SCÈNE I
ANTlQlCgUS, PODOGUNE.
ROOOGUNE,
Prince, qu'ai-je entendii ? parce que je soupire. Vous présumez que j'alwe, et vous m'osez le dire M Est-ce un frère , est-C0 vpus (iont la ténér ité S'imagine...
iSTIOCHDS.
Apaisez ce courage irrité, Princesse , aucun de nous ne serait téméraire Jusqu'à s- imaginer qu'il eût l'iieur de vous plaire : Je vois votre mérite et le peu que je vaux , Et ce rival si cher connaît mieux ses défauts ^ Mais si tantôt ce cœur parlait par votre bouclie , Il veut qqe nous croyions qu'un peu d'amour le touche. Et qu'il daigne écouter quelques-uns de nos vœux« Puisqu'il tient à bonheur d'ôire à l'un de nous deux.
1 «L'âme du spectateur était remplie de deux assassinats proposés par deux femmes ; on attendait la suite de ces horreurs : le spectateur est étonné de voir Rodogune qui se |%che de ce qu'on présume qu'elle i)ouprait aimer un des princes destiné pour être son époux ; elle ne parle que de la témérité d'Antiochus, qui, èh la voyant soupirer, ose supposer qu'elle n'est pas insensible. C'était un des ridicules à la mode dans les roman« de chevalerie, comme on l'a déjà dit; il Tallait qutin chevalier n'imaginât pas que la dame de ses j^ensées pût être sensible avant de très-longs ser- Tices : ces idées infectèrent notre théâtre. » (Voltaire.)
S « Est-ce à Antiochus à parler des défauts de son frère ? comment peut-on dire à une telle femme que les deux frères connaissent trop bien leurs défauts pour oser croire qu'elle buisse aimer l'Bndesdeux?«(re/ftMr«:) ^
Si c'est présomption de croire ce miracle ,
C'est une impiété de douter de l'oracle ,
Et mériter les maux où ' vous nous condamnez ,
Qu'éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez.
Princesse, au nom des dieux, au nom de cette flamme...
KODOGUNE.
Un mot ne fait pas voir jusques au fond d'une âme ;
Et votre espoir trop prompt prend trop de vanité
Des termes obligeants de ma civilité.
Je l'ai dit, il est vrai; mais, quoi qu'il en puisse être.
Méritez cet amour que vous voulez connaître.
Lorsque j'ai soupiré , ce n'était pas pour vous \
J'ai donné ces soupirs aux mânes d'un époux'.
Et ce sont les effets du souvenir fidèle
Que sa mort à toute lieure en mon âme rappelle.
Princes , soyez ses fils , et prenez son parti.
ANTIOCHUS
Recevez donc son cœur en nous deux réparti ;
Ce cœur , qu'un saint amour rangea sous votre empire ,
Ce cœur, pour qui le vôtre à tous moments soupire,
Ce cœur, en vous aimant indignement percé.
Reprend pour vous aimer le sang qu'il a versé * ;
Il le reprend en nous, il revit, il vous aime.
Et montre en vous aimant, qu'il est encor le m^me.
Ah! princesse, en l'état où le sort nous a mis.
Pouvons-nous mieux montrer que nous sommes ses fils?
Si c'est son cœur en votis qui revit et qui m*aime. Faites ce qu'il ferait s'il vivait en lui-même^ ;
1 Ot», auxquels.
S « Ce vers parait trop comique , et achève de révolter le lecteur judicieux, qui doit attendre ce que deviendra la proposition d'un assassinat horrible. » (Voltaire.)
S « Kodoguno n'a pas épousé Nicanor; çlle lui était promise; et, dans ce sens, elle peutle nommer son époux. » (Paliuot.) C'est la primitive accepiion de ce mot, tiré du sponsus des Latins.
4 «< C'est doue le cœur de Nicanor reparti entre ses deux flls, qui, ayant été percé, reprend le sang qu'il a versé, c'est^à-diro son propre«Aanç, pour aimer encore sa femme dans la personne de ses deux entants. Que dire de telles idées et de telles expressions ? comment ne pas remarquer de pareils défauts? et comment les excuser ? que gagnerait-on à vouloir les pallier .' ce serait trahir Tart qu'on doit enseigner aux jeunes gens » ( Voltain.)
5 M Rodogune continue la figure employée par Antiochaa; mais