IV. — Il existe des doubles authentiques du dossier secret
Il est absolument certain, d'ailleurs, qu'il existe des doubles authentiques du dossier, et c'est devant deux témoins qu'un général a dit :
« Si l'on osait acquitter Dreyfus qui est cent fois coupable, et dont l'acquittement n'est pas possible lorsqu'on a vu les pièces du dossier, je donnerais ma démission et je ferais une campagne pour demander la revision du nouveau procès en prouvant que, cette fois, des pièces ont été réellement soustraites à la connaissance des juges. »
Les cinq ministres de la guerre qui ont affirmé la caU pabilité du prisonnier de l'île du Diable et que toute la Presse française, c'est-à-dire la Presse patriote et honnête, a soutenus contre les hordes du Syndicat, sont engagés moralement.
Si, en s'obstinantà ne pas parler, ils laissenfacquitter Dreyfus, c'est-à-dire s'ils laissent reprendre ses épaulettes et son grade à un misérable qu'ils savent coupable, ce n'est pas eux qu'ils déshonoreront, c'est l'armée.
Les mensonges, à la fois grossiers et entortillés, qui constituent la trame de « La situation », sont le meilleur des repoussoirs pour la vérité.
La prose de Rochefort était claire ; elle était précise et ne s'allongeait pas jusqu'à l'ennui irrésistible.
Dans le factura précédent, au contraire, encore les éternelles rengaines :
« Un enrant de cinq ans ne $erait pas assez naïf... »
« Un capitaine juif, que chacun savait coupable... »
« Les philanthropes du Syndicat se seraient intéressés à Turpin... »
« Si Dreyfus avait été un ouvrier... »
Avec un pareil lot de rossignols, le sophiste peut noircir des centaines de lignes, sans appréhender d'autre écueil que l'abrutissement du lecteur.
Cette appréhension était d'ailleurs sans inconvénient, car s'il n'avait atteint déjà un degré éminent d'abrutissement, le lecteur de la Libre Parole n'en aurait sans doute pas entamé la lecture.
Les fruits de l'arbre, au cours des deux mois précédents, avaient offert, en effet, une saveur suffisamment caractéristique, pour en dégoûter assez vite le lecteur raisonnable.
Tel était le chaos de sottises, au milieu duquel se débattait le lecteur des journaux à gros tirage*
Pour en donner une idée encore plus complète, citons en outre, le long article publié par Cassagnac dans l'Autorité du i®' novembre, sous le titre : « L'Armée et la Gueuse ».
Mon confrère le Siècle^ un des organes attitrés de la jaiverie cosmopolite, prétend que je déraisonne à propos de la révision, parce que j'ai écrit les lignes suivantes :
« Mais, Dreyfus innocent, que fait-on de Mercier, de Billot, de Gavaignac, de Zarlinden, de Chanoine se déclarant tous solidaires de la plus monstrueuse des erreurs judiciaires ?
» Tel est le problème posé.
» Telle est la situation que nous crée la république.
» Elle nous accule à l'effrayante éventualité d'une condamnation de l'armée en la personne de ses chefs,
LIVHE DEtlXIËHE
miniatres de la guerre, par la Cour de caasalion. je dis, moi, qu'un régime, qu'an gooTernement luit de pareils résultats, mortels pour la patrie, ïgime ignoble, un gouvernement immonde, dilemme est désormais posé : ou il n'y anrs rmée en France, ou il n'y aura plus de répn-
ae est la négation de l'autre. »
Siècle continue :
de Cassagnac accuse la république d'avoir créé
nation.
ons semble que le Gode de justice militaire dale
et est une oeuvre de l'Empire. n'est point la république qui a conduit les gênéircier, Billot, Cavaignac, Zurlinden, Cbanoioe, ettre des actes qui aboutissent à leur condamnar la Cour de cassation : ce sont les amis de
de Cassagnac et les adversaires Implacables de >lique.
Paul de Cassagnac oublie que la Cour decasst une organisation du premier Empire, comprendrais qu'il appelât « un régime ignoble, vernement immonde, n on gouvernement qai adrait un innocent au bagne et un tratlre ea
m gouvernement est immonde parce qu'il permet itice de rétablir les situations, il garde donc es sympathies et toutes ses admirations poaria luvantable des injustices.
ic s'aperçoit pas que sa conclusion est tout aussi ne : car elle tendrait à faire croire qu'une armée exister qu'à la condition que ses chefs aient le commettre des crimes.
