‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 6 sur 30 · LAONICE · texte numérisé non relu

LAONICE

Oui ! Sont-ils des fujets indignes de vos feux ?

Comme ils ont même fang avec pareil mérite ,

Un avantage égal pour eux me follicite;

Mais il eft mai ailé dans cette égalité Qu’un efprit combattu ne panche d’un côté.

Il eft des nœuds fecrets , il eft des fympathies , Dont par le doux rapport les âmes afforties S’attachent l’un à l’autre : ôc fe laiffent piquer Par ces je ne fai quoi , qu’on ne peut expliquer. C’eft pailla que l’un d’eux obtient la préférence ,

Je croi voir l’autre encore avec indifférence ;

Mais cette indifférence eft une averfton ,

Lorfque je la compare avec ma paffion.

Etrange effet d’amour! Incroyable chimère!

Je voudrois être à lui , ft je n’aimois fon frere ;

Et le plus grand des maux toutefois que je crains. C’eft que mon trifte fort me livre entre fes mains. LAONICE.

Ne pourrai- je fervir une fi belle flamme?

RODOGUE.

Ne crois pas en tirer le fecret de mon ame..

Quelque époux que le ciel veuille me deftiner ,

C’eft à lui pleinement que je veux me donner.

De celui que je crains fi -je fuis le partage ,

Je faurai l’accepter avec même vifage,

•L’hymen me le rendra précieux à fon tour;

Et le devoir fera ce qu’auroit faic l’amour.

Sans crainte qu’on reproche à mon humeur forcée Qu’un autre qu'un mari régné fur ma penfêe.

LAONICE

Vous craignez que ma foi vous l’ofe reprocher ?

Que ne puis-je à moi même aufli bien le cacher ? LAONICE.

Quoique vous me cachiez, aifément je devine ;

Et pour vous dire enfin ce que je m’imagine ,

Le Prince,,.

TRAGEDIE. i 3

Garde-toi de nommer mon vainqueur , Ma rougeur trahirait les fecrets de mon cœur.

Et je te voudrais mal de cette viôlencê ,

Que ta dextérité ferait à mon filence.

Même de peur qu'un mot , par hazard échappé ,

Te fafTe voir ce cœur, & quels traits l’ont frappé, , Je romps un entretien dont la fuite me bleffe.

Adieu ; mais fouviens-toi que c’eft fur ta promefle Que mon efprit reprend quelque tranquillité.

Madame , aflurez - vous fur ma fidélité.

Fin du premier Acle.

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