IV. — opinion du procureur général
Le procureur général estime que Taveu du faux, fait par Henry, remet tout en question.
Si les preuves de 1894 étaient suffisantes, pourquoi donc Hem y a-t-il commis ce faux ?
Il n'y a qu'une explication plausible : c'est que les preuves antérieures devaient paraître insuffisantes.
Henry, en effet, plus que d'autres, devait craindre qu'elles ne parussent telles, car c'était lui qui avait remis le bordereau^ et Ton sait, par ses déclarations au général Roget, qu'il a déclaré le tenir d'un agent qu'il n'a jamais nommé.
Quan4 on l'a conduit au mont Valérien, il s'est écrié, dit- on :
a C'est inconcevable ! Ma conscience ne me reproche rienl J'ai voulu servir mon pays contre des misérables! »
C'est un faussaire qui parle.
n est suspect, et, par cela même, l'origine du bordereau est suspecte, comme est suspecte la déposition ardente, passionnée, qu'il a faite au conseil de guerre.
Ce faux infirme moralement, de la façon la plus grave, l'autorité du jugement de 1894:
Il suffirait, à lui seul, pour permettre d'affirmer qu'il y a présomption légale d'innocence.
Ce fait nouveau, môme s'il était seul, devrait faire admettre la revision.
La Cour pourrait seulement, si elle le jugeait utile, ordonner une enquête préalable.
Le procureur général rappelle en second lieu les résultais de l'expertise dans l'affaire Esterhazy.
Les experts ont admis Thypothése d'un décalque.
Le conseillei" Bard continue la lecture du réquisitoire du procureur général, qui invoque un autre brouillon de lettre, trouvé chez Esterhazy après son acquittement.
Voici ce brouillon, daté du 12 janvier 1898 :
« Mon général,
j) Je venais de vous écrire pour vous exprimer bien mal — car je ne trouve pas de mots pour dire ce que j'éprouve — toute la profonde gratitude, toute l'infinie reconnaissaoce que j'ai au cœur pour vous. Si je n'ai pas succombé dans cette monstrueuse campagne, c'est à vous, et à vous seul que je le dois. Lorsque je trouve votre lettre... »
Espérons, dit le réquisitoire, qu'Esterhazy finira pai
donner le nom de son correspondant, et par donner antre chose encore.
Finalement, le procureur général conclut à la cassation et à l'annulation du jugement de 1894 et, très subsidiairement, à un supplément d'instruction.