‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 8 sur 30 · L A ON 1 C E · texte numérisé non relu

L A ON 1 C E

La joie en «fi publique les Princes tous deux Des Syriens ravis emportent toûs lês vœux.

Ils panchent d’un côté , prêts à tomber de l’autre , Leur choix pour s’affermir attend encor le vôtre. Et de celui qu’ils font ils font fi peu jaloux ,

Que votre fècrêc fû les réunira tous.

CLEOPATRE

Sais- tu que mon fecrec n’efi pas ce que l’on penfe ;

LAONICE

3’artens avec eux tous celui de leur naiffance.

Pour un efprit de cour , & nourri chez les grands , Tes yeux dans leurs fecrers font bien peu pénétrant. Apprens , ma confidente, apprens à me connoître.

Si je cache en quel rang le ciel les a fait naître ,

Voi, voi quêtant que l’ordre en demeure doureux. Aucun des deux ne régne , & je régne pour eux.

Quoique ce fdit an bien que l'un & l'autre attende ,

De crainte de le perdre aucun ne le demande ; Cependant je pofléde , & leur droit incertain Me laide avec leur fdrt leur fcéptre dans la main.

0 Voilà mon grand fecret. Sais-tu par quel myftére Je les laiflfois tous deux en dépôt chez mon frere?

LAONICE

J’ai crû qu’Antiochus les tenoit éloignés ,

Pour jouir des états qu'il avoir regagnés.

CLEOPATRE

ïl occupoit leur trône, & craignoit leur préfence :

Et cette jufife cfainté affuroit ma puiflance.

Mes ordres en étaient de point en point faivis. Quand je le fnénaçois du retour de mes fils ,

Voyant ce foudre prêt à fùivre ma colère,

Quoi qu’il ftté plût ofer, il n’ofdis me déplaire.

Et content ; malgré lui, du vain titre de Roi,

S'il régnoit au lieu d’àix , ce n’étoit que fous moi; '

Je te dirai bien plus. Saris violence aucune < J'attfois vû Nicanor époufer Rodogune ,

Si content de lui plaire, & de me dédaigner ,

Il eûc vécu chez elle en melaiffant régner;

Son retour me fâchoit plus que fan nyménée ,

Et j'aurois pû l’aimer , s’il ne l’eût couronnée.

Tu vis comme il y fit des efforts fuperflus ;

Je fis beaucoup alors , 3c ferois encor plus ,

S’il écoir quelque voie, infâme, ou légitimé.

Que m’enfeignât la gloire , ou que m’ouvrît te crime ^ Qui me pût conferver un bien que j'ai chéri ,

Jufqu’à verfei pout lui tout le iang d’un mari.

Dans l’état pitoyable ou m’en réduit la fuite.

Délices de mon cœur , il faut que je te quitte ;

On m’y force, il le faut ; mais on verra quel fruit En recevra bien-rôt celle qui m’y réduit.

L’amour que 'fai pour toi tourne en haine pour elle , Autant que l’an fat grand , l’autre fera cruelles Et , püifqu’en te perdant j’ai fur qui m’en venger,

Ma perte eft fùpporcable , & mon mal eft léger. LAONICE.

Quoi? Vous parlez encor de vengeance & de haine.

1 6 R O DO gune;

Pour celle dont vous-même allez faire une Reine* CLEOPATRE.

Quoi ? je ferois un Roi pour être fon époux ,

Et m’expofer aux traits de fon jufte courroux ? N’apprendras- tu jamais , ame baffe & groffiére,

A voir par d’autres yeux que les yeux du vulgaire? Toi , qui connois ce peuple , & fais qu’aux champs dé Mars j ' •

Lâchement d’une femme il fuit les étendarts,

Que fans Antiochus T typhon m’eût dépouillée ,

Que fous lui fon ardeur fut foudain réveillée.

Ne faurois-cu juger que fi je nomme un Roi,

C’eft pour le commander, & combatre pour moi? J’en ai le choix en main avec le droit d’aînefle ,

Et , puifqu’il en faut faire une aide à ma foibjefle , Que la guerre fans lui ne peut fe rallumer ,

J’qfêrai bien du droit que j’aide le nommer*

On ne montera point au rang dont je dévale.

Qu’en époufant ma haine au lieu dema rivale.

Ce n’eft qu’en me vengeant qu’on me le peut ravir , Et je ferai régner qui me voudra fervir, *

, LAONICE. „•

Je vous connoiffois mal.

..Connois-moi toute entière.

Quand je mis Rodogune en tes mains prifonniére. Ce ne fut ni piné , ni refpeél de fon rang , -

Qui m'arrêta le bras , & conferva fon fang.

La mort d’Antiochus me laifToit fans armée.

Et d’une troupe en hâte à me fuivre animée , Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours, M'expofoient à fon frère, & foible , & fans fecours. Je me voyois perdue , à moins d’un tel otage ;

11 vint , & fa fureur craignit pour ce cher gage ,

Il m’impofa des loix, exigea des fermens ,

Et moi j’accordai tout pour obtenir du tems.

Le tems eft un tréfor plus grand qu’on ne peur croire * J’en obtins , & je crus obtenir la vi&ojre ,

J’ai pû reprendre haleine , & fous de faux apprêts . . .

Mais

Mais voici mes deux fils que j'ai mandés exprès. Ecoute , & tu verras quel eft cet hyménée Où fe doit terminer cette illuftre journée.

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