L A O N I CE
La paix qu’elle a jurée en a calmé la haine.
La haine entre les grands fe calme rarement,
La paix fouvent n’y fert que d’un amufement;
Et dans l’état où j’entre, à te parler fans feinte.
Elle a lieu de me craindre , & je crains cette crainte. Non qu’enfin je ne donne au bien des deux états.
Ce que j’ai dû de haine à de tels attentats ,
J’oublie, & pleinement, toute mon avanture.
Mais une grande offenfe eft de cette nature ,
Que toujours fon auteur impute à l’offenlé Un vif reffentiment dont il le croit bleffë;
Et , quoiqu’en apparence on les réconcilie.
Il le craint , il le hait , & jamais ne s’y fie ;
Et toujours allarmé de cette illufion ,
Si- tôt qu’il peut le perdre, il prend l’occafion.
Telle eft pour moi la Reine.
Ah , Madame, je jure»
Que par ce faux foupçon vous lui faites injure.
Vous favez comme quoi je vous luis toute acquife.
Le Roi fouffriroit-il d’ailleurs quelque lurprife P RODOGUNE.
Qui que ce foie des deux, qu’on couronne aujourd’hui. Elle fera fa mere; & pourra tout fur lui.
LAONICE
Qui que ce foit des deux , je fai qu’il vous adore: Connoiflant leur amour pouvez-vous craindre encore ? RODOGUNE.
Oui , je crains leur hymen , & d’être à l’un des deux.