‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 5 sur 30 · L A O N I CE · texte numérisé non relu

L A O N I CE

La paix qu’elle a jurée en a calmé la haine.

La haine entre les grands fe calme rarement,

La paix fouvent n’y fert que d’un amufement;

Et dans l’état où j’entre, à te parler fans feinte.

Elle a lieu de me craindre , & je crains cette crainte. Non qu’enfin je ne donne au bien des deux états.

Ce que j’ai dû de haine à de tels attentats ,

J’oublie, & pleinement, toute mon avanture.

Mais une grande offenfe eft de cette nature ,

Que toujours fon auteur impute à l’offenlé Un vif reffentiment dont il le croit bleffë;

Et , quoiqu’en apparence on les réconcilie.

Il le craint , il le hait , & jamais ne s’y fie ;

Et toujours allarmé de cette illufion ,

Si- tôt qu’il peut le perdre, il prend l’occafion.

Telle eft pour moi la Reine.

Ah , Madame, je jure»

Que par ce faux foupçon vous lui faites injure.

Vous favez comme quoi je vous luis toute acquife.

Le Roi fouffriroit-il d’ailleurs quelque lurprife P RODOGUNE.

Qui que ce foie des deux, qu’on couronne aujourd’hui. Elle fera fa mere; & pourra tout fur lui.

LAONICE

Qui que ce foit des deux , je fai qu’il vous adore: Connoiflant leur amour pouvez-vous craindre encore ? RODOGUNE.

Oui , je crains leur hymen , & d’être à l’un des deux.

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