‹ Rochefort?Chapitre 61 sur 112 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

On a cherché à faire croire que Dreyfus se trouvait toujours aux endroits où il aurait pu prendre les documents dont il est parlé dans le bordereau. Ces pièces n'ont jamais

La première, qai fut communiquée aux jug^s, en chambre da conseil, se composait de quatre pièces, accompagnées d'un commentaire explicatif, rédigé, à ce que m'a assuré le colonel Sandherr, par du Paty de Glam.

La deuxième partie du dossier était de peu de valeur : elle comprenait sept ou huit pièces en tout, savoir : quelques photographies;^ les pièces secrètes et quelques pièces sans importance se rattachant plus ou moins à celle de la pre.. mière partie.

Je vais examiner successivement les pièces de la première partie, en indiquant, autant que mes souvenirs le permettent, les termes du commientaire.

Je tiens à affirmer, d'ailleurs, que ces souvenirs sont restés très vifs, en raison de la profonde impression que m'a causée la vue de ce dossier.

Première pièce, déchirée en morceaux et reconstitaée.

Une lettre avec une note, écrite par (quelqu'un que nous désignerons par l'initiale À), probablement à ses supérieurs.

A... avait l'habitude de faire ainsi des canevas qu'il jetait an panier.

Cette lettre, écrite en langue étrangère, est de fin 1893 ou de 1894. Je la crois authentique ; elle est ainsi conçue, ou à peu près :

« Doutes... que faire? qu'il montre son brevet d'officier. Quy a-t-il à craindre? Que peut-il fournir? Il n'y a pas d'intérêt à avoir des relations avec un officier de troupe, d

Le simple bon sens dit que l'auteur de ce canevas avait reçu des propositions d'un individu, se disant officier ; qu'il avait des doutes sur l'opportunité qu'il y avait à entrer en relations avec lui, et qu'il s'agissait de quelqu'un qui était dans la troupe.

Le texte en langue étrangère est fidèlement traduit par le <;omnientaire de du Paty dé Clam, mais il en tire une conclusion bien inattendue : A. trouve, dit du Paty, qu'il n'y a pas d'intérêt à avoir des relations avec les officiers de troupe^ il choisit un officier d'état-major et il le prend au ministère.

textes de cette audience ont été, soit rectifiés soit complétés. Ce compte rendu, qui forme un volume de 258 pages, a été publié à la librairie Stock. L'ampleur de ce document explique que nous n'ayons pu en extraire que les traits essentiels.

çmmentaire permet de se rendre compte de l'esprit : dana lequel du Pat; de Gam a agi.

Deuiième pièce.

\ ane lettre authentique de (peraanue que nous dèsi-

iBparB.)B. àA.

date da commencement de 1894.

a été déchirée, puis reconstituée ; elle est & pén prè»

onçue :

voudrais bien avoir tel renseignement sur une qnes- I recrutement, y

igit, contiune le colonel Picquart, d'une question qui pas absolument confidentielle :

vais la demander à Davignon (alors sous-cheF du me bureau), mais il ne me dira rien. Demandez-la L votre ami, mais il ne faut pas que Davignon le parce qu'il ne faut pas que l'on aacbe que nous Ira- , s ensemble. »

l'intelligence de la chose, il faut dire que les attacbés res étrangers allaient environ une fois par aemaine liéme bureau, où, à cette époque, on les renseigoail éralement sur tout ce qui n'était pas confidentiel ; les s du deuxième bureau se plaignaient même de tra-

plus pour les attachée étrangers que pour l'étal-

jmmentateur dit: «A l'époque où B... écrit à A....

j était au deuxième bureau ; c'eat évidemment lui que

ligne comme l'ami de A... s

immen taire est absurde.

)rd, rien n'a jamais permis d'établir qne A... aea

liions avec Dreyfus.

admet que le bordereau est de ce dernier, rien n'ian tout cas que cet ami soit Dreyfus, ni que ce soit in qui fournissait & A .. des documeuts secrets. larle trop légèrement de cela, surtout quand il dit : aut pas que Davignon le sache, n c'est-à-dire que ce hef de bureau, soit du Patj lui-même, qui était lié

... soit le chef de la section étrangère t ce mo-

ces officiers étaient en excellents ttrmes avec A... «' :nt pas héaité à lui donner le renseignement banal, celui dont il est question.