Paul de Cassagnac Fera difQcilement croire que, ae la république ne peut tolérer un pareil état es, elle est condamnée à n'avoir plus d'armée, pourquoi, d'après le Siècle, je déraisonne I
DBVANr tA COUR DE CASSATION 28i
Il est vrai que mon confrère ajoute que je déraisonne autant que Rochefort, Dramont et Judel, ce qui me coDSoIe un peu de ne pas raisonner comme M. Yves Gnyot.
Certains fous valent mieux que certains prêteodus sages.
Et je préfère la folie du patriotisme à la froide raison de l'internationalisme.
~ H. — La Réptibliqae esta l'affût des géoéraux qui lèvent la croGEe en l'air, servilement. — Tels Uerder, BiUol, ZurlindeD, Cbanoine, ambiiieai sans caractère. — Ce sont eui qui ont cr6é l'affaire Dreyfus.
Cela dit, je reprocherai an Siècle d'avoir mal interprété ma pensée.
Assurément, ce n'est point la république « qui a conduit les généraux Mercier, Billot, Zurlindan, Chanoine et Cavaignac, — qualifié de général par le Siècle, — à commettre des actes qui aboutissent à leur condamnation par la Cour de cassation. »
Et je reconnais, d'autre part, que la Cour de cassation t est une organisation du premier Empire, s
N'empëclie que la république est seule responsable de tout ce qui se passe.
Sur sa tète doit retomber la fange remuée à la pelle depuis des mois et des mois.
Elle est le bouc émissaire des inramies commises, des illégalités perpétrées, des outrages jetés aux institutions militaires, de la guerre civile divisant aujourd'hui les Français, — qui, à la veille d'une guerre étrangère, follement, aveuglément, quand l'Anglais injurie et menace, ne pensent qu'à s'engueuler, à se prendre aux cheveux, — car elle est la cause de cet aifreux désordre.
N'est-ce pas elle, n'est-ce pas cette république ds malheur qui a tout avili, et les ministres chargés du portefeuille de la guerre, et les magistrats des diverses Cours, dépuis bientôt trente années?
Aa lieu de choisir pour ministres de la guerre les généraux de valeur, les généraux ayant talent, caractère, renommée, les généraux s^étant battus, elle est à Taflût de ceux qui lèvent la crosse en l'air, servilement, devant le pouvoir civil, de ceux qui sont plus politiciens qu'officiers de troupe, et qu'on sait devoir être complaisants en toute occasion et devoir sacrifier le militaire, chaque fois que le' militaire est en conflit avec le civil.
Quand elle rencontre un Mercier, un Billot, un Zurlinden, un Chanoine, c'est-à-dire des ambitieux sans caractère et résignés à toutes les abdications professionnelles, elle saute dessus : ce sont les hommes nécessaires, indispensables.
Les autres, les vrais soldats, les Négrier, les Dodds, les Duchesne, tous ceux qui inspirent confiance à l'armée, on les tient plus ou moins à Técart.
Quand, d'aventure, — ce qui n'est pas fréquent, d'ailleurs, — on leur off're le portefeuille de la guerre, ils se hâtent de le refuser avec terreur et dégoût, n'étant pas disposés aux abandons qu'on exigerait d'eux.
Alors on est condamné, pour la réorganisation de l'armée, à des non-valeurs professionnelles.
A force de rechercher des généraux qui ne sont que les généraux de la république, on néglige les généraux de la France.
Et ce ne sont pas les mêmes, Dieu merci !
Sous d'autres régimes, on put constater pareille aberration, je l'avoue.
Villeroî, Soubise, sous la royauté ; Rossignol, sous la première république, semèrent une mauvaise graine d'épinards, d'où les Mercier, les Zurlinden, les Chanoine, les Billot et les Saussier ont plus tard germé.
Et cela sera sous tous les gouvernements qui feront faire de la politique aux généraux.
Un général, véritablement digne de ce titre, et quelles que soient ses préférences personnelles, appartient à sa patrie, et ne doit appartenir à aucune*^ faction, à aucun parti.
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Ayant choisi ces hommes néfastes, la république est donc responsable de leur œuvre.
Ce sont eux qui ont créé Taffaire Dreyfus et qui Vont menée où elle est.
De même pour la Cour de cassation.
