SÉLEUCUS, ANTIOCHUS
8ÉLECCUS.
F)st-il une constance à l'épreuve du foudrct
Dont ce cruel arrêt met notre espoir çn poudre '?
▲NTiqCHUS.
Est-il un coup de foudre à comparer aux coups Que ce cruel arrêt vient de lancer sur nous ?
SÉLEOOUS.
O haines , 6 fureurs dignes d'une Mégère !
femme , que je n'ose appeler cncor mère!
Après que tes forfaits ont régné pleinement ,
t « Cet y se rapporte k trâne , qui est quatre vers auparavant s les pronoms, les adverbes doivent toujours être près des noms qu'ils désignent ; c'est une règle à laquelle il n'y a point d'exception. » {Voltaire.) La poésie en souflFre de nombreuses. Voltaire parle toujours comme si la prose et les vers éutient une même c^ose.
â u Ce vers est trè»-beau. Mais comment une reine habile peut* elle avouer son crime & ses enfants, et les presser d'en commettre un autre ? » ÇVoltaire.) tJne reine avoue, comme une simple mor* telle , les crimes qu'elle a commis , quand cet aveu lui est nécessaire pour en commettre d'autres , dans l'intérêt de ses passions.
S u Voilh encore un foudre dont un arrêt met un espoir en poudré. » {Voltaire.) Voilà encore une ménrise de Voltaire! Ce n'est point le foudre qui rend un arrêt, mais Varrêt qui foudroie } doni est ici dans le sens de par lequel.
Nfî saurais-tu souffrir qu'on règne innocemment? Quels attraits peascs-tu qu*ait pour nous la couronne, S*il faut qu*un crime égal par ta main nous la donne ? Kt de quelles horreurs nous doit-elle combler , Si pour monter au trône il faut te ressembler?
ANTIOCHUS
Gardons plus de respect aux droits de la nature % Et n'imputons qu'au sort notre triste aventure : Nous le nommions cruel , mais il nous était doux Quand il ne nous donnait à combattre que nous. Confidents tout ensemble et rivaux l'un de l'autre , Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre : Cependant, à nous voir l'un de l'autre rivaux, Nous ne concevions pas la moitié de nos Inaux.
SÉLEUCUS
Une douleur si sage et si respectueuse ,
Ou n'est guère sensible , ou guère impétueuse ,
Et c'est en de tels maux avoir l'esprit bien fort
D'en connaître la cause , et l'imputer au sort.
Pour moi, je sens les miens avec plus de faiblesse,
Plus leur cause m'est chère , et plus l'effet m'en blesse ;
Non que pour m'en venger j'ose entreprendre rien ;
Je donnerais encor tout mon sang pour le sien :
Je sais ce que je dois, mais dans cette contrainte.
1 u La douleur respectueuse d'Antiochus est aussi contraire à l'histoire qu'à la politique ordinaire des princes. Plusieurs oni fait enfermer leurs mères pour de bien moindres crimes. Cléopâtre vient d'avouer à ses enfants qu'elle a assassiné leur père; elle veut les forcer à assassiner leur maîtresse ; elle doit èire à leurs yeux infiniment plus coupable que Clyteranestre ne le fut pour Oreste. Esi-ce là le cas de dire j"atfn« 'ma mère? Mais ce sentiment d'amour respectueux pour une mère est si profondément gravé dans tous les cœurs bien faits, que tous les spectateurs pensent comme Attiiochns. Telle est la magie de la poésie : le poète lient les cœurs dans sa main: il peut, s'il veut, peindre Antiochus comme un Oreste, et alors le public s'intéressera à sa vengeance; il peut le peindre comme un prince sévère et juste, qui, pour le bien de son Etat, veut ôter le gouverneuient à une femme homicide, le fléau de SCS sujets : alors les spectateurs applaudiront à sa justice : il peut le peindre soumis, respectueux , attaché à sa mère autant qu'indigné; et aiora le public partage les mêmes sentiments. Cette dernière situation est la seule convenable à la construction de cette tragédie, d'auutnt plus qu'Antiochus est représenté comme un jeune fiomme lonmi»: mais aussi son caractère est sans force.» (Fo^totre.)