V. — opinion du rapporteur. — La demande de révision
est recevable.
M. le conseiller Bard établit, après la lecture de ces documents, que, légalement, la demande de revision est recevable.
Recevable dans la forme, dit-il, est-elle recevable au fond?
Cest une question qu'on ne peut résoudre que par Texamen du procès de 1894 et des autres documents versés aux débats, et dont voici Ténumération :
lo Dossier de la poursuite en conseil de guerre contre Drejfus ;
2o Dossier de la poursuite en conseil de guerre contre Esterhazy;
3° Dossier de Tinstruction suivie sur la plainte du lieutenant-colonel Picquart contre Ësterbazj et la demoiselle Pays, inculpés de faux et usage de faux ;
40 Dossier de l'instruction suivie contre inconnu sur la plainte en faux déposée par la dame de Boulancj ;
5» Dossier relatif à l'arrestation et au suicide du lieutenantcolonel Henry;
6^ Deux rapports relatifs aux aveux qu'aurait faits Dreyfus au capitaine Lebrun-Renaud ;
7« Trois lettres du lieutenant-colonel Picquart au garde des sceaux, en date des 6, 14 et 15 septembre dernier.
Enfin, une lettre du commandant Ësterbazy, en date du ié septembre dernier.
VL — Examen de rorigine du procès Dreyfus.
M. Bard commence l'examen de toutes ces pièces et relate d'abord tous les détails de l'origine de l'afTaire. MM. Gobert et Bertillon, consultés sur l'identité de
On ne trouva rien chez Dreyfus.
Soumis à différentes épreuves, quand on lui présenta des fragments des fac-similés du bordereau, il regarda aussitôt an verso pour voir s'il y avait des mots compromettants.
Qaand je lui montrai que son écriture était celle du bordereau, il s'écria : a Alors, on m'a volé mon écriture I »
Et il me maudissait, appelant la malédiction de Dieu sur fnoi et sur ma famille.
Il faisait preuve du plus grand sang-froid et essayait de me faire perdre le calme dont je ne me suis jamais départi.
Revenant sur le changement qu'aurait soudain subie récriture de Dreyfus au moment où le trouble de celui- <A se serait manifesté^ M. Bard affirme :
ce La Cour verra ce passage de récriture de Dreyfus. Quant à moi, je n'y constate aucune irrégularité. Cest la même écriture d'un bout à Vautre. »
VIII. — Lettres de généraux et de colonels, établissant que Ton n'avait alors que le bordereau contre Dreyfus.
M. Bard lit des lettres de généraux, de chefs de service, de colonels, se rapportant de près ou de loin à Tafiaire Dreyfus et établissant bien que Ton cherchait encore, à ce moment, des preuves contre Dreyfus, que l'on n'avait contre lui que le bordereau, dont l'écriture semblait se rapprocher de la sienne.
IX. — spécimens d'interrogatoires de Dreyfus par du Paty de Clam.
Voici quelques spécimens des interrogatoires que le lieutenant-colonel du Paty de Glam fit subir à Dreyfus :
Du Paty. — Vous êtes inculpé de haute trahison. Dreyfus, — Je ne sais de quoi on m'accuse. Je jure que je n'ai eu aucune relation avec les puissances étrangères. Du Paty. — Vous avez fait un voyage ?
Dreyfus. — Oui^ dans la deuxième quinzaine de juin.
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Du Patt. — Vons avei surïeillé l'impression de documeuts ?
Drbtfus. — Oui : d'na document sar les troupes de cou- Terture.
Du Paty. — Et sur Madagascar?
Drbtfus. — Nonl ' Du pATi. — Vous vous croyez victime de vos enuemia?
Dketfus. — Je ne me coonais pas d'ennemis.
Peu après cet interrogatoire, Dreyfus était conduit an Cherche-Midi par lelieutenaat-eoloDel Henry. Antre interrogatoire, subi au Cherche-Midi:
Du Paty. — Voulez-vous écrire î
Drktfus. — Tout ce que vous voudrez. Je ne demande que la lumière.
