‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 10 sur 30 · SELEUCUS, ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

SELEUCUS, ANTIOCHUS

E St-il une confiance à l’épreuve du foudre ,

Dont ce cruel arrêt met notre efpoireu poudre?

ANTIOCHUS

Eft-il un coup de foudre à comparer aux coups ,

Que ce cruel arrêt vient de lancer fur nous ? SELEUCUS.

O haines , ô fureurs dignes d’une mégére !

O femme , que je n’ofe appeller encor tnere!

Après que tes forfaits ont régné pleinement ,

Ne faurois-tu fouffrir qu’on régné innocemment? Quels attraits penfes-tu qu’ait pour nous la couronne S’il faut qu’un crime égal par ta main nous la donne , Et de quelles horreurs nous doit- elle combler,

Si pour monter au trône il faut te refTembler>

ANTIOCHUS

Gardons plus de refpedt aux droits de la nature.

Et n’imputons qu’au fort notre trifte avanture. Nous le nommions cruel , mais il nous étoit doux. Quand il ne nous donnoic à combattre que nous. Confidens tout enfemble, & rivaux l’un. de l’autre. Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre ;

ü RODOGUNE,

Cependant à nous voir i’un de l’autre rivaux ,

Nous ne concevions pas la moitié de nos maux.

SELEUCUS

Une douleur fi fage, & fi refpeétueufe.

Ou n’eft guère fenfible , ou guère impécueufe ;

Et c’eft en de tels maux avoir l'efprit bien fort , D’en connoître la caufe, & l’imputer au fort.

Pour moi, je fens les miens avec plus de foiblefle. Plus leur caufe m’eft chere , & plus l'effet m’en bleffe ; Non que pour m’en venger j’ofe entreprendre rien , Je donnerois encor tout mon fang pour le fien ,

Je fais ce que je dois; mais dans cette contrainte.

Si je retiens mon bras , je laiffe aller ma plainte;

Et j’eftime qu’au point qu’elle nous a bleffés ,

Qui ne fait que s’en plaindre a du relpeét aflêz. Voyez- vous bien quel eft le miniftère infâme Qu’ofe exiger de nous la haine d’une femme ; Voyez-vous qu’afpirant à des crimes nouveaux.

De deux Princes fes fils , elle fait fes bourreaux ?

Si vous pouvez le voir, pouvez-vous vous en taire?

ANTIOCHUS

Je voi bien plus encor ,je voi qu’elle eft ma mere ,

Et plus je vois fon crime indigne de ce rang ,

Plus je lui vois fouiller la fource de mon fang.

J’en fens de ma douleur croître la violence.

Mais ma confufion m’impofe le filence ,

Lorfque dans fes forfaits fur nos fronts imprimés Je vois les traits honteux dont nous fommes formés. Je tâche à cet objet d’être aveugle , ou ftupide ,

J’ofe me déguifer jufqu’à fon parricide ,

Je me cache à moi-même un excès de malheur.

Où notre ignominie égale ma douteur.

Et détournant les yeux d’une mere cruelle ,

J’impute tout au fort qui m’a fait naître d’elle.

Je conferve pourtant encore un peu d’efpoir.

Elle eft mere , & le fang a beaucoup de pouvoir ;

Et le fort Peut-il faic encor plus inhumaine ,

Une larme d’un fils peut amollir fa haine.

SELEUCUS

Ah , mon frere ! L’amour n’eft guère véhément

TRAGEDIE. i?

Pour des fils élevés dans un banniffèment ;

Ec qu’ayant fait nourrir, prefque dans l’efclavage. Elle n’a rappelles que pour fervir-fa rage.

De les pleurs tant vantés je découvre le fard.

Nous avons en (on cœur , vous , & moi , peu de part. Elle fait bien fonner ce grand amour de mere.

Mais elle feule enfin s’aime, 6c fe confidére,

Ec quoi que nous écale un langage fi doux.

Elle a tout fait pour elle, & n’a rien fait pour nous, Ce n’eft qu'un faux amour que la haine domine ; Nous ayant embraffés , elle nous affaflîne ,

En veut au cher objet donc nous fommes épris , Nous demande fon fang, met le trône à ce prix!

Ce n’eft plus de fa main qu’il nous le faut attendre ,

Il eft , il eft à nous , fi nous ofons le prendre :

N ocre révolte ici n’a rien que d’innocent ,

Il eft à l'un de nous , fi l’autre le confent.

Régnons , & fon courroux ne fera que foiblefle ;

C’eft l’unique moyen de lauver la PrincefTe,

Allons la voir, mon frere , & demeurons unis,

' C’eft l’unique moyen de voir nos maux finis.

Je forme un beau delTein que fon amour m’infpire; Mais il faut qu’avec lui nocre union confpire , Notre amour aujourd’hui fi digne de pitié.

Ne fauroit triompher , que par notre amitié.

ANTIOCHUS

Cec avertiflêment marque une défiance

Que la mienne pour vous fouffre avec patience.

Allons , & foyez fùr que, même le trépas ,

Nepeuc rompre des noeuds, que l’amour ne rompt pas

Fin du fécond J fie.

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