‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 20 sur 30 · R O D O G U N E, CLEOPATRE · texte numérisé non relu

R O D O G U N E, CLEOPATRE

Périffez , périffez, votre rébellion Mérite plus, d’horreur que de compaflîon ,

Mes yeux (auront le voir fans verfer une larme ,

Sans regarder en vous que l’objet qui vous charme ,

Et je triompherai , voyant périr mes fils ,

De fes adorateurs , & de mes ennemis.

ANTIOCH US

Hé bien , triamphez-en , que rien ne vous retienne. Votre main tremble-t- elle ? Y voulez vous la mienne ’ Madame , commandez , je fuis prêt d’obéir ,

Je percerai ce coeur qui vous o(e trahir ,

Heureux, fi par ma mort je puis vous fatisfaire ,

Et noyer dans mon fang toute votre colère.

Mais , fi la dureté de votre averfion Nomme encor notre amour une rébellion ,

Du moins fouvenez-vous qu'elle n’a pris pour armes. Que de foible foupirs, & d’impuiflTantes larmes.

CLEOP ATRE.

Ah , que n’a-t-elle pris , & la flamme , & le fer ! Que bien plus aifément j’en faurois triompher !

Vos larmes dans mon cœur ont trop d’intelligence. Elles ont prefque éteint cette ardeur de vengeance , Je ne pyis refufer des foupirs à vos pleurs , jefens que je fuis mere auprès de vos douleurs.

C’en eft fait , je me rens , & ma colère expire , Rodogune eft à vous , auffi-bien que l’empire ,

Rendez grâces aux dieux qui vous ont fait l'ainé , Poffëdez la , regnez.

O moment fortuné !

O trop heureufe fin de l’excès de ma peine !

Je rens grâces aux dieux qui calment votre haine * Madame , eft il poflible ?

En vain j’ai réfifté ,

La nature eft trop forte , & mon cœur s’eft dompté. Je ne vous dis plus rien , vous aimez votre mere j Et voue amour pour moi taira ce qu’il faut taire.

Quoi , je triomphe donc fur le point de périr !

La main qui me bleffoit a daigné me guérir !

CLEOPATRE

Oui , je veux couronner une flamme fi belle.

Allez à la Princeffe en porter la nouvelle ,

Son cœSr, comme le vôtre, en deviendra charmé , Vous n’aimeriez pas tant, fi vous n’étiez aimé.

Heureux Antiochus ! Heureufe Rodogune.'

Oui , Madame , entre nous la joie en eft commune.

CLEOPATRE

Allez donc , ce qu’ici vous perdez de momens Sont autant de larcins à vos contentemens ,

Ec ce foir deftiné pour la cérémonie ,

Fera voir pleinemenc fi ma haine eft finie.

ANTIOCHUS

Et nous vous ferons voir tous nos défirs bornés A vous donner en nous des fujets couronnés.

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