Alors, le lieutepant^colonel dn Paty de Clam dicta à Dreyfus dix documents.
Pour les quatre premiers, Dreyfus était successive méat assis ou debout, pour le cinquième, assis, avec un gant ; pour te sixième, debout, avec un gant; pour le septième, assis, avec une plume de ronde ; pour le huitième, debout, avec une plume de ronde ; pour le neuvième, assis, avec gant et plume de ronde ; pour le dixième, debout, avec gaot et plume de ronde.
Du Patt. ^ Avez-vous eu des relations avec des attachés militaires î
Dreyfus. — Jamais. J'ai été à l'ambassade d'Allemagae en 1893, pour demander un permis de séjour k Mulhouse.
Le lieu tenant- colonel du Paty lui montre une ligne dii bordereau.
Dbbïfus. — Je nie que celte écriture soit la micone.
Cet interrogatoire se terminait sur ce mot de Drey-
Voilà onze Jours que je suis arrêté, et je ne sais pas encore de quoi l'ou m'accuse.
Le 30 octobre, dernier interrogatoire :
DdPaty. — Vous avez demandé à être reçu par le mlui^tre, ' pour obtenir d'être envoyé n'importe où, pendant qu'on poursuiTrait une enquête approfondie.
Dreyfus. — Oui.
Du Paty. — Les experts affirment que le document est de vous.
Drryfos. — C'est faux.
Du Paty. — Le ministre vous recevra, si vous consentez à entrer dans la voie des aveux.
Dreyfus. — Je suis innocent et je n'ai rien à avouer.
X. — Examen du rapport d'Ormesche ville. ~ 11 est lu dans le texte imprimé par le Siècle,
M. Bard lit ensuite le rapport du commandant d'Ormescbeville devant le dernier conseil de guerre.
11 le lit dans le texte imprimé, à la suite de la publication dont on a usé dans le procès Zola.
M. Bard rapporte qu'à cette époque un général avait déclaré que le rapport était tronqué.
Or, après l'avoir coUationné, M. Bard affirme qu'il 68t absolument identique à l'original.
On connaît ce rapport.
Il s'occupe uniquement du bordereau.
Les dépositions des témoins roulent uniquement autour de ce bordereau.
Ici, l'historique de la découverte du bordereau, que noas connaissons.
Quand le colonel Fabre eut à donner son avis sur Drey- ^Q8, il eut à tenir compte de renseignements désagréables pour celui-ci, que le commandant Bertin et le lieutenant- colonel Roget, a ce moment sous-chef- de bureau, lui procurèrent.
Le colonel Fabre soupçonne donc Dreyfus, fait part de SB8 soupçons au générel Gonse, qui communique la nouvelle au général de Boisdeffre.
' Du Paty de Clam est chargé de Tinstruction.
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Oq sait le reste. On sait coromeot il s'acquitte de la t&che qui lui est eon&ée.-
CoDtinuant l'exameo du rapport de H. d'Ormescheville, M. Bard constate qu'un n'a trouvé sérieusement à l'acte reproché au capitaine Dreyfus aucun mobile.
Il était riche.
On lui a reproché la connaissance de deux femmes, qu'il a perdues rapidement de vue, et il n'a jamais été établi qu'il jouait.
XI,— Eiamea dn rapport Lebrun-Renault.
M. Bard procède ensuite àl'exameD du rapport Lebrun- Renault sur les prétendas aveux de Dreyfus et s'étonne qu'ils n'aient étâconsignés dans un rapport qu'en 4897, alors que la dégradation de Dreyfus avait lieu en 1895.
La chose était cependant assez importante, pour qu'on l'entour&t de toutes les garanties judiciaires.
Il faut se rappeler que Dreyfus a nié avant la parade, après, depuis, toujours, à tous ses chefs.
Qu'est-ce qui l'aurait poussé à faire de pareils aveuxà un capitaine de gendarmerie?
Du reste, le sens attribué à la forme coaditionnelle de ces aveux peut changer, selon que l'on y modifie an mot.
Le capitaine de gendarmerie a peut-être mal entendu, si l'on De veut pas suspecter sa bonne foi.