‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 19 sur 30 · CLEOPATRE, RODOGUNE, L A O N I C E · texte numérisé non relu

CLEOPATRE, RODOGUNE, L A O N I C E

CLEOPATRE

Hé bien, Antiochus, vous dois-je la couronnes A N T I O C H U S.

Madame, vous favez fi le Ciel me la donne.

CLEOPATRE

Vous favez tnieux que moi fi vous la méritez.

ANTIOCHUS

Je fai que je. péris , fi vous ne m’écoutez.

cleopatr e.

Un peu trop lent peut-être à fervir ma colère % Vous vous êces laiflè prévenir par un frere?

Il a fù me venger quand vous délibériez ;

Et je dois à fon bras ce que vous efpériez ?

Je vous en plains , mon fils, ce malheur efl excrêmç

aS RODOGUNE.

Oeft périr en effet , que perdre un diadème Je n’y fais qu’un remède , encore eft-il fâcheux Etonnant, incertain, & trifte pour tous deux ,

Je périrai moi même, avant que de le dire.

Mais enfin on perd tout , quand on perd un empire.

Le remède k nos maux eft tout en votre main ,

Et n’a rien de fâcheux , détonnant , d’incertain. Votre feule colère a fait notre infortune.

Nous perdons tout , Madame , en perdant Rodogune, Nous l’adorons tout deux ; jugez en quels tourmens Nous jette la rigueur de vos commandemens.

L’aveu de cet amour, fans doute, vous offenfe , Mais enfin nos malheurs croiffent par le filence ,

Et votre cœur qu’aveugle un peu d'inimitié ,

S’il ignore nos maux , n’en peut prendre pitié ;

Au point où je le vois , c’en eft le feul remède.

Quelle aveugle fureur vous même vous pofféde ? Avez-vous oublié que vous parlez à moi,

Qu fi vous préfumez être déjà mon Roi ?

Je tâche avec refpeét à vous faire connoîrre Les forces d’un amour que vous avez fait naître.

CLEOPATRE

Moi? J’aurois allumé cet infulent amour;

Et quel autre prétexte a fait notre retour ?

Nous avez vous mandés qu’afin qu’un droit d’aîneftè Donnât à l’un de nous le trône , & la Princellè; Vous avez bien fait plus ;.vous nous l’avoit fait voir. Et c’étoit par vos mains nous mettre en fon pouvoir. Qui de nous deux , Madame, eût ofé.s’en défendre. Quand vous nous ordonniez à tous deux d’y prétendre? Si fa beauté dès lors n’eût allumé nos feux ,

Le devoir auprès d’elle eût attaché nos veux ,

Le défir de regner eût fait la même chofe ,

Et dans l’ordre de loix que la paix nous impofe , ^ous devions afpirer à fa poffeffion ,

Par amour , par devoir, ou par ambition.

Nous avons donc aimé , nous avons crû vous plaire , Chacun de nous n’a craint que le bonheur d'un frere , Et cecte crainte enfin cédant à l'amitié ,

J’implore pour tous deux un moment de pitié.

Avons-nous dû prévoir cette haine cachée ,

Que la foi des traités n’avoit point arrachée ?

CLEOPATRE

Non , mais vous avez dû garder le fouvenir Des hontes que pour vous j’avois fu prévenir ,

Et de l’indigne état où votre Rodogune , 1

Sans moi , fans mon courage , eût mis votre fortune.

Je croyois que vos cœurs , fenfibles à ces coups ,

En fauroient conferver un généreux courroux ,

Et je le recenois avec ma douceur feinte ,

Afin que groffîfTanc fous un peu de contrainte ,

Ce torrent de colère & de refTemimenc,

Fut plus impétueux en fon débordement.

Je fais plus maintenant , je preflTe , follicite ,

Je commande , menace , & rien ne vous irrite.

Le feeptre donc ma main vous doit récompenfer ,

N’a point dequoi vous faire un moment balancer ^ Vous ne eonfidérez , ni lui , ni mon injure.

L’amour étouffe en vouj la voix de la nature ,

Et je pourrois aimer des fils dénaturés !

La nature , & l’amour ont leurs droits féparés ,

L’un n’ôce point à l’autre une ame qu’il pofTede.

CLEOPATRE

Non , non , où l’amour régne , il faut que l'autre cède.

ANTIOCHUS

Leurs charmes à nos cœurs font également doux , Nous périrons tous deux , s’il faut périr pour vous ; Mais auffi . . .

CLEOPATRE

Pourfuivez , fils ingrat , & rebelle.

ANTIOCHUS

Nous périrons tous deux , s’il faut périr pour elle.

* C iv

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