TroiEième pièce.

C'est one lettre autheatique de B... à A... de ISS^

étédéchirée, pais recoaatituée. B... dit à peu près :

f J'ai va ce canaille de D..., H m'a donné pour vo

pians directeurs... »

Le commentateur dit :

<c Ou a Téri&é si les plans directeurs étaient à lei ils jetaient. On n'a pas vérifié si ceux du premiei ; étaient aussi. Il est permis de croire que Drejfua a ceai du premier bureau, et les avait prêtés momenti k B... pour les remettre à A... En effet, Dreyfus avai premier bureau en 1893; il avait travailJé dans la j sTaient été déposes ces plans, et on n'avait pas chai puis cette époque, le nom des serrures, a

Cette accusation est monstrueuse, pour qui coi ronctionnemeot des bureaux de rétat7majar.

D'abord, douze plans directeurs forment un paqut dérable, et à la section des places fortes, premier on se fût aperçu immédiatement de leur disparition.

Comment admettre que Drejfus, qui depuis un t partenait plus au premier bureau, aurait pu j p< s'emparer d'un paquet semblable, acte d'autant plus rc^ii que la place forte dont il s'agit est une de celi onaleplus souvent k s'occuper?

Comment admettre que, toujours sans être vu, il emporter ce paquet, alors qu'il avait sous la main un lilé d'autres documents, autremeolf intéressants pour

Il J a lieu de remarquer que rien, dans la lettre ^A..., De dit qu'il faille rendre les documents, et c'e poi j'incline à croire qu'ils auraient pu être pris au géographique, d'où il serait possible d'en distraire st lie difQcultés, alors qu'au premier bureau la chose ei meut impossible.

Quant a l'initiale D..., elle ne signifie rien.

Les pays étrangers ne gardent pas pour les espioi 'iale ordinaire ; j'ai connu un espion qui s'appelait K'tiat C. . ; il s'est présenté A des étrangers sous le L... et ils l'ont baptisé N...

EdSd, la lettre D... ne saurait s'appliquer à un qui aurait, au point de Tue de l'espionnage, l'importi Drejfus.

Quatrième pièce.

C'est un rapport qui est tellement étranger à l'aflaire, qu'i) n'y a mËme pas intérêt à lire l'analyse à laqaelli s'est livré le colonel Picqnart :

XXIV. — Ficquart ât à ses chefs les objections qui précèdent. -• Ce qu'en ùt fioisdelire. — Ce qu'eu fit Billot. — Ce qu'en r Qonse.

Toutes les objections que je viens d'ènumérer, continne colonel Picquart, je les ai Taites à mes chefs et au comman dant Deory, et ils n'ont pu nier leur valeur ; ils ont été pou beaucoup, je crois, dans la naissance du faux Henry, ni Dreyfus a été nommé en toutes lettres.

Je ne peux parler ici que d'après n aTait des points restés obscurs. Je prie instamment quoi me remette sous les yeux et qu'on présente les objections pourraient surgir.

J'ai étudié toutes ces pièces & fond, il y a deux ans, pleine connaissance de cauaei et je ne suis arrivé à la cou Tiction absolue que j'ai de leur inanité, au point de vue de I culpabilité de Dreyfus, qu'après avoir envisagé la questi» sous toutes ses faces.

Si l'on soutenait que ces pièces aient pu décider l'opinil incertaine des juges du Conseil de guerre de J894, il faut dire qu'ils sortaient d'an débat de quatre jours dont étaient forcément troubles ; qu'ils cherchaient une idée claii et nette à. laquelle ils possent se rattacher après les discui sions confuses des experts et qu'ils l'ont trouvée dans ' commentaires du dossier, commentaires dqnt ils cooni saient l'origine et dans lesquels ils avaient puisé une c • Bance entière.

Or, ne fût-ce que pour se rendre compte par eux-mêt

de la valeur des pièces, nouvelles pour eux

ont accepté i'eiplication qu'on leur donnait, sans se dout du piège que leur loyauté les empêchait d'apercevoir.

