RODOGUNE, ORONTE
V Oilà comme l'amour fuccéde la colère ,
Comme elle ne me voie qu’avec des yeux de rnere,. Comme elle aime la paix, comme elle fait un Roi ;■ Et comme elle ufe enfin de fes fils & de moi.
Et tantôt mes foupçons lui faifoient une offence ? Elle n’avoit rien fait qu’en fa jufte défenfe?
Lorfque tu la trompois elle fermois les yeux ?
Ah ! Que ma défiance en jugeoit beaucoup mieux ! Tu le vois , Laonice.
Et vous voyez , Madame ^ Quelle fidélité vous conferve mon ame ,
Et qu’ayant reconnu fa haine , & mon erreur ,
Le cœur gros de foupirs , & frémiflant d’horreur , Je romps une foi due aux fecrets de ma Reine ;
Et vous viens découvrir mon erreur , ôc (a haine.
Cet avis falutaire eft l’unique fecours A qui je crois devoir le refte de mes jours.
Mais ce n’eft pas afTez de m’avoir avertie ,
Il faut de ces périls m’applanir lafortie.
Il faut que tes Confeils m’aident à repouffêr. ... LAONICE.
Madame, au nom des Dieux, veuillez m’en difpenfer, .le vous parle en tremblant , fi j’étois ici vue Votre péril croîcroit , & je ferois perdue;
Fuyez, grande Princefïe , & fonffrez cet adieu.
Va je reconnoîcrai ce fervice en fon lieu.