‹ Rodolfe StrebelleChapitre 4 sur 4 · QUELQUES CRITIQUES · texte numérisé non relu

QUELQUES CRITIQUES

Le charme et la séduction de l’œuvre de Strebelle en prouvent, dès l'abord, les deux qualités essentielles : la sincérité et la puissance.

Sincérité : je veux dire que ces tableaux où l'on ne sent ni influence dominante ni système préconçu sont bien spontanément jaillis du cœur et de la vision de leur créateur. Certes, cette œuvre est de son temps par la sensibilité dont elle témoigne, et sa technique, enrichie par l'ap- * port de tout le passé — jusqu'au plus proche. — Mais délaissant toutes les outrances, toutes les "attitudes ", elle est l'expression d'une âme sensible et fine, l'expression juste, complète, clarifiée par un métier très sûr: c'est pour cela qu'elle émeut, qu'elle conquiert et que le souvenir de ces toiles, de ces aquarelles, de ces dessins, reste en ma mémoire avec la même douceur séduisante que le souvenir de telle symphonie ou de tel chant.

Maternité (aquarelle). R. STREBELLE

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Je me ferai mal comprendre, peut-être, en disant qu'il y a dans l'œuvre de Strebelle plus de nuances que de couleur. Nuance exprime mieux, il me semble, les harmonies sans rudesse, les teintes caressantes de ces toiles où dominent le bleu, le jaune clair et le vert pâli. Strebelle ne procède ordinairement point par contraste. Nul cri dans ses paysages ou ses sujets. Un chant plutôt, clair et mélancolique, d’une grande fraicheur et d'une grande vérité.

Son interprétation du paysage décèle une vision rare et juste; nul rafhnement de dessin; simplifié, synthétisé, réduit à l'essentiel, il prête à ces œuvres une allure décorative, rend plus apparent la mélodie nuancée que Strebelle entend exprimer. Cette maison toute simple et ces quelques arbres: ces quelques fleurs, ces fruits sur une nappe; est-il rien de plus banal, de moins recherché, de moins " mis en page " ? Mais le prestige d'un coloris délicieux, sans éclat et plein de grâce, dégage soudain toute la beauté poignante qu'un esprit d'artiste confère aux plus

humbles choses. Et nous sentons passer en nous, totale et telle qu'il l’a ressentie, l'émotion que le peintre a voulu traduire.

Cet art si riche de distinction, si finement mélancolique, d'une si pure douceur, Strebelle le doit, certes en partie à ses origines; mais à ce que la race a mis en lui de clarté et de mesure se joint, pour une large part, sa propre vision, la poésie prenante et nuancée de cet esprit délicat.

Les clichés qui illustrent ce fascicule ne peuvent rendre comme il le faudrait tout le charme de cette œuvre. Certes, on aimera leur harmonieuse ordonnance; on appréciera ce dessin souple et simple, peut-être y percevra-t-on la science et néanmoins l'apparence naïve dans la relativité des tons. La charmante invention de ce groupe d'enfants, sans doute en goûtera-t-on la grâce. Mais devinera-t-on l'exquise tache que font ces roses aux reflets mauves, aux mains de la fillette >? Verra-t-on le soleil se jouant sur le verger, dans ce groupe familial aux adorables bambins ? Verra-t-on ces verts, ces jaunes, ces

bleus, tout ce qui fait de ces tableaux des spectacles d'une saveur exquise et durable ?

Et par quels moyens variés ces impressions sont obtenues! Strebelle ne lèche ni ne parachève ses toiles. On retrouve à les regarder de près, toute sa fièvre créatrice, et l’on s'étonne de l'effet précis obtenu par des moyens si divers, employés d'ailleurs avec un discernement parfait. Une surface à peine frottée voisine, dans telle toile avec un coin brossé en pleine pâte, à côté d'un glacis. On devine toute une technique patiemment acquise, et n'aboutissant à rien d’académique, je veux dire de figé. Car ce qui surprend le plus dans ce labeur continu, c’est ce don de renouvellement perpétuel que possède Strebelle, évoluant sans cesse, créant une œuvre sans monotonie, qu'unifie seulement un même sens de mesure, de tact et de goût.