Et plus loin :

Lorsqu'à la fin d'août 18dS, une enquête sur Esterhazy le dossier secret m'eurent convaincu de l'innocence de

BTtJFJW»^ V"l'^% W'?!HJ'VA«>l|Pr'H"ri«ï 'î?«î^>R

Dreyfus, je rendis compte au général de Boisdeffre qui ne troQYa aucune objection à me donner. '

Il m'autorisa même à les exposer au colonel X... ; il m'opposa toutefois le faux, dont je parlerai tout à l'heure, qui était arrivé au commencement de septembre 1896, au ministre des Colonies ; il kn'opposa aussi le faux Henry ; mais jamais il ne mit rien autre en avant.

Somme toute, il était absolument opposé à la révision et ides poursuites contre Esterhazy, sans paraître convaincu de la culpabilité certaine de Dreyfus.

J'en dirai autant du général Billot, qui, pendant quelque temps, crut à l'innocence de Dreyfus et qui crut à sa culpabilité par le faux Henry.

Il a toujours cru à la culpabilité d'Esterhazy pendant que j'étais au ministère.

En ce qui concerne le général Gonse, avec lequel je pouvais m'expliquer librement, je crois pouvoir entrer dans quelques détails.

I Lorsque, par ordre du général de Boisdeffre, j'allai le Sseptembre 1896 rendre compte au général Gonse du résultat de mon enquête au sujet d'Esterhazy et de Dreyfus, le général l^nta mes raisons^ ne les combattit pas.

11 fît seulement la grimace en me disant : « Alors, on se «erait trompé? »

Pais, il me prescrivit de ne pas me mêler de cette affaire.

La lettre de septembre 1896 montre bien qujil n'oppose à mon affirmation aucune affirmation contraire.

XXV.^ Conversation de Picquart avec Gonse, le 15 septembre 1896..

A son retour à Paris, le 15 septembre, il fut plus net en- ^^, et je crois devoir transcrire textuellement la conversation que j'eus avec lui à ce sujet et qui ne s'effacera jamais de ma mémoire :

Le GÉNÉRAL. — Qu'est-ce que cela vous fait que ce juif soit 4 l'Ile du Diable ?

— Mais s'il est innocent ?

Le GÉNÉRAL. — Gomment voulez- vous revenir sur ce pro- *^8? Ce serait une histoire épouvantable; le général Mercier, «général Saussier sont engagés là^dedans.

"- Mon général, il est innocent, cela doit suffire pour retenir U*dessus ; mais, à un autre point de vue, vous savez

aille, qu'elle cherche le vrai coupable, el

lélle .sera notre posture?

Si TOUS ne dites rien, personne ne le

ce que voas dites est abominable, je ne ; mais, en tout cas, je n'emporterai pu

pitamment. Dès lors, j'étais fixé.

le conversaiioQ de Piuquart avec Gonse.

le général Ganse me parU de la culpabitt k propos du faux Henry, ours, les généraux de Boisdeffre etGoDM le ministre ne m'avait rien communiqoj

le ministre me dit qu'il avait une lelM t la culpabilité de Dreyfus. |

ncontrai le général Gonse qui m la couvaincu?». Je répondis:! Pas di in tendre que c'était un faux.

répondit : « Quand un ministre : crois toujours. »

rie de machinaiions contre Ficquari.

liefs n'ont jamais combattu ouvertemesl fus, ils n'ont jamais opposé les prétemlai I, et n'ont jamais opposé qu'une preu'i lité du condamné.

Dois, j'avais fait une eiquéte sur CsleM

incident fût venu gêner ma surveillaoM adu compte augéuéral de BoisdefTrequ'E) t du bordereau, il se produisit contre DttJ emachinatilins dont je suis encore vicNnti

leurs auteurs principaux, sinon leurs in»

■econnus pour être du Patj de Clan ' les deux principaux metteurs en scène di

L mon avis, une des preuves de l'insn'l' yfuB.

Si, en effet, les preuves de la culpabilité contre Drejfus étaient relevées, il n'eût pas été nécessaire de les renforcer par des moyens frauduleux ni d'attaquer les défenseurs de Dreyfus.

Page 1