CHA.PITRE PREMIER
Avènement du ministère Dupuy. — Impressions de Rochefort et de Drumont. — « Résolutions à prendre. » — Le nouveau ministère. » — «Toutes Chambres réunies. • »
La collection de petits sophismes et de grosses invectives qui noircissait les trois colonnes, ci- dessus reproduites, était de mince intérêt, môme au point de vue de l'affaire Dreyfus.
Les magistrats de la Cour suprême « dissimulant l'ignominie de leurs prévarications » ;
Lie mot d'Hamlet « légèrement modifié » ;
Les Paillasses « à figure blême », de/iincfi, « suivant le sens étymologique du mot », étaient trois clous niédiocres, attachés h Texorde de ce long factum.
Ils faisaient partie de la camelote de simili-érudition « toute de mots », que nous avons arrachée de rnainte leçon de t soi-disant psychologie » du féroce polémiste « Barbe-à-Poux ».
394 LIVRE TBOISIËUE
Quant & la légende de la cité d'Is, comme la semelle de l'Auvergoat, elle faisait le gros morceau de. cette bouillabaisse : elle est d'uoe saveur trop parliculiëre pour être uégligée.
La belle Dathur, >< affolée de luxure », était-elle juive?
Drumont ne le dit pas.
Ressemblait-elle, au contraire, à l'hépolne que « Barbe-ft-Poux » avait couverte de fleurs de rhétorique, pour avoir versé le sang d'OlIivier (i) ; qu'il aurait élevée sur les autels si, Qdéle aux homélies de l'apôtre de l'antisémitisme, elle avait dirigé, contre le iuifPereire, son revolver?
L'auteur de a TOEil crevé » et du « Petit Faust ■ aurait sans doute répondu à ces « casse-tëte », de manière à satisfaire les amateurs de quiproquo et de coq-à-1'âae.
L'opinion de l'historien est que Drumont « se payait la tôte > de ses fidèles lecteurs, en leur ofTrant des colonnes de cet acabit.
Ceux-ci, après ia digestion de sa pièce, n'avaient plus qu'à se signer, en priant saint Efflam de les protéger contre les loups-garous.
La prose de « Boubou > semble délicieuse après pareilles crasses I
Lui, du moins, ne pontiflait pas dans le Jargon des petits prophètes.
Il se payait bien la tète de son public, mais sans étalage d'ennuyeuses fables.
Ses folies, môme les plus fielleuses, avaient l'amertume masquée par le grain de sel attique ou d'esprit parisien, qui interdit accès & l'ennui.
Sous le titre << Résolutions à prendre, n Rochefort
01 Voir Le Lieulenanl-Lolotut /f«tiry? pages 161 el «oiTlolei-
publiait l'article suivant, dans Y Intransigeant du 2 novembre :
I. — Le nouveau ministère contient quatre membres de l'ancien
cabinet dreyfusard.
L'arrêt de la Cour de cassation, qui a dû coûter si «her au Syndicat, lui rapportera peut-être moins qu'il 06 suppose.
Il est probable que les Bard, les Manau et leurs complices ont mangé leur pain blanc le premier.
Déjà M. Gavaignac, par sa lettre sensationnelle d'hier, met à ces félons le nez dans leurs mensonges.
D'autres témoins vont suivre et déchirer successivement tons les voiles sons lesquels se cache la plus mons- Iraeuse conspiration qui ait jamais été ourdie entre la jaiverie cosmopolite et la magistrature française.
Nous ignorons à quelles résolutions s'arrêtera le nouveau ministère, qui contient quatre membres de l'ancien <îabinet dreyfusard, lesquels seront obligés de s'associer, demain, à des déclarations diamétralement opposées à celles qu'ils appuyaient hier.
Hais s'il veut vivre un peu plus longtemps que ne vivent les roses, nous ne saurions trop lui conseiller d'agir vite et nettement; car il est de toute évidence qu'on en a assez et que M. Dupuy, s'étant fait présenter au pays comme antidreyfusard décidé à mettre fin à l'affaire Dreyfus, n'a pas une minute à perdre pour justifier et appliquer son programme.
tl. — Le ministère de la justice échappe au vieux fusilieur
Constans.
Nous ne connaissons pas M. Lebret, qui entre à la Justice et dontla meilleure référence est d'être parent et très lié avec l'honorable M. Tillaye, qui jeta son portefeuille au nez du crapuleux Brisson, ne voulant pas s'engager avec ce traître sur le chemin de Tile du Diable.
296 LtVnE TROISIÈME
Toutefois, ce qui milite en faveur de M. Lebret, c'est l'acharDemeDt dea haillonB fangeux, qui osent uaarper le titre de journaux socialistes, à soatenir pour le ministère de la justice le vieux fusilleur Constans.
Oui, ces prélendus défenseurs des grévistes avaient énergiquement posé la candidature dn vieux massacreur qui, le 1" mai 1891, à Fourmies, essayait nos nouveani fusils Bur des Slleltes de douze ans et des enfants à la mamelle.
L'odieux cagnottard, qui goiguaitles millions du tripot dreyfusard comme autrefois les ceintures diamantées de Norodom, s'est agité pendant iinit jours, flairant une affaire qui eût assuré l'opulence à sea vieux jours.
