XXVIII. — Les machinations de du Paty de Clam et d'Henry ont
marqué Torigiae du procès Dreyfus.
D'ailleurs, les manœuvres de du Paty de Clam et d'Henry ont commencé au moment même de l'affaire Dreyfus.
On trouve les premières fraudes d'abord légères, puis elles se sont accentuées peu & peu pour arriver au faux bien caractérisé.
La première manœuvre est l'interpellation de du Paty de Clam à Dreyfus, pendant que celui-ci écrivait.
Du Paty de Clam avait besoin que Dreyfus se troublât pendant qu'on lui dictait le bordereau, il ne se troubla pas, et c'est alors que Du Paty de Clam lui adressa cette interpellation : « Qu'avez-vous? Vous tremblez i, ce qui avait pour but de surprendre la bonne foi des deux témoins^ MM. Gochefert et Gribelin.
La mauvaise foi est évidente, pour qui a Tbabitude des affaires de ce genre.
Pour qui connaît les affaires d'espionnage, la preuve qu'on connaissait bien la faiblesse de ce dossier, c'est qu'on en pariait bien, mais qu'on ne le montrait pas ; et que le général de Boisdeffre n'a jamais soumis au ministre en 1896 les pièces qui le composaient ; le général m'a dit d'ailleurs à cette époque que, ce dossier est encore là, rien n'a été épargné pendant le procès pour influencer les juges (1).
Le colonel Sandherr m'a affirmé avoir dit à un des juges : « Je vous garantis qu'il est coupable. »
D'autre part, le capitaine Gallet, un des juges, était lié à ce moment avec le colonel Henry, q*ii ne se faisait pas faute de lui donner son appréciation.
Voici comment la cbose se fit, j'assistai à toutes les séances, assis derrière les juges.
On voyait que l'affaire s'annonçait mal, on résolut de frapper un coup.
(1) Le membre de phrase qui précède a été reproduit textuellement, d'après le compte rendu sténographique.
BOCHEFORT 10
Henry me dit : « Vous qui êtes assis derrière Gallet, diteslui doDC deme faire rappeler pour me demander des reuseigDemeots. ■
Je refusai de m'acquitter de cette commissioù, le colonel Heory se fftcba et fit sa commission lui-même pendant une suspension d'audience.
Le capitaine Galiet posa cette question à la reprise et 1k colonel Henry fit sa déposition et dit qu'il tenait d'une personne lionorable, qu'un officier du deuxième bureau trahissait, « et cet officier, le voilà », ajoutait-il, en montrant Dreyfus.
On pouvait croire que la personne en question avait dénoncé Dreyfus, ce qui n'était pas vrai.
Cette personne, un rastaquouère à qui j'ai payé 1,200 fr, pour ce service, avait dit k Henry que les attachés militaires , étrangers avaient des amis au deuxième bureau, par qui ils i étaient renseignés. i
Cette information coïncide entièrement avec la réalité des ' faits, car les attachés militaires étrangers étaient reçus au '• deuxième bureau de la façon la plus amicale et on les renseignait sur tout ce qu'on pouvait leur communiquer ; mais Dreyfus était au deuxième bureau comme simple stagiaire,
Les prétendus aveux au capitaine Lebrun-Renaud conatitoent également une manoeuvre dont les suites se sont fait sentir récemment.
A partir de la rëlégation de Dreyfus à l'Ile du Diable, machinations proprement dites s'accentuèrent.
C'est alors que le faux fut découvert au ministère des Colonies, leas^aoftt 1896. ' j
Ce faux cousistait dans une lettre adressée à Dreyfus, qui, comme toute la correspondance du condamné, passa d'abord au ministère des Colonies, où elle fut arrêtée.
Je l'ai vue, la signature était d'un nommé Vejler.
Il racontait & Dreyfus qu'il mariait sa fille.
