L ARTISTE ET L’HOMME
incarné les traits les plus saillants de l’esprit genevois. Un tel jugement l’eût fait Sressaillir d’aise, lui qui a si bien décrit sa petite patrie, et qui l’a servie avec un si complet dévouement.
Que dire enfin de l’homme après avoir parlé de son talent ? Il fut sincère et naturel comme le style de ses livres. S’il blâmait la vanité chez les autres, et la fustigeait sans pitié, il faut convenir qu’il sut s’en garder avec soin. Un jour, sur les instances d’un de ses collègues à l’Académie, on le nomma membre d’une société savante, la Société d’histoire et d'archéologie. Il prit aussitôt la plume et écrivit la lettre suivante au président de la dite société :
« Cher Monsieur,
« J’ai été écalahré ' d’une juste surprise lorsqu’avant-hier « j’ai reçu, tenu de mes mains, lu de mes yeux, un feuillet
ployé et cacheté, et signé F. Soret, dans lequel feuillet « j’étais étiqueté membre de la Société d’archéologie et « d’histoire; et rien qu’à me voir ainsi dénommé, je me i( suis fait à moi-même un effet très risible.
« C’est pourquoi ayant hélé le sieur Soret, au sortir de « la salle verte \ où je venais de m’égayer deux heures « durant, je lui déniai tout droit de m’intituler membre (( d’une Société quelconque d’archéologie et d’histoire, vu « que je n’avais jamais donné à penser à personne, soit pai‘
' Emlabrtr, terme genevois, signifie ouvrir entièrement. On dit : La porte resta écalahrée. Voir Humbert, Glossaire (jenevois, déjà cité.
^ On apjielait ainsi une des salles de rAcadémie, où se réunissaient les autorités académiques.
RODOLPHE TÔPFFEE.
(( mes actes, soit par mes paroles, que j’eusse la moindre K connaissance en archéologie et en histoire, dont bien me « fâche ; mais c’est ainsi. Le sieur Soret convint de la chose,
« mais argua de ce que vous m’aviez indiqué ou présenté,
« que lui n’y était pour rien. J’aurais donc été huit jours
durant membre d’une Société d’archéologie et d’histoire,
« à mon insu ! est-ce bien vrai ? ou est-ce un de ces qui- K proquos monumentaux, comme il s’en montre parfois « parmi les enfants des hommes? X... journaliste, et moi « archéologue ! ! ! Immense quoproqui ! Incommensurable « vicissitude ! deux propositions dont une déjà est suffisante « à jeter les hommes dans l’étonnement, et dont l’autre, « venant à y être surajoutée, les plongerait dans un abîme « de surprises tournoyantes, mêlées de rires inextinguibles « autant qu’involontaiies, et pourtant bien tristes pour « moi
« C’est pourquoi je n’ai rien de plus pressé ce matin, en (( ouvrant les yeux à la lumière après un sommeil agité par K des obélisques dansant la sarabande, que de vous adres- (( ser ma démission, mon désistement, mon effacement « total de la Société, plus mes excuses bien humbles du (f scandale qu’ont pu lui causer mes longues oreilles, ces « huit jours durant, où elles ont été en vue à mon insu *. »
Toptfer resta jusqu’à la fin l’ami sûr et dévoué; il y avait aussi chez lui un grand fonds de compassion pour toutes les misères, un grand désir de bienveillance que trahissent
* Lettre au professeur Boissier, que nous devons à l’obügeance de M. le professeur Ch. Le Fort.
l’artiste et l’homme.
cerlaines lelües iiiliines à sa famille. Il aimail à s’eiitrelenir avec les petits, avec les humbles, et non point avec ceux qui ne le recherchaieutque pour son renom litléraire : « Je « ne suis pas si diflicile, si capricieux, si aristocrate d’hu- (( meur qu’on est porté à le croire, écrit-il à sa femme, el « si je ne sais pas être comme toi facilement et sincère- (( ment gracieux avec tout le momie, d’autre part je donne « des preuves que ce n’est ni l’esprit, ni la distinction, ni (( l’amabilité, ni l’opulence qui tirent de moi une grande « dose de sympathie et d’humeur affectueusement riante...