Si c'est l'Empire qui institua la Cour de cassation, c'est la Républque seule qui la meubla avec des Bard, des Lœw> des Manau, avec tous les circoncis de la conscience.
La république a galvaudé la Cour de cassation, comme elle a galvaudé les ministres de la guerre, comme elle a galvaudé les ministres de la marine, comme elle a galvaudé le haut éplscopat, comme elle galvaude tout ce qu'elle touche, par le besoin écœurant qu'elle a de toujours sélectionner le plus maniable et jamais le plus digae.
III. — Si Dreyfus est innocent, il faut que Mercier, Billot, Zurliaden^ Cavaignac et Chanoine aillent prendre à Tiie du Diable sa place toute chaude. — Et cela ne me désolera nullement, croyez-le bien, car ces gens-là ce n'est pas la vraie armée.
La question vidée, je prie le Siècle de croire que je n'ai à aucun moment souhaité « qu'on maintint un innocent au bagne et un traître en liberté ».
Si, par hasard, ce dont j'ai le droit de douter encore, malgré Bard et malgré Manau — si, par hasard, Dreyfus est reconnu innocent, personne n'en sera plus heureux que moi; car je fus toujours sans parti pris, et, tout en n'aimant pas énormément les juifs, qui sont arrivés à s'emparer de la vieille France gauloise et chrétienne, et qui nous tiennent en leurs serres crochues, je n'ai jamais éprouvé le besoin, je le répète pour la centième fols, de posséder un officier traître à son pays, fût-il juif.
S'il y a, en 9 la plus épouvantable des injustices », on la réparera, et je suis d'avance avec ceux qui veulent la Justice, la justice égale pour tous, même pour les juifs,
De poor les nègres, les Canaques, les Tookinois on lai gâche s.
r la justice qui n'est pas départie égalemeat à loui, pas la justice,
!st la faveur, c'est le caprice, une abomination, en LOt, car c'est l'injustice 1
Jb le Siècle s'est bien gardé de me répondre, quand lemandë ce qu'on allait faire des miniatres républi- Mercier, Billot, Zurlinden, Cavaignac et Cttanolne, le cas où l'innocence de Dreyfus serait proclamée? cette innocence est proclamée, c'est que les sosdils ttres républicains ont menti, c'est qu'ils sont des aires, c'est qu'ils nous ont affrensement induits en
as ne croyons à la culpabilité de Dreyfus, en ne, que sur leurs arfirmatioas répétées et sensationi, à la tribune, au tribunal, partout.
les divers ministères dont ils firent partie sont leurs ilices. j
line n'a-t>il pas déclaré « qu'il n'y avait pas d'af- \ Dreyfus ? »
ze un peu, comme dirait le Marseillais, s'il y en unel I
Dupuy, cbargê de constituer un ministère, & cette ;, n'a-t-il pas proclamé la culpabilité de Dreyfus^ i nous, qui persistons à croire à celte culpabilité, persistons surtout — c'est notre principal argn- I , en notre ignorance de ce qne conlient le dossier irceque cinq cabinets républicains l'ont successint garantie. |
e s'ils ont menti, que s'ils ont égaré l'opinion pn* e, qu'allez-vous en faire ?
quelle potence les destinez-vous? à quel bagne? le doncl I
r, l'innocence de Dreyfus, c'est la condamoalioa s cinq ministères républicains. l
syfus ne peut être une victime, que si ces miotstrei | aq cabinets successirs sont des assassins. i
Je VOUS défie de sortir de là !
Si donc Dreyfus revient de Vîle du Diable^ il faut que Mercier, Billot, Zurlinden, Gavaignac et Chanoine et leurs collègues respectifs — étant donnée la solidarité ministérielle — > aillent prendre sa place toute chaude*
Et cela ne nous désolera nullement, croyez-le bien ; ce n'est pas l'armée, la vraie armée, ces gens-là, pas plus qu'Esterhazy, du Paty de Glam, Henry et autres favorisés des divers ministres républicains de la guerre !
Je conclus de nouveau^ en répétant que, cette situation morale épouvantable, dans laquelle se débat la France, c'est à la république uniquement qu'on la doit.
L'affaire Dreyfus, l'horrible afi'aire Dreyfus, devenue une gangrène, un cancer rongeur, lui est collée au dos, à la Gueuse, comme la tunique du Centaure.
Et, pour arracher Tune, il faut arracher l'autre.
