ACTE II, SCÈNE IV
Si je retiens mon bras , je laisse aller ma plainte , Kt j'estime qu'au point qu'elle nous a blessés , Qui ne fait que s'en plaindre a du respect assez '. Voyez-vous bien quel est le ministère infâme Qu'ose exiger de nous la haine d'une femme ?
Voyez-vous qu'aspirant à des crimes nouveaux , De deux princes ses fils elle fait ses bourreaux ? Si vous pouvez le voir, pouvez-vous vous en taire?
ANTIOGHDS.
Je vois bien plus encor, je vois qu'elle est ma mère, Et plus je vois son crime indigne de ce rang', Plus je le vois souiller la source de mon sang. J'en sens de ma douleur croître la violence, Mais ma confusion m'impose le silence , Lorsque dans ses forfaits sur nos fronts imprimés Je vois les traits lionteux dont nous sommes formés \ Je tâche à cet objet d'être aveugle ou stupide , J'ose me déguiser jusqu'à son parricide. Je nie cache à moi-même un exc^s de malheur Où notre ignominie égale ma douleur, Et détournant les yeux d'une mère cruelle , J'impute tout au sort qui m'a fait naître d'elle. Je conserve pourtant encore un peu d'espoir : Elle est mère, et le sang a beaucoup de pouvoir; Et, le sort l'eût-il faite encorplus inhumaine, Vne larme d'un fils peut amollir sa haine *,
1 Cet hémistiche est bien rude à l'oreille, et l'tjxpression manque de noblesse.
2 Baiig se dirait de la relue, et non de la mère; la maternité est plutôt un titre qu'un rang. Mais on est assuré dans Corneille que sang attirtria toujours rang , comme monarque ne manque pas d'appeler marque ^ et réciproquement. Il serait curieux de dresser le catalogue.de ces iiiéviiables rencontres. Voici, au reste, un quatrain qui les rapproche ( Pompée, act. V, se. m ) ;
Mais il ait mort , madame , a^eo toutes les marquât Dont éclatent let morts des plug dignes monarques; Sa Ter tu rappelée a soutenu son rang .
Et sa perte aux Romains a ooûté bien dn sauf.
S Ces deux vers apportent plus de bruit que de lumière. En effet, il n'est pas facile de se représenter «< les traits honteux dont les enfants sont formés, visibles dans les forfaits de leur mère imprimés sur leurs propres fronte. »
4 «c n n'est peut-être pas bien naturel qn'AntiochuB dise qu'une
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SÉLEUCOS.
Ah ! mon frère, Tamour n'est guère ▼éhéoBent Pour des fi]s élevés dans un bannissement < , Et qu'ayant fait nourrir presque dans Tesclavage , Elle n'a rappelés que pour servir sa rage.
De ses pleurs tant vantés je découvre le fard * ; Nous avons en son cœur vous et moi peu de parL Elle fait bien sonner ce grand amour de mère , Mais elle seule enfin s'aime et se considère , Et, quoi que nous étale un iangaj^e si doux , Elle a tout fait pour elle , et n'a rien fait pour nous. Ce n'est qu'un faux amour que la haine domine ; Nous ayant embrassés, die nous assassine', En veut au cher objet dont rionà sommes épris. Nous demande son sang, met le trdne à ce prix. Ce n'est plus de sa main qu'il nous le faut attendre ; Il est, il est à nous , si nous osons le prendre. Notre révolte ici n'a rien que d'innocent; Il est à l'un de nous , si l'autre le consent * : Régnons, et son courroux ne sera que faiblesse : C'est l'unique moyen de sauver la princesse.
Allons la voir, mon frère, et demeurons unis :
larme peut changer le cœur de Cléopàtre , après qu'elle lai a proposé de sang-froid le plus grand des crimes ; mais ce contraBte du caractère d'Antiochus avec celui de Séleucus est si beau, qu on aime celte petite illusion que se fait le cœur vertueux d'Antiochus.» (Voltaire.) ^ . , . -,
1 Bannissement est l'acte par lequel on est banni ; c'est extl qu'il faut dire pour désigner Je Ueu.
2 »< I^ fard des pleurs est des plus impropres. On peut demander pourquoi on dit avec succès le faste des pleurs, pour exprimer l'ostentation d'aune douleur étudiée , et que le mot de fard n'est pas recevable; c'est au'en efretil y a de rostenlation , du faste , dans Pappareil d'une douleur qu'on étale; mais on ne peut meure réellement du fard sur des larmes : cette figure n'est pas juste, parce qu'elle n'est pas vraie. >» (Voltaire.)
S J'ombruta mon rival , mais o'eat pour rétouffer.
Rfbcin*. Brit.
A On dit aujourd'hui consentir à ; mai» il importe de constater l'usage antérieur pour s>eu autoriser et pour y revenir dans l'occasion. Nous trouvons h Tacte suivant, se. ui .-
Lu eouMutirM-ta eet «ffort »ar ma ûtaaoff (▼oy. p. 52, not. 4.)