c( Etau contraire, bien loin d’être aristocrate d’humeur, « et porté parce que je le pourrais, à me frotter aux belles « gens, ou à être gracieux aux spirituels, ce sont les bonnes gens que je recherche partout, et plutôt dans les bùche- « rons, dans les palefreniers, dans les laboureurs que « partout ailleurs! Tout comme dans quiconque, par une « invincible disposition, et qu’il soit roi ou gueux, je vais « droit sur les deux choses qui me plaisent avant tout : « le naturel, et des qualités morales pas frelatées. Mais j’ai « en ceci le nez très fin, le goût très exercé, et le moindre « alliage d’affectation ou de vanité que j’aperçois, aussitôt (( détruit le charme, me clôt l’envie, et je demeure embêté « et maussade. Voilà mon histoire et mon panégyrique. » On peut dire que les lettres de Tôpffer à sa femme nous ouvrent les trésors de son cœur? Que de tendresse pour cette compagne adorée, à laquelle pendant ses absences il écrit jusqu’à deux fois par jour; que de pensées fines et délicates, et de simples récits qui nous émeuvent! A Lavey,
KODOLPHE TüPFFER.
il reçoit de sa famille et de ses pensionnaires quelques petits cadeaux, dont il se hâte de faire jouir ses voisins, s’ingéniant à trouver ce qui pourrait leur être agréable. Il se ruine en ports de lettres. c( N’est-ce pas le meilleur plaisir « du monde que de communiquer ferme avec les siens et (( avec ses amis, et le second plaisir du monde que de « faire venir gracieusement et généreusement ce qui peut (( plaire ou obliger. Sans cela à quoi sert d’avoir deux sous, « et même lorsqu’on n’en a qu’un, à quoi pourrait-on mieux « l’employer? Le pauvre lui-même a les plaisirs de la (( richesse, s’il trouve moyen d’être, au lieu de ladre, géné- « reux, ce qui est toujours possible. »
Il a remarqué parmi les baigneurs indigents un homme affreux à voir; ses grimaces le rendent repoussant, sa pâleur inspire l’effroi ; « mais cet homme est patient, il a l’espoir « des bonnes gens et la résignation des simples. Tout en « lui parlant, raconte Toplfer â sa femme, je me suis inté- <( ressé à lui, et déjà dans deux ou trois occasions où on a a causé, à table ou ailleurs, je me suis donné pour avoir K reconnu en lui ces bonnes qualités que nous n’avons pas « tous. Il n’en a pas fallu davantage pour que les mêmes « personnes qui l’auraient vu avec elfroi, ou qui l’auraient (( fui avec moquerie, l’envisagent avec une bienveillante « compassion; tant au fond il y a de bons sentiments natu- (( rels dans tous les cœurs, et tant chez la plupart, les (( dires cruels ou les remarques sans charité sont de vanité, « de ton, de mauvaise habitude, de surface enfin, et pas « de dureté native. Comme lu peux croire, rien que d’avoir
l’aktiste et l’homme.
« mis ce pauvre diable en odeur d’intérêt m’a causé un de (( ces petits plaisirs secrets qui valent beaucoup mieux que (( les plus gros plaisirs à grand orchestre. » L’observation chez Tôplîer ne produisait donc pas, nous le constatons une fois de plus, la sécheresse du cœur, bien au contraire.
Il chercha toujoui s à s’excuser auprès de sa femme de ses inégalités d’humeur, et lorsque ses maux se font plus graves il les accepte avec une résignation sereine. « Pour moi, dit-il, j’acquiesce à ces avertissements, je compte en tirer parti pour être moins médiocre que je ne suis. » Et il exhorte les siens à la patience, à l’espérance. En arrivant à Lyon, lors de son premier séjour à Vichy, il se livre à des épanchements intimes bien louchants, et que l’on ne saurait reproduire ici. Son cœur d’époux et de père s’est ému. De la grande ville qu’il traverse, illuminée par un radieux soleil d’été, il ne voit rien, mais en passant devant un petit jardinet perdu dans la campagne, il aperçoit une touffe de roses Irémières, et soudain le souvenir de Gronay, et de ses habitants rend ses paupières humides. Ce n’est là qu’une faiblesse momentanée; sa raison reprend le dessus. Absent comme présent il pense aux siens, il veille sur eux, les enveloppe pour ainsi dire de son affection, et les inslrnit de son expérience.
