‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 12 sur 58 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

Lui voulut dérober les restes de sa vie ,

Et préférant aux fers la gloire de périr ,

Lui-même par sa main acheva de mourir«

La reine ayant appris cette triste nouvelle ,

En reçut tôt après une autre plus cruelle :

Que Nicanor vivait; que , sur un faux rapport ,

De ce premier époux elle avait cru la mort;

Que, piqué jusqu'au vif contre son byménée.

Son âme à l'imiter s'était déterminée ^

Et que pour s'affranchir des fers de son vainqueur ,

Il allait épouser la princesse sa sœur.

C'est cette Rodogune > , où l'un et l'autre frère

Trouve encore les ap[^ qu'avait trouvés leur père,

La reine envoie en vain pour se justifier ; On a beau la défendre , on a beau le prier \ On ne rencontre en lui qu'un juge inexorable. Et son amour nouveau la veut croire coupable : Son erreur est un crime, et pour l'en punir mieux Il veut même épouser Rodogune à ses yeux , Arracher de son front le sacré diadème , Pour ceindre une autre tête en sa présence même ; Soit qu'ainsi sa vengeance eût plus d'indignité, Soit qu'ainsi cet hymen eût plus d'autorité , Et qu'il assmrAt mieux par cette barbarie Aux enfants qui naîtraient le trône de Syrie.

Mais tandis qu'animé de colère et d'amour Il vient déshériter ses fils par son retour.

Et qu'un gros escadron de Parthes pleins de joie Conduit ces deux amants , et court comme i la proie , La reine , au désespoir de n'en rien obtenir ,

2 On a beau le prier parait ici trop familier. Cependant la même location est ennoblie par Malherbe, dans ses stances à I>uperrier :

La BMri a des rifnran à iian« antn pareUlM,

On m ktmm im pritr, La emella qu'elle est , ete.

C'est à cet art de Halberbe que Boileau fait allusion , lorsqu'il dit : •

D'un mot mii ea h pl«M «oMigna Ijmti to .

Se résout de se perdre ou de le prévenir '.

Elle oublie un mari qui veut cesser de l'être , Qui ne veut plus la voir qu'en implacable maître, Et changeant à regret son amour en horreur , Elle abandonne tout à sa juste fureur.

Elle-même leur dresse une embûche au passage , Se mêle dans les coups , porte partout sa rage , En pousse jusqu'ai4 bout les -furieux effeW.

Que vous dirai-je enfin? les Parthes sont défaits; Le roi meurt, et^ dit-on, parla main de la reine; Rodogune captive est livrée à sa haine.

Tous les maux qu'un esclave endure daiis les fers , Alors sans moi , mon frère , elle les eût soufferts. La reine , à la gêner prenant mille délices >, Ne commettait qu'à moi l'ordre de ses supplices '; Mais, quoi que m'ordonnât cette âme toute en feu \ Je promettais beaucoup , et j'exécutais peu.

Le Partbe cependant en ^ jure la vengeance; Sur nous à main armée il fond en diligence , Nous surprend , nous assiège , et fait un tel effort , Que , la ville aux abais , on lui parle d'accord. Il veut fermer l'oreille , enflé de l'avantage •; Mais , voyant parmi nous Rodogune en otage , Enfin il craint pour elle, et nous daigne écouter ; Et c'est ce qu'aujourd'hui l'on doit exécuter \ La reine de l'Egypte a rappelé nos princes , Pour remettre à l'atné son trône et ses provinces. Rodogune a paru, sortant de sa prison.

Comme un soleil levant dessus notre horizon.

1 « Se résout de «e perdre est un solécisme. Je tùq résous d, je résous dSf il s'esi résolu à mourir; il a résolu de mourir. » {Voltaire,)

8 « On prend plaisir, et non des délices à quelque chose ; et un n'en prencf point mille » ( Voltaire.)

S « Il fallait /« soin de ses supplices; on ne commet point un ordre. »• (Voltwre.)

A « Ame toute en feu, expression triviale pour rimer à peu. Dans quelle contrainte la rime jette. » {Voltaire.)

5 En, de Rodogune ; incorrect.

6 M Ce mot indéfini de l'avantage ne peut être admis ici : il faut de cet avantage, ou de son avantage. » ( Voltaire.)

7 « Cela est louche et obscur ; il semble qu'on aille exécuter ce qu'on a écouté. » {Voltaire.)

Page 1