Je voudrais évoquer aussi ces délicieuses aquarelles si fraîches, aux verts bleutés si sonores, sans un faux accord, d'un art si personnel et si sûr. Je songe à ces impressions charmantes qu'il

28 | : v | a rapportées de Belœil, de ce parc merveilleux dont la beauté est si parente de son esprit. Mais que les mots sont donc incolores ! AT Les dessins qu'il a tracés pour ce numéro donneront heureusement un exemple complet d'une face de ce beau talent. Quelle science encore du noir et du blanc, quelle élégance dans ces bandeaux, ces culs-de-lampe, et dans ces illustrations si nobles de lignes; quelle sobriété pure et distinguée.

Et que d'émotion renfermée dans ces traits si simples | Vraiment en appliquant à toute cette œuvre, dès maintenant, le mot de maîtrise, je ne crois pas obéir à un enthousiasme mal étayé.

L'impression toujours plus profonde ressentie à chacune de mes visites à l'atelier de Strebelle me font voir en lui l’un des artistes les plus exquis de notre époque. Peut-être le reconnaîtraiton déjà si, en Belgique, et plus spécialement à Bruxelles, la valeur reconnue d’un artiste ne dépendait, pour une grande part, de son âge, de

ses titres et des rubans dont on l’orne dès qu'il est gentil.

Arthur CANTILLON. (La Nervie.)

M. R. Strebelle a un talent fort sympathique. Il possède la science des couleurs et réussit à créer des harmonies neuves et fraîches. Au Cercle Artistique où il expose en ce moment, il a une grande composition, Heure claire, qui est une œuvre vraiment complète, aussi bien au point de vue de son ordonnance que de son coloris fin et distingué. Sa Femme au bouquet (noir, blanc, gris et rose), est un tableau de joie, de charme et de tendre intimité. La facture de M. Strebelle est large, solide, rapide, pas fatiguée. Cet artiste mérite l'attention et l'estime. On cite peut-être trop, à son propos, le nom de son ami Oleffe. M. Strebelle confesse avec simplicité et bonne foi l'admiration qu'il a pour cet ami, l'influence que celui-ci a exercée sur lui, mais il est certain qu'il cherche à se dégager, ses toiles nous l'afhr-

Wie ment, et surtout celle Heure claire, que nous avons déjà citée. M. Strebelle commence une évolution où sa personnalité va s'exprimer davantage ; dès lors, insister sur un rapprochement qui n’a pas toujours lieu d'être rappelé est peutêtre un peu attristant pour l'artiste, juste au moment où il s'efforce de reconquérir pleinement l'originalité qui lui est propre (voyez le Coucher du Soleil, n° 20, la Robe à carreaux, etc.). On cite aussi, facilement, devant sa Femme au bouquet, l'Olympia de Manet. Qu'est-ce qui justifie plus ou moins cette évocation ? L’attitude de la femme étendue à demi sur un sopha, et surtout le bouquet rose dans son cornet de papier blanc. Mais ce bouquet est très joliment peint; si l'artiste l'a mis dans son tableau, c'est qu'il le jugeait utile à sa combinaison de couleurs et qu'il voulait souligner l'analogie avec le tableau

du Louvre, — et si on ne le comprend pas, c'est dommage.

(L’Horizon.) : M. DEVIGNE

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lu d'Oleffe disparaît de plus en plus de Je œuvre de Strebelle, l’un de nos artistes les mieux doués.

Il faut louer ses mises en page toujours originales, son coloris harmonieux et inattendu, son métier varié, audacieux et simple, son dessin ample, parfois classique comme dans Femme au bouquet et, ce qui est rare chez nos peintres, son style qui le conduit à de sereines et heureuses pages décoratives où s’assemblent en jolies attitudes de jeunes femmes et des enfants ravissants, rêveurs ou malicieux. Strebelle se révèle l’un de nos plus charmants peintres de figures. Ses paysages différemment traités — l'un à la Matisse, un autre à la Guérin — tous lumineux et Mer du Nord emph d'air froid, ses aristocratiques natures mortes complètent cette exposition, l’une de nos meilleures.

(Le Thyrse.) Armand EGGERMONT.

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