« L'Armée et la Gueuse » constitue un document précieux du gâchis, ou se traînaient les polémiques des illustrations de la presse française.
A la suite de pareils guides, celle-ci ne pouvait que patauger.
En réalité, elle valait mieux que ses guides.
Elle commençait à s'en passer.
Elle avait pénétré le mensonge de leurs controverses.
La période de l'impuissance de la presse, ennemie de la vérité, était ouverte.
L'excès même de ses sophismes avait permis à ses adeptes de se former une opinion réfléchie sur l'incapacité de ses leaders.
Gomme symptôme de cette impuissance, aussi bien que comme explication de la saturation produite sur le lecteur, nous reproduisons l'essai de pseudopsychologie publié par Drumont, sous le titre : « Les Morts » dans la Libre Parole du l®"" novembre :
I. — Les ministres de demain n'appartiennent plus au m^ondedes
vivants.
La vie est brève.
C'est une pensée qui a été souvent exprimée ssds doute, mais qui est plus actuelle que jamais en ces joars où Paris, si oublieux et si frivole à Tordinaire, témoigne que, pendant quelques heures au j^ôins dans Tannée, il est capable de se recueillir en songeant à ceux qui ne sont plus.
Cette idée de la mort, à la fois cruelle et consolante, s'impose en ce moment à nos méditations avec une force plus grande que jamais.
Une odeur de mort universelle règne autour de nous, et Ton pourrait dire en modifiant un peu le mot d*Hamlet : « Il y a quelque chose de mort en ce pays ! »
Vous les croyez peut-être vivants, ces ministrables qui s*agitent, qui courent les uns après les autres, qai nouent et dénouent en une demi'heure de malpropres intrigues devant lesquelles les hommes les moins délicats reculeraieht de dégoût ?
Et ces magistrats qui se drapent dans leurs robes ronges avec des attitudes de prêtres du Droit, dans le vaia espoir de dissimuler l'ignominie de leurs prévarications, vous croyez peut-être qu'ils vivent, eux aussi, parce qu'ils ont encore un reste de chair parchemimée sur les os et parce qu'ilsne sont pas complètement réduits à l'état de momies ?
Vous vous trompez.
Les ministres de demain comme ceux d'hier, les magistrats pourris qui excitent en ce moment les huées de toute la France, n'appartiennent plus qu'en apparence au monde des vivants.
Ce ne sont pas, si vous le voulez, des morts an sens ordinaire du mot que tous ces Paillasses à la figure blême; ce sont des défunts, defuncti, dans le sens étymologique du mot, des gens qui n'ont plus de fonction à exercer.
ÂucuD de ces ètrea-l& n'a une œuvre à accomplir, mUsioD à remplir ; ils sont hors de la vie, ils ne coi poodent à aucun principe de vie, à rien qui aille dai sens de l'avenir.
Ils ont beau faire, ils ont beau se remuer avec trépidation de marionnetteB tirées par les fils de 1 petitE intérêts et de leurs mesquines passions; n'arrivent plus qu'à peine, tant leurs actes sont ind reols et vides, à donner l'illusion de la vie.
Tons ces sauteurs prennent une physionomie de soanages de Danse macabre.
Ce qu'il y a de plus triste à constater pour le pem qai aime son pays, c'est que nulle part en France la ae te révèle, sinon peut-être dans les masses populai et Borlout — c'est là l'espoir consolant — dans la J nesse, dans les générations qui montent.
Partout ailleurs la Mort est Reine; la Mort a fau les sommets.
C'est la première fois qu'on voit un grand pays, pays qui a rempli le monde de ses passions, de ses tbousiasmes et de sa gloire, privé de toute idée vit de tonte impulsion active, de tout stimulus, ayant pieds pris dans la mort et trouvant à peine la fo comme certains malheureux qu'on enterre vivants, faire du bruit dans le cercueil, aQn d'attirer l'attenl du fossoyeur.
C'est à ce point la caractéristique de la phase étra que nous traversons, que tous ceux qui, au lieu d'i des demitmorts, comme les Brisson et les Ribot, les nou et les Lœw, sont devenus des morts pour tout bon, sont partis sans avoir pu agir, sans qu'il y d'autres témoignages de leur passage sur la terre des manifestes et des paroles.
lie comte de Chambord, le comte de Paris, Gambe
-ÇBVW^
Boulanger, ont disparu sans laisser d'autres traces que des verbosités, et ils ne vivront guère dans la mémoire des hommes que par le souvenir des attaques dont ils ont été Tobjet.
