SCÈNE y
CLÉOPATRE
Que tu pénètres mal le fond de mon courage^!
Si je Terse des pleurs, ce sont des pleurs de rage ,
Et ma haine , qu'en vain tu crois s'évanouir »
Ne les a fait couler qu'afin de t'éblouir.
Je ne veux plus que moi dedans ma confidence.
Et toi, crédule amant, que charme l'apparence.
Et dont l'esprit léger s'attache avidement
Aux attraits captieux de mon déguisement ,
Va , triomphe en idée avec ta Rodogune ;
Au sort des immortels préfère ta fortune,
Tandis que , mieux instruite en l'art de me venger ,
En de nouveaux malheurs je saurai te plonger.
Ce n'est pas tout d'un coup que tant d'orgueil trébiwhe *t ^
De qui se rend trop tôt on doit craindre une embûclR*, f
Et c'est mal démêler le cœur d'avec le front \
Que prendre pour sincère un changement si proiupU
L*effet te fera voir comme je suis changée.
i « Od dit quPaix théfttre on n'aime pas les scéléraiSB. T! n'ya point de criminelle plus odieuse que Gléopatre, •( cependam en se plaiH à la voir ; du moins le parterce, qui u'est pas toujours composé de connaisseurs sévères et délicats, s'est laissé subjuguer quand une actrice imposante a joué ce rôle ; elle ennoblit Thorreur de son caractère par la fierté des traits dont Corneille la peint; on ne lui pardonne pas, mais on attend avec impatience ce qu'elle fera, après avoir promis Rodogune et le trône- à son flls Antioefaus. Sr Corneille a manqué à son an da«s le» détails , il a rempli le grand projet de tenir les esprits en suspens , et d'arranger tellement les événements , que personne ne peut deviner le dénoûment de cette tragédie. » ( Voltcare»)
2 Courage est encore dans le sens de ccBur, pensée.
S « Trioucher n'a jamais été du style noble, m ÇVoltaire.) — Il est ici même noblement employé ; de sorte que la remarctae de Voltaire est réfutée par le passage qui la provoque.
Ji «Se crois qu'il eût fiillu dittmguer, au lieu de démêhr; car le ccear et le front ne sont point mêlés ensemble.» {VoUaire.)