Il a été un homme heureux et un honnête homme. (( Combien de fois, avoue-t-il à sa femme, je me félicite de « n’avoir écrit que des choses saines, morales, et de n’avoir '( dessiné que des esquisses gaies, sans moquerie personne nelle, car on m’estime, on m’approche sans crainte, et
« de là l’agrément aussi bien que le bon goût des rapports.
Ah! la moquerie est une dangereuse et bête de chose! « Ici les occasions ne manqueraient pas de s’y livrer, et « l’on sait que la vie des bains y porte; malgré des amor- « ces, je m’en suis abstenu comme de me brûler, et je « m’en trouve des mieux. C’est un penchant qu’il faut tuer « chez les enfants, il ne mène qu’à des injustices et à des « sottises. J’y préférerais encore l’aménité niaise, et surtout « la bonhomie quoique sans esprit. Lis cela aux enfants et (( fais-le leur comprendre. Qu’ils rient, qu’ils soient gais, « fous, bouffons, mais qu’ils s’habituent de bonne heure à (( ne railler, ni moquer, c’est un vilain moyen de s’amuser « et une excellente façon de s’ôter la bienveillance. »
Ceci nous amène à parler des rapports de Tôpffer avec ses enfants. Grâce aux lettres que Tôpffer ont bien voulu nous communiquer, on peut voir quelle tendresse il leur témoignait. Il possédait le rare talent de savoir parler aux enfants le langage qui leur convient; pour eux sa plume sobre de réflexions se plaît surtout à peindre les objets qui l’entourent, et lorsque le mot ne suffit pas à rendre sa pensée d’une manière satisfaisante, il l’achève et la complète par un croquis lestement troussé.
Ces lettres réalisent ainsi le double mode d’expression employé par Tôpffer ; elles sont toujours pleines de naturel, de bonté naïve et quelque peu malicieuse; il est peu d’enfants qui puissent se vanter d’en avoir reçu de pareilles. Malheureusement, par le fait qu’elles sont remplies de dessins explicatifs du texte, nous ne saurions les reproduire
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l’artiste et l’homme.
sans les dénalurer, sans leur ôler tout au moins une partie de ce qui fait leur cliarme. Aussi nous nous contentons de mettre sous les yeux de nos lecteurs le fac-similé de deux de ses épîti es, adressées à sa fille Esllier.
On remarquera dans la lettre écrite de Cronay, combien Tôpffer sait choisir ce qui intéresse les enfants, et une petite fille en particulier. Il s’adresse déjcà à la future maîtresse de ménage : « Arrange donc bien la maison et donne « desordies de tous les côtés et sur tous les points; que « ta poupée soit bien mise, et la chatte en état de récep- « tion. » Suit une promesse fort alléchante : « papa et « maman apporteront des bricelets* superfins, incompara- « hlement jolis, petits, mignons... » Et ce ne sont point là de vulgaires pâtisseries, elles ont une physionomie à elles : Tôpffer leur trouve quel(|ue vague ressemblance avec un profil humain. Puis vient un tableau champêtre: « Cronay « est bien, bien joli ; il n’y manque que de vous y voir. (( Les vaches sont dans les prés, et les petits bergers font « des feux au coin des haies. Nous avons cueilli les pom- (( mes et puis les pruneaux ; on vous en portera dans un <( grand coquemar qui vient se fixer à la ville. Il a l’air « très bête. » Tous ces menus faits acquièrent une importance énorme sous la plume de fécrivain, comme dans fimagination d’un enfant. Et ce coquemar qui se décide à commencer un grand voyage, pour prendre lui aussi ses quