SCÈNE L LAONICE,TiMAGÈNE
LAONICE
Enfin ce jour pompeux , cet heureux Jour nous luit» Qui d'un trouble si long doit dissiper la nuit '; Ce grand Jour où l'hymen , étouffant la vengeance , Entre le Parthe et nous remet l'intelligence,
i « A ce magnifique début, qui annonce la réunioB mun U Perte «t la Syrie , ei la nominaiion d^un roi , etc., on croiraii que ce sont des princes qui parient de ces grands intérèis (quuiqu un prince ne dise guère qu'un Jour est pompeux ) : ce sont malnen* reusement deux suiiaiternes qui ouvrent la pièce. Corneille, daoa son examen , dit qu'on lui reprociia cette faute : il était presque le seul gui eût appris aux Français à juger ; avant lui « on n'éiail pus difficile. Il n'y a guère de cuiinaisseurs quand il n'y a point de modèles. 1>e8 défauts de cette exposition sont : i» qu'on ne sait point qui parle ; 2* qu'on ne sait point de qui Ton parle; 3* qu'on ne sait point ob l'on parle. Les premiers vers doivent mettre le spectateur au fait , entant qu'il est possible. » ( Voltaire.) — Corneille laisse à dessein quelque obscurité pour soutenir l'attention , par un ^flbrt de curiosité , en attendant le véritable iniérftt tra^fiqne ou lepiH» thétique.
Affranchit sa princesse, et nous fait pour jamais
Du motif de la guerre un iien de la paix ;
Ce grand jour est venu , mon frère, où notre reine ',
Cessant de plus tenir la couronne incertaine.
Doit rompre aux yeux de tous son silence obstiné ,
De deux princes gémeaux nous déclarer Talné,
Et Tavantage seul d'un moment de naissance ,
Dont elle a Jusqu'ici caché la. connaissance.
Mettant au plus heureux le sceptre dans ia main ,
Va faire l'un sujet , et l'autre souverain.
Mais n'admirez-vous point que cette même reine
Le donne pour époux à l'objet de sa haine ^,
Et n'en doit faire un roi qu'afin de couronner
Celle que dans les fers elle aimait à gêner ^ 7
Rodogune, par elle en esclave traitée ,
Par eue se va voir sur le trône montée ,
Puisque celui des deux qu'elle nommera roi
Lui doit donner la main et recevoir sa foi.
TIMAGÈNE
Pour le mieux admirer trouvez bon , je vous prie , Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie. J'en ai vu les premiers , et me souviens encor Des malheureux succès du grand roi Nicanor, Quand , des Parthes vaincus pressant l'adroite fuite , Il tomba dans leurs fers au bout de sa poursuite. Je n'ai pas oublié que cet événement Du perfide Tryphon fit le soulèvement; Voyant le roi captif, la reine désolée,
1 Cette reine est Cléopàtre, que Corneille ne nomme pas, de peur qu'on ne la confonde avec la célèbre Cléopàire, maitresse d'Antoine et de César.
1 « Sa haine se rapporte à Vépouof, qui est le substantif le plus voisin ; cependant l'auteur entend la fiaim de Ciéopàire : ce sont de ces fautes de grammaire dans lesquelles Corneille, qui ne châtiait pas son style, tombe souvent, et dans lesquelles Racine ne tomba jamais depuis Andromaauê,» ( Voltaire.)— Il n'y a ici aucune amphibologie, puisque «a haine se rapporte au sujet de la phrase , cette mime reine.
3 « Le mot gêner vient originairement de géhine^ vieux mot tiré de la Bible, qui ûgnifle toriure, prison; mais jamais il n'est pris en ce dernier sens.» ( Voltaire.) — On ne le prend plus dans ce sens, mais originairement, il n'en avait pas d'autre, et quand Corneille . et après'lui Racine , disent : « Ah que vous me gènes, » ila emandeot « QneUe torture vons me ftûles souffrir ! »