‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 14 sur 58 · RODOGUNE, LAONICE · texte numérisé non relu

RODOGUNE, LAONICE

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace , Et coule dans ma joie une secrète glace :

Je tremble , Laonice , et te voulais parler , Ou pour chasser ma crainte ou pour m'en consolée^.

1 « Expressions trop négligées; mais il y a nn grand germe d'intérêt dans la 8itiiati(»D que Timagène expose. 11 eût été à désirer que les détails eussent été exprimés avec plus d'élégance : on a remarqué déjà que Racine est le premier qui ait eu ce talent. » {Voltaire.)

3 D'un ermemi cruel ne signifie pas et devrait signifier pour que la pensée du poète fût clairement exprimée , de notre cruel ennemi quHl était il s'est Tait.

5 « A quel dessein ?» ( Voltaire.) — Timagène a tort de dire qu'il est mal propre.

4 «Cet en se rapporte à la crainte par la phrase: il semble

16 AWOGUNB.

LAONIGK.

Quoi! madame, en ce jour pour vous si plein de gloire?

RODOGURK.

Ce jour m'en promet tant que j*ai peine à tout croire.

La fortune me traite avec trop de respect;

Et le trône et l'Iiymen , tout me devient suspecL

L'hymen semble à mes yeux caclier quelque supplice ,

Le trône sous mes pas creuser un précipice * ;

Je vois de nouveaux fers après les miens brisés ,

Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés :

En un mot , je crains tout de l'esprit de la reine.

LAORIGE.

La paix qu'elle a jurée en a calmé la haine ^

HOOOGUNE.

La haine entre les grands se calme rarement; La paix souvent n'y sert que d'un amusement ; Et, dans l'État où j'entre , à te parler sans feinte , Elle a lieu de me craindre , et je crains cette crainte '. Non qu'enûn je ne donne au bien des deux Ëtats Ce que j'ai dû de haine à de tels attentats * : J'oublie et pleinement toute mon aventure ; Mais une grande offense est de cette nature , Que toujours son auteur impute i l'offensé ^

qu'elle veuille se consoler de sa crainte. Il faut éviter soigneusemeot ces amphibologies. » (Voltaire.)

1 Respect n*est pas le mot propre ; il faudrait faveur. Un trône oe creuse pas an précipice.

8 On ne doit Jamais se servir de la particnlo en dans ce cas-ci ; il fallait : la paiœ mi'elle a jurée a dû oalfner sa haine.

S Cette crainte de la crainte est un méchant jeu de mots.

4 « Elle n'a point parlé de ces attentats : l'auteur les a en vue ; il répond a son idée ; mais Hodogune , par ce mot tels , suppose qu'elle a dit ce qu'elle n'a point dit. Cependant le spectateur est si tnstmit des attentats de Gléopàtre, qu'il entend aisément ce que Rodogune veut dire. ( Voltaim, )

tt « Rodognne se plaignant de Gléopàtre, et exprimant ce qu'elle crtlat d'an tel caractère, ferait bien pin» d'effet qu'une dissertation. Peut-être que Corneille a voulu préparer un peu , par oe ton politique, la prop^iiion atroce que fera kod^gnoe à ses amants ; mis aussi toutes ees sentences, dans le goût de Machiavel, ne préparent point aux tendresses de l'amour et à oe caractère d'in- DOeenee timide que Rodagnne prendra bientôt : c^ fait voir oombien cette pièce était diiflcile à faire , et de quel embarras l'auteur a en fc se tfewr. » ( VoUêêre»)

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