‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 14 sur 30 · ANTIOCHUS, SELEUCUS, RODOGUNE · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, SELEUCUS, RODOGUNE

ANTIOCHUS

N E vous offenfez pas , PrincefTe , de nous voir De vos yeux à vous même expliquer le pouvoir. Ce n’eft pas d’aujourd’hui que nos cœurs en foupirent, A vos premiers regards tous deux ils fe rendirent; . Mais un profond refpedt nous fit taire , & brûler. Et ce même refpedt nous force de parler.

L’heureux moment approche , où votre deftince Semble être aucunement à la nôtre enchaînée , Puifque d’un droit d’aîneffe, incertain parmi nous, La nôtre atcend un fceptre , & la vôtre , un époux. C’efl trop d’indignicé que notre Souveraine De l’un de fes captifs tienne le nom de Reine , Réglez notre deftin qu’ont mal réglé les Dieux ,

Notre feul droit d’aînefîè eft de plaire à vos yeux.

Prononcez donc , Madame , & faices un Monarque, Nous céderons fans honte à cette iiluftre marque; Et celui qui perdra votre divin objet ,

*8 « RODOGUNE Demeurera du moins votre premier fujet :

Son amour immortel (aura toujours lui dire Que ce rang près de vous vaut ailleurs un Empire , Il y mercra la gloire ; & , dans un tel malheur. L’heur de vous obéir flatera fa douleur.

Princes , je dois beaucoup à cette déférence De votre ambition , & de votre efpérance ;

Et j*en recevrois l’offre avec quelque plaifirs ,

Si celles de mon rang avoienr droit de choifir. Comme fans leurs avis les Rois difpofent d’elles , Pour affermir leur trône, ou finir leurs querelles , Le deftin des Etats eft arbitre du leur ;

Et l’ordre des traités régie tout dans leur cœur.

C’eft lui que fuit le mien, & non pas la couronne , J'aimerai l’un de vous , parce qu’il me l’ordonne , Du fecrec révélé j’en prendrai le pouvoir ;

Et mon amour pour naître attendra mon devoir. N’attendez rien de plus , ou votre attente eft vaine. Le choix que vous m’offrez appartient à la Reine , J’entreprendrois fur elle à l’accepter de vous. Peut-être on vous a tû jufqu’où va fon courroux ; Mais je dois par épreuve aflez bien le connoître , Pour fuir l’occafion de le faire renaître.

Que n’en ai- je foufferé; & que n’a-t-elle ofé P Je veux croire avec vous que tout eft appaifé;

Mais craignez avec moi que ce choix ne ranime Cette haine mourante à quelque nouveau crime. Pardonnez- moi ce mot , qui viole un oubli Que la paix entre nous doit avoir établi.

Le feu qui femble éteint , fouvent dort fous la cendre, Qui l’oie réVeiller peut s’en laiffer furprendre j Et je mériterois qu’il me pût confumer ,

Si je lui fourniffoit de quoi fe rallumer.

SKLEUCUS,

Pouvez- vous redouter fa haine renaiffante.

S’il eft en votre main de la rendre impuiffante ? Mais a t-elle intérêt aux choix que vous ferez , Pour en craindre les maux que vous vous figurez ?

TRAGEDIE. c i9

Au nom de ce beau feu qui tous deux nous confume, PrincefTe, à notre efpoir ôtez cette amertume;

Et permettez que l’heur qui luivra votre époux.

Se puifTe redoubler à le tenir de vous.

Ce beau feu vous aveugle autant comme il vous brûle; Et , tâchant d’avancer , fon effort vous recule. Vous croyez que ce choix, que l’un & l’autre attend , Pourra faire un heureux , fans faire un mécontent , Et moi , quelque vertu que votre cœur prépare , Je crains d’en faire deux, a le mien le déclare, vt. Non que de l’un & l’autre il dédaigne les voeux. Je tiendrois à bonheur d’être à l'un de vous deux.; Mais fouffrez que je fuive enfin ce qu’on m’ordonne: Je me mettrai trop haut , s’il faut que je me donne, Quoiqu’aifément je cède aux ordres de mon Roi,

Il n’eft pas bien aifé de m’obtenir de moi. ,ï) Savez- vous quels devoirs', quels travaux , quels fervices. Voudront de mon orgueil exiger les caprices? '• Par quels degrés de gloire on me peut mériter? En quels affreux périls il faudra vous jetter ?

Ce cœur vous eft acquis après le diadème, 1 Princes, mais gardez-vous de le rendre à lui- même. Vous y renoncerez peuc-être pour jamais, • ^ Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets. SELEUCUS.

Quels feront les devoirs, quels travaux, quels fervices Dont nous ne vous faffions d’amoureux facrifices ? Et quels affreux périls pourrons- nous redouter ,

Si c’eil par ces degrés qu’on peut vous mériter ? ANTIOCyUS.

PrincefTe, ouvrez ce cœur, & jugez mieux du nôtre. Jugez mieux du beau feu qui brûle l’un âc l’autre; Et dites hautement à quel prix votre choix Veut faire l’un de nous le plus heureux des Rois.

Princes, le voulez- vous?

C’efi nocre unique envie.

*o RODOGUNË.

Je verrai cetre ardeur, d'un repentir fui vie.

, . S ELEÜCUS.

Avant ce repentir , tous deux nous périrons.

-Enfin vous le voulez ?

SELEUCUS

, Nous vous en conjurons.

m bien donc , il eft rems de me faire connoître : J'obéis à mon Roi, puifqu’ün de vous doit l’être. Mais quand j’aurai parlé , fi vous vous en plaignez ,' -J’attefte tous les dieux que vous m’y contraignez, {Et que c’eft malgré moi qu’à moi-même rendue , J’écoute une chaleur qui m’étoit défendue ,

Qu’un devoir rappelle me rend un fouvenir ,

Que la foi des traités ne doit plus retenir.

x Tremblez, Princes, tremblez, au nom de votre pere. Il eft mort , & pour moi par les mains d’une mere. Je l’avois oublié , fujette à d’autres loix ;

Mais , libre , je lui rends enfin ce que je dois.

C’eft à Vous de choifir jtiôn amour , ou ma haine , J’éîme lés fils du Roi , je hai ceux de la Reine , Réglez-voils tà-déffus ; & , fans plus me preflfer , Voyez auquel des deux vous voulez renoncer.

Il faut prendre parti, mon chôixfufvra le vôtre,

Jé refpe&e autant l'un, que je dérefte l’autre ,

Mais ce que j’aime en vous du fang de ce grand Roi S’il n’eft digne de lui , n’eft pas digne de moi.

Ce fang que vous portez, ce trône qu’il vous laide,' Valent bien que pour lui votre cœur s’intérefle. Votre gloire le veut, l’amour vous le prefcrit ;

Qui peut contre elle & lui foulever votre efpritî Si vous leur préférez une mere cruelle ,

Soyez cruels, ingrats , parricides comme elle,

Vous devez la punir fi vous la condamnez ,

Vous devez l’imiter fi vous la foutenez.

Quoi ! Cette ardeur s’éreint ! L’un & l’autre foupire ! J’aVois fû le prévoir , j’avois fu le prédire.

A NT I OC H U S. , Princefîe........

Il n’eft plus tems , le mot en eft lâché , Quand j’ai voulu me taire , en vain je l’ai tâché » Appeliez ce devoir haine , rigueur , colère ,

Pour gagner Rodogune , il faut venger un pere , Je me donne à ce prix. Ofez me mériter.

Et voyez qui de vous daignera m’accepter,

• Adieu , Princes.

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