Et l'effronté Jaurès, qui pouase le cynisme jusqu'à tenter de mêler la question sociale k la révision du procès d'un juif millionnaire, ex-capitaine d'état-major et qui, àFourmies, se serait fait une joiedecommandeT le feu, Jaurès et sa troupe apparaissent ainsi tels qu'ils sont : entre Constaus, l'embrené de Marseille, et Manaiii le conspué de Paris, avec ûallifet (de la Semaine sanglante) comme porte-drapeau, lui qu'un de leurs journaux les plus salement torchonnës proposait hier encore comme ministre de la guerre.
De sorte que le rapatriement de leur Dreyfus une fois effectué, la question sociale se trouvera résolue, puisque pour eux elle tient tout entière dans le retour et la libération de cette sombre canaille.
Cette attitude, aussi significative que misérable, vatelle enfm ouvrir les yeux du gouvernement sur le complot entretenu par la haute banque juive, tant de France que de l'étranger ?
Zola, dans son inconscience de métis, a avoué q»'" recevait, pour payer les frais de ses procès, des lelW^
LE MINISTÈRE DUPUÏ 29
cbargées de touB les pays de l'Earope, et notammer* ** Suisse,
Il me semble que nous n'avons pas besoin d'en a davantage.
Si l'un de nous recevait actuellement d'Anglel des paquets de banknotes pour engager !e cabinet f tais à évacuer Fachoda et même à faire passer pai armes le commandant Marchand, la haute trah prévueet punie par la loi qui fut appliquée à Dre ne ferait aucun doute.
Encourager, moyennant finances, l'ennemi dans projets d'invasion et décourager en môme temp» nuiras dans lenra projets de résistance, rien ne me pj ïlre plus caractéristique de la conjuration contr défense nationale.
On nous parle à tout propos d'apaisement.
Qui diable espère-t-on apaiser?
Esl-ce Reinach, Pressensé, Picquarl, qui est Cherche-Midi, ou Lœw, qui devrait être à la Con gerie ?
Est-ce que le jury de l'Ain s'est inquiété d' « apaii Vacher, iafiniment moins criminel que les bandits i 's plan est de faire tuer trois cent mille Français ?
^GoDstaDS (t le vieux fusilleur », alias « l'odi Mgnottard », était plus « en vie » que le fantoche là beauté fatale », qui remplissait un rôle diabol dans « Les Morts » de Drumont.
A la vérité, « fusilleur » et « cagnottard » senta 'erance: cependant ils ne faisaient pas mauv figure, en compagnie de Gonstans « l'embrené de 1 seilie » et de Manau « le conspué de Paris ».
Rocheforl avait sur Drumont l'avantage de gaj le record du coq-à-l'âne, « sans mitre et s crosse ».
Et puis, l'on savait gré à Rochefort de sera Convaincu que le plus « embrené » et le plus « c{
THi"^" *;r^"*w, "'s^wT^ %'*^^, ï^T^r^--"^ •-*'.f»i'^ ■
pué » des cités marseillaise et parisienne n'était pas le marquis de Yascagat.
Il y avait là une si désopilante audace, que l'on bénissait son auteur d'avoir déniché Yacher, pour lui décerner un prix Monthyon.
Le héros du marquis de Yascagat brillait, à l'envi de rhéroïne de son émule en antisémitisme.
L'un et Tautre étaient liés par un mariage mystique et manifestaient à quel degré de démence étaient parvenus leurs papas.
Cependant les événements marchaient. En dépit de leurs quolibets, Rochefort et Drumont n'avaient pas arrêté le soleil.
Un nouveau ministère avait été constitué le 2 novembre, et le pseudo- Josué de la Libre Parole avait dû lui souhaiter la bienvenue, dans : « Le Nouveau Ministère ».
I. — Ces bêtes fauves d^anarcbistes sont devenues, sous Brisson,
un parti de gouvernement.
Une caricature de cette semaine nous montre la France tenant un balai et disant à un robuste enfant de l'Auvergne qui représente Dupuy :
« Allons, vite, mon gros, aide-moi... Il y a de l'ouvrage sur la planche. »
Le gros Auvergnat, en retroussant ses manches, montre des biceps formidables et paraît plein d'ardeur au travail .
Je doute que Dupuy éprouve en ce moment une joie aussi vive que TAuvergnat du dessin.
Il y a de Touvrage, en effet, mais je crains qu'Une dépasse un peu les forces du nouveau président du conseil.
A vrai dire, ce ministère ne rencontrera pas au début d'hostilité systématique dans l'opinion.
Quoi qu'il fasse, il ne peut être à la fois plus canaille
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«t pIuB béte, plus inlàme et plus mai et pluâ grotesque que le miDialôre soDs les huées de la Chambre et i tilaée par lea acclamatioDS de la nal
C'est déjà quelque chose que de qui n'ont laissé que des ruines et det
Ce n'est pas tout, cependant, et i <]emander si, malgré les biceps qu' aara la force de réprimer ce complo depuis plus d'une année, affole le France an bord de i'ablme.
S'il a le sens de l'ironie, Dupuy :
cher de sourire, en voyant le chemin chiates qu'il voulait traiter comme {
Ces hors la loi qu'on proclamail fondement criminels qu'on leur ref de se défendre, étaient devenus, Brisson, un parti de gouvernement,
Dupuy retrouvera, marchant la i avec Pressensé, des hommes que li nonçait chaque soir, les hommes ' une guerre sans pitié à la société et Rothschild ont réconciliés avec le 'aient détruire.