‹ Rochefort?Chapitre 82 sur 112 · IX. — Suspension de l'audience · texte numérisé non relu

IX. — Suspension de l'audience

Quand la Goar se retire, à une heure et demie, pour délibérer, une faible partie du public quitte la salle d'audience pour se répandre dans les galeries.

Mais la grande majorité de l'auditoire ne quitte pas sa place.

Les femmes surtout montrent une patience inlassable.

Ce sont quatre grandes heures d'attente.

Madame Hadamard, quelques membres de la famille, des amis, dans un coin, passent ces heures dans le plus grand silence, sans se dire un mot, sans se communiquer les pensées qui doivent les agiter sous leur calme apparent.

M* Labori cause avec quelques amis.

Il a la face grave, serre avec un sourire ami la main de ceux qui viennent lui rappeler tant d'efforts antérieurs, et^ comme on lui parle du rapport de M. le conseiller Bard, il dit :

« Gela vous a convaincu, n'est-ce pas? Voilà un an que nous disons ces choses. Que ne nous avez-vous entendu plus tôt? Plus t6t l'heure de la justice aurait sonné pour tout le monde. »

M* Deraange, sur un banc, s'abîme dans une longue rêverie et semble revivre des choses qui se sont passées il y a quatre ans.

Dans un autre coin, des journalistes d'opinions diamé*, tralement opposées discutent maintenant avec calme, semblant avoir enfin trouvé un terrain d'entente, puis, comme pour prouver qu'une grande détente est sorve*! nue dans tous les esprits, ils plaisantent, chose qui ne leur était pas arrivée depuis longtemps.

La blague parisienne reprend ses droits, et plus d'an qui se refuse à discuter se tire d'une conversation difficile avec un bon mot.

La nuit tombe. L'ombre gagne Timmense salle.

. Les garçons de la Cour apportent sur les bureaux dea] conseillers les lampes à abat-jour vert.

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