Cette lettre était écrite en caractères étranges, semblabl» à un dessin et faite pour tirer l'œil ; moi qui, depuis plus an, lisais toute la correspondance adressée à Dreyfus, je n'avais jamais vu ni cette écriture, ni cette signature ; maii
ce qa'il j avait de grave, c'est que dans les interlignes étaient écrits ces mots avec une encre sympathique assez visible pour qa'on puisse presque tout lire :
« Nous ne comprenons rien à votre communication ; dites où sont les armoires contenant les... »
Cette lettre, qui constitue un faux grossier, avait pour but de faire croire à un complot ourdi par les amis de Dreyfus pour lai substituer un homme de paille.
Je la mis entre les mains de M. Bertillon, qui était en train d'en faire faire par un de ses employés un fac-similé d'une exactitude étonnante.
Comme je regardais par transparence, j'aperçus que le fîli. grane du papier était identique à celui de Toriginal.
M. Bertillon me répondit en souriant : « Nous avons pensé à tout. » .
Le fac-simile devait être envoyé à l'île du Diable, on verrait ce que Dreyfus ferait en le recevant.
Ce faux constitue le fait grave dont je parlais au général Gonse en septembre 1 8 96 .
Influencé par le milieu, je crus un instant que cette pièce émanait réellement des amis de Dreyfus qui, pour le sauver, recoaraient aux moyens les plus maladroits.
Cependant, & la réflexion, je ne tardai pas & me rendre compte du caractère de ce document, et je pensai que c'est du Patyde Clam qui en était Tinspirateur, puisqu'il avait intérêt à ce moment à rendre mon œuvre vaine.
L'idée de l'homme de paille est une de celles que du Paty de Clam émettait le plus souvent.
£q tout cas, à ce moment, Henry était en congé et ne put ttervenir.
[X. — Fausses nouvelles. — Article de ï Éclair. — Faux Henry.
Après ce faux, les fausses nouvelles répandues dans la presse, notamment l'article de V Éclair du 15 septembre qui émane certainement de du Paty de Clam, car il s'y trouve des phrases entières qui sont textuellement des propos qu'il a tenus devant moi.
Enfin, le taux Henry, qui est trop connu pour que j'y insiste davantage, de mente l'instruction toute récente de M. Bertulus.
Ce qu'il y a à retenir de tout cela, c'est que la culpabilité de
LVHE DEtrsiÈME
lea certaioe qae les partisans de sa crus obligés de la renforcer par des ir des jnaD œuvres souterraines, les mnè (t).
l'a été arrêté que parce qa'oncrojait, était l'œuvre d'un officier de l'étai-
Sté, on ne trouva rien contre lui, que lorts de police, faits pour les besoins , pas été retenus devant le Conseil de
kit attribuer le bordereau à Dreyfus,
agence; jamais on n'a pu trouver le
commettre pareilcrime ponrameaer
aine.
tuniquer aux juges en Chambre du
t composé de pièces non applicables
pu être invoquées à sa charge, que ai
entai res qui accompagnaient ce dos-
igés par du Pat; de Clam.
urait pu résister & l'examen attentif
lamné, on chercha à garnir son desi encore arrivé.
irs que l'enquête sur Esterbaz; metan du bordereao k Dreyfus et détruiation portée sur le capitaine Dreyfus, is faux.
ipartdn ministère, en novembre 4896, . pièces relatives à Dreyfus que celles eut travail.
té produit postérieurement d'autres à même d'y répondre, it que toutes les objections relati'es feloppées et qu'on m'invite à fourmf omplémentaires qu'il sera nécesiiire mière l'affaire Dreyfus.
tar le garde des Sceaux, veuillez nie a reconnaissance; vous m'avez donaé le je voulais faire depuis deux ans :
en disant toute la vérité à celui qui
;acte reproduction de la stéiwgrapliie'
est le suprême arbitre delajustice,parconséquentrun des gardiens de l'honneur de ce pays.
Je vous prie d'agréer en même temps Texpression de mes jieDtiments profondément respectueux.
Signé : Picquart.