‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragédie: TragédieChapitre 15 sur 58 · ACTE 1, SGÈNS V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SGÈNS V

Un vif ressentiment dont il le croit blessé , Et qttoiqu'en «ppareaee on le« ré^n<:i}ie , 11 le craint , il le hait , et jan^ais ne s*y fifi ', £t toujours alarmé de cette illusion , Sitdt qu'il peut le perdre |1 prend Toccaçion, Telle est pour n^oi la reine.

LAONIGE.

Ail! madame, je jure Que par ce faux soupçon vous lui faites injure. Vous devez oublier un désespoir jaloux Où força son courage un infidèle époux'.

Si, teinte de son sang et toute furieuse, Elle vous traita lors en rivale odieuse.

L'impétuosité d'un premier mouvement Engageait sa vengeance i ce dur traitement; 11 fallait un prétexte à vaincre sa colère, 11 y fallait du temps, et pour ne rien vous taire, Quand je me dispensais à lui mal obéir 3, Quand en votre faveur je semblaisla trahir.

Peut-être qu'en son eceur plus douce et repentie Elle en dissimulait la meilleure partie ; Que , se voyant tromper , elle fermait les yeux % Et qu'un peu de pitié la satisfaisait mieux.

A présent que l'amour succède à la colère , Elle ne vous voit plus qu'avec des yeux de mère , Et si de cet amour je la voyais sortir ^, Je jure de nouveau de vous en avertir :

Vous savez comme quoi je vous suis tout acquise *. Le roi souffrirait-il d'ailleurs quelque surprise?

i Trop familier.

S « Oublier un détespoir, etundésetpoirjalouœ, où un infidèU épouûD a forci 9on courage ! Presque toutes les scèPfSf de ce V»mier acte sont remplies de l^arbansmes ou de solécismes intolérables. »(KoUa<r«.)

8 M Ce vers n'est pas fraoçais : on se dispense d'une cbose , §i non à une ehose.» ( VoUairê.)^ Corneille employait encore dUpfntêt dans le sens de perfnêttre, autoriter.

4 « Repentie ne l'est pas non plus, du moins ajijoqrd'hQi : on ne peut pas dire cette princesse repentie. Mais pourquoi n'emploierions-nous pas une expression BécMsaire. dont l'équivalent est reçu dans toutes les langues de l'Europe ? >» (Voltaire^

5 « Sortir d'un amour l quelle négligence ! » ( VoUairef) . . • « Comme quoi ne se dit pas davantage ; et tout acquise est

du style comique. » (VoltaiT».)

28 RODOGONE.

Qui que ce soit des deux qu'on couronne aujourd'hui , Elle sera sa mère, et pourra tout sur lui.

LAONIGE.

Qui que ce soit des deux, je sais qu'il vous adore : Connaissant leur amour , pouvez-vous craindre encore?

RODOGDNE.

Oui, je crains leur hymen , et d'être à l'un des deux.

LAONICE

Quoi! sont-ils des sujets indignes de vos feux?

Comme ils ont même sang avec pareil mérite, Un avantage égal pour eux me sollicite ; Mais il est malaisé , dans cette égalité.

Qu'un esprit combattu ne penche d'un côté.

11 est des nœuds secrets, il est des sympathies, Dont par le doux rapport les âmes assorties S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer '. C'est par là que l'un d'eux obtient la préférence : Je crois voir l'autre encore avec indifférence , Mais cette indifférence est une aversion Lorsque je la compare avec ma passion.

Étrange effet d'amour! incroyable chimère!

Je voudrais être à lui , si je n'aimais son frère, Et le plus grand des maux toutefois que je crains , C'est que mon triste sort me livre entre ses mains.

LAOMICE.

Ne pourrai-je servir une si belle flamme ?

1 w C'est toujours le poète qui parle; ce sont toujoura des maximes : la passion ne s'exprime pas ainsi. Ces vers sont agréablea, quoique dont par 1$ doux rapport ne soit point français ; mais CM dmei qui S8 laisgent piquer,, et ces je ne sais quoi , appartiennent plus a la haute comédie qu'à la tragédie. Ces vers ressemblent à ceux de la Suite du Menteur : Quand leê ordres du ciel nous ont faite Tun pour Taurr» , etc. Cependant ces quatre vers, tout éloignés qu'ils sont du style de la véritable tragédie , furent tou-

{ours regardés comme un chef-d'œuvre du développement du cœur mmain , avant qu'on vit les chefs-d'œuvre véritables de Racine en ce genre.» (Kolfatr«.)— Somme toute, ces quatre vers si vantés et si souvent cités risquent for* de n'être que du galimatias alambiqué.

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