Il semble qu'à l'heure actuelle s'applique à notre malheureuse France la vieille légende de la Cité d'Is, que Ton raconte sur les Grèves du Mont-Saint-Michel.
Gralon régnait à Is.
C'était ce qu'on nomme une bonne pâte d'homme, un de ces gens à qui Ton tape sur le ventre, un mélange du roi d'Yvetot et du roi de Thulé, un peu sardanapalisé.
Gralon laissait tout faire à sa fille Dathur, une Messaline, une Marguerite de Bourgogne, une Catherine II affolée de luxure, altérée de débauche.
Un jour, au milieu d'une orgie, un inconnu se présenta à la porte de la salle du festin, et son entrée fit taire les cris des buveurs entrechoquant des coupes, oa le murmures des baisers échangés sur les lits d'ivoire.
Il avait cette beauté fatale qui frappe une femme irrésistiblement et soudainement.
Dathur se sentit frappé au cœur; elle rougit, elle pâlit, elle eut froid, elle eut chaud, elle aimait.
L'amour lui brûlait les os, elle fit asseoir l'étranger à ses côtés, et bientôt passa ses mains fiévreuses et moites de l'ardeur du désir dans les boucles de ses longs cheveux.
— Que veux-tu de moi, bel inconnu^ qui puisse te prouver ma tendresse ?
— La clef d'or des écluses qui protègent Is contre l'Océan.
Dathur, ivre de luxure, profita du sommeil de son père pour détacher la clef qu'il portait à sa ceinture et la remit au beau Ténébreux...
n. — Les paysans prient saint Efflam de les protéger contre 1^
loups-garous.
Une heure après, la mer était déchaînée, furiensa, mugissante, envahissait la ville merveilleuse, grimpait
J^^îiÇniW"*» HFW" ■ W.
le long des degrés de marbre, couvrant les hauts édifices.
Gralon fuyait avec sa fille en croupe, et la vague écumante, effroyable chasseresse, courait après eux.
En vain, l'animal, saignant sous Téperon^ éperdu de terreur, allait plus vite que le vent, la vague allait plus vite que le cheval.
Quand Gralon affolé se retournait, il apercevait, à la laear des éclairs, Técume blanchâtre léchant les sabots du coursier, l^océan ouvrant sa formidable gueule pour les engloutir.
— Lâche la coupable Dathur, cria une voix dans la tempête, et tu seras sauvé...
Gralon fit un suprême effort, le cheval essaya un bond désespéré et impuissant, qui fit clapoter les flots déjà montés à la hauteur de son poitrail.
Gralon se sentit perdu et dénoua les bras de sa fille; oa entendit le bruit d'une chute, et, brusquement, la mer 8*arréta comme un chien las d*une vaine poursuite.
Quand Gralon se retourna pour jeter un coup d'oeil en arrière, Is avait disparu, engloutie à jamais sous les eaux.
Une pierre, qu'on voit encore sur la grève Saint- Michel, indiquait seule qu'une ville avait existé là.
Assis sur un promontoire, l'inconnu, qui n'était autre que le diable, s'esclaffait d'un rire atroce.
Chaque année^ depuis ces temps lointains, la nuit des Morts, à minuit, se tient sur la grève un marché étrange.
C'est la foire des morts au lieu de la revue des morts.
Des fantômes remuent de leurs doigts de spectres les objets qui encombraient les palais et les maisons d'Is, vases ciselés et coupes d'or, amphores à falerne, colliers de perles précieuses et triclinium incrustés de rubis ; ils attendent que quelqu'un se présente à ces fantastiques enchères.
Le jour, en effet, où quelqu'un se présentera, Is renaîtra du fond des eaux, et le hardi acquéreur sera roi de la cité ressuscitée.
Mais la grève est. silencieuse ^t noire, les paysan» effrayés par le vent d*hiver, quir rugit déjà dans lacam» pagne, dorment au fond de leur tiroir, en priant saint Ëfflam ou saint Jean de les protéger contre lesloupsr garons.
Nul ne vient, et quand le jour blafard luit au haut des rochers, Tapparition annuelle disparait, la foire nocturne s'évanouit; Is, la Pompéide la mer, reste dans le sein do grand Océan...
Ge sera pour l'année prochaine.