyfus.
Au moment où parut le précédent article de Rochefort, le matin du 25 octobre 1898, on était à quelques heures de la rentrée du Parlement.
On se souvient que celui-ci s'était s6paré un< semaine après l'affichage du fameux discours qa vaut une place h part k Cavaignac, parmi les ânes qu ont commandé aux lions.
Trois mois s'étaient écoulés, depuis le triomphi oratoire de Cavaignac.
Ces trois mois avaient été souillés du sang du lieutenant-colonel Henry et des articles inf&nies, que Tapologie de ce misérable avait inspirés à Drumont e à ses émules.
Ce trimestre avait été témoin de Tintroduction d( la revision devant le conseil des ministres d'abord devant la Cour de Cassation ensuite.
Il avait vu la démission successive de deux ministre: de la guerre, Cavaignac et Zurlinden.
Au lendemain de la chute du second de ces mi nistres, la France avait eu le spectacle de Picquârl. saisi à la prison civile par des émissaires du ministère de la guerre.
Ceux-ci l'avaient transporté, comme une proie, àU prison du Cherche-Midi.
Ils l'y avaient mis au secret, sous le coup d'une accusation de faux. !
Cette accusation déshonorait ceux qui avaient feint de la considérer comme sérieuse, tandis qu'elle n'était que le dernier méfait des bourreaux de Dreyfus, affolés par le cri de la conscience française leur demandant compte de leurs premiers crimes.
Le trimestre des vacances parlementaires avait été témoin de ces scandales inouïs.
Il s'était terminé au milieu des huées saugrenues de Drumont et de Rochefort, qui ont été reproduites au long dans ce volume et dans les deux précédents.
Le Matin du 25 octobre exprimait en ces termes le résultat de ces misérables provocations :
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Un certaÎD nombre de gens se proposent depuis plusieurs jt)urs de -se livrer à cette besogne, aussi inutile qu*aisée, qui consiste à enfoncer des portes ouvertes.
Leur intention estd^opérer, demain, sur la place de la Concorde ou lieux adjacents, à l'occasion de l'ouverture des Chambres.
Réunis en troupe^ les uns crieront : « A bas la revision 1 Vive l'armée t A bas Brissonl », et, sans doute, « Â bas les juifs I » car tout se tient.
Les autres pousserpnt des cris de « Vive la justice ! Revision l Vive la République ! »
Il est à supposer que les uns comme les autres ont pour but d'apprendre à la Chambre, au pays, au monde entier qu'il y a en France des partisans et des adversaires de la revision.
Le malheur est qu'on ne le sait que trop;
Tous ces emballés seraient donc bien mieux avisés de rester chez eux.
Peut-être, cependant^ supposent-ils que leurs cris vont faire impression sur les députés.
Mais, quelque fâcheuse opinion qu'ils aient de l'inteiligence des représentants de la nation, ils doivent pourtant bien admettre que ceux-ci, lorsqu'ils se trouvent en présence d'une démonstration, n'ignorent pas ce qu'en vaut Taune.
Ils ont tous plus ou moins passé par là et n'ont pas dillusion.
Alors, à quoi bon ?
Il faudrait que les braillards se persuadent qu'ils n'auront pas plus d'action sur le public.
Celui-ci est blasé sur ces gamineries.
Il regarde et se tien^t à l'écart, très ennuyé, du reste, de cette agitation qu'avec son bon sens il juge stérile autant que ridicule.
BOCHEFORT 6
A deux heures vingt, M. Descbanel donne un coap de cloche.
La séance est ouverte.
La parole est donnée à M. Peytral, qui dépose le budget de 1899.
— J'invite, dit le ministre des finances, la Chambre à nommer le plus tôt possible la commission du budget pour arri* ver & le voter avant la fin de Tannée. (Exclamations ironiques et rires sur la plupart des bancs.)
M. Peytral dépose ensuite le projet de loi relatif à rimpôt sur le revenu, projet dont il demande le renvoi à une Commission spéciale.
M. Deschanel invite ensuite la Chambre à régler son ordre du jour.
Mais, auparavant, ilrappelle que le 12 juillet dernier, elle a renvoyé à un mois la discussion de l'interpellation de M. Pournière sur rauthenticité des pièces communiquées à la Chambre par le ministre de la guerre dans la séance du 7 juillet 1898.
Depuis, M. Deschanel a reçu dix-huit demandes d'interpellation, dont il fait une énumération rapide.
Quelle est l'opinion du gouvernement, demande le président, sur la date à fixer pour la discussion de ces interpellations ?