‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 2 sur 30 · SELEUCUS , ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

SELEUCUS , ANTIOCHUS

* TIMAGENE , LAONICE.

Ous puis- je en confiance expliquer mapenfée?

Parlez , notre amitié par ce doute eft bleffée.

Hélas ! C’eft le malheur que je crains aujourd’hui. Légalité, monfrere, en eft le ferme appui.

C’en eft le fondement , la liaifon , le gage ;

Et, voyant d’un côté tomber tout l’avantage.

Avec jufte railon je crains qu’entre nous deux L’égalité rompue en rompe les deux nœuds ;

Et que ce jour fatal à l’heur de notre vie Jette fur l’un de nous trop de honte , ou d’envie.

ANTIOCHUS

Comme nous n’avons eu jamais qu’un fentiment , Cette peur me touchoit , mon frere , également ; Mais fi vous le voulez , j’en fai bien le remède. SELEUCUS.

Si je le veux ! Bien plus, je l'apporte , & vous cède Tout ce que la couronne a de charmant en foi.

Oui , Seigneur , car je parle à préfent à mon Roi , Pour le trône cédé, cédez-moi Rodogune;

Et je n’envierai point votre haure fortune.

Ainfi, notre deftin n’àUra rien de honteux,

Ainfi , notre bonheur n’aura rien de douteux ,

Et nous mépriferons ce foible droit d’âînefïê ,

Vous, fatisfait du trône, & moi , delà Princeffe.

ANTIOCHUS

Hélasi f-

i SELEUCUS.

Recevez-vous l’offre avec déplaifir P

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A* N TIOCHUS..

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choifîr , Qui , de la même main , qui me cède un Empire , M’arrache un bien plüs grand , & le feul où l’afpire. SELEUCUS.

ANTIOCHUS

Elle- même , ils en fondes témoins.

SELEUCUS

Quoi! L’eftimez- vous tant?

ANTIOCHUS

Quoi ! L’eflimez-vous moins ?

SELEUCUS

Elle vauc bien un trône, il faut que je le die, ANTIOCHUS.

Elle vaut à mes yeux tout ce qu’en a l’Afie.

SELEUCUS

Vous l'aimez donc , mon frere ?

ANTIOCHUS

Et vous l’aimez auffi ; C’eft-là tout mon malheur, c’eft-là tout mon fouci, J’efpéroi’ que léclat dont le trône fe pare Toucheroit vos défirs plus qu’un objet fi rare;

Mais aufli bien qu’à moi fon prix vous eft connu * Et dans ce jufte choix vous m’avez prévenu.

Ah, déplorable Prince!

SELEUCUS

Ah , deftin trop contraire!

ANTIOCHUS

Que ne ferois-je point contre un autre qu’un frere! SELEUCUS.

O mon cher frere ! O nom pour un rival trop douxj Que ne ferois-je point contre un autre que vqus ?

ANTIOCHUS

Où nous vas-tu réduire , amitié fraternelle SELEUCUS.

Amour , qui doit ici vaincre de vous, ou d’elle ?

ANTIOCHUS

L’amour, l’amour doit vaincre; & la trifte amitié.

|Ne doit .être à tous deux qu’un objet de pitié.

Un grand cœur cède un trône , Sc le cède avec gloire , * Cet effort de vertu couronne fa mémoire ; - Mais lorsqu’un digne objet a pû nous enflammer , Qui le cède eft un lâche , & ne fait pas aimer.

De tous deux Rodogune a charmé le courage , Ceffons par trop d’amour de lui faire un outrage :

Elle doit épouler , non pas vous , non pas moi ,

Mais de moi , mais de vous , quiconque fera Roi :

La couronne entre nous flotte encore incertaine ,

Mais fans incertitude elle doit être Reine ,

Cependant , aveuglés dans notre vain projet ,

Nous la faifons tous deux la femme d’un fujet ! Régnons , l’ambition ne peut être que belle , *

Et pour elle quittée , & reprife pour elle ,

Et ce trône où tous deux nous ofions renoncer , Souhaitons- le tous deux, afin de l’y placer.

C’eft dans notre deftin le feul confeila prendre.

Nous pouvons nous en plaindre , & nous devons l’attendre.

SELEUCUS

Il faut encor plus faire , il faut qu’en ce grand jour Notre amitié triomphe auffi bien que l’amour.

Ges deux fiéges fameux de Thébes & de Troie, Qui mirenf l'une enfang, l’autre aux fhromes en proie, N’eurenc pour fondement à leurs maux infinis ,

Que ceux que contre nous le iort a réunis.

Il feme entre nous deux toute la jaloufie

Qui dépeupla la Grèce & faccagea l’Afie ; ^

Un même efpoir du fcéptre eft permis à tous deux. Pour la même beauté nous faifons mêmes vœux , Thébes périt pour l'un , Troiea brûlé pour l’aurre. Tout va cheoir en ma main, ou tomber en la vôtre.

En vain votre amitié râchoit à partager ,

Et, fi j’ofe tout dire, un titre affez léger.

Un droit d’aîneffe obfcur, fur la foi d’une mere ,

Va combler l’un de gloire , & l’autrede mifére.

Que de lujets de plainte en ce double intérêt Aura le malheureux contre un fi foible arrêt ;

Que de fources de haine ! Hv las , jugez le refte. CraigMZ eu avec moi l'événement funefte ,

Ou p ff ôt avec moi faites un digne efforc ,

Pour aimer vocre cœur contre un fi trille fore.

Malgré l’éclat du trône , & l’amour d’une femme, tarons fi bien régner l'amitié fur notre ame , Qu’étouffant dans leur perte un regret tuborneur. Dans le bonheur d’un frere on trouve fon bonheur. Ainfi ce que jadis perdit Thébes , éc Troie ,

Dans ncs cœurs mieux utys ne verferaque joie ,

Ainfi notre amitié triomphante à fon tour.

Vaincra la jaloufie en cédant à l’amour ;

Et de notre deliin bravant l’ordre barbare ,

Trouvera des douceurs aux maux qu’il nous prépare.

Le pourrez- vous , mon frere ?

. Ah , que vous me preHez!

Je le voudrai du moins , mon frere , & c’efl affez ;

Et ma railon lur moi gardera tant d’empire ,

Que jedéfavouerai mon cœur , s’il en foupire.

J’embraffe comme vous ces nobles fentimens.

Mais allons leur donner le fecours de fermens.

Afin qu’étant témoins de l’amitié jurée ,

Les dieux contre un tel coup affurent fa durée. SELEUCUS.

Allons, allons l’éteindre au pied de leurs autels.

Par des liens facrés , & des nœuds immortels.

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