Rodogune, princesse des Parthes, tragedie
Par elle fe va voir fur le trône mçntée Puifque celui des deux quelle nommera Roi ,
Lui doit donner la main , & recevoir fa foi.
TIMAGENE.
Pour le mieux admirer , trouvez bon , je vous prie. Que j’apprenne de vous les troubles de Syrie.
J'en ai vû les premiers , & me foùvjens encor Des malheureux fuccès du grand Roi Nicanor , Quand des Parthes vaincus prenant l’adroite fuite Il tomba dans leurs fers au bout de fa pourfuite.
Là, nous n'avons rierr fû que de la renommée.
Qui par un bruit confus diverlement iemée ,
4 RO DOGUNE,
N’a porté jufqu’à nous ces grands renverfemens Que fous l’obfcurité de cent déguifemens.
LAONICE
Sachez donc que Tryphon , après quatre batailles , Ayant fû nous réduire à ces feules murailles ,
En forma tôt le fiége ; où mille beaux exploits....
Je vous achèverai le refie une autrefois ,
Un des Prince furvient.
* ( Laonice fe veut retirer.)
ANTIOCHU^ TIMAGENE,
DEmeurez, Laonice * Vous pouvez , comme lui , me rendre un bon office.
Dans l'ctat où je fuis, trifte, & plein de fouci ,
. Si j’efpére beaucoup , je crains beaucoup auffi.
Un feul mot aujourd'hui , maître de ma fortune. M’ôte, ou donne à jamais le fceptre , & Rodogune ; Et de tous les mortels , ce fecrec révélé ,
Me rend le plus content , ou le plus défolé.
'Je vois dans le bazard tous les biens que j’efpére ,
Et ne puis être heureux fans le malheur d’un frere ; Mais d'un frere fi cher qu’une fainte amitié Fait fur moi de fes maux réjaillir la moitié.
Donc , pour moins hazarder j’aime mieux moins prétendre ;
Et, pour rompre le coup que mon cœur n’ofe attendre. Lui cédant de deux biens le plus brillant aux yeux , M’affurer de celui qui m’efl plus précieux.
Heureux, fi fans attendre un fâcheux droit d’aînefTe, Pour un trône incertain j’en obtiens la PrincefTe ;
Et puis par ce partage épargner les foupirs.
TRAGEDIE. s
Qui naîtroient de ma peine , ou de fes déplaifirs.
Va le voir de ma part, Timagene, & lui dire ,
Que pour cette beauté je lui cède l’Empire ;
Mais porte-lui fi hauc la douceur de r^ner.
Qu’à cet éclat du trône il fe laiflè gagner.
Qu’il s’en laiffe éblouir, jufqu’à ne pas connoître A quel prix je confens de l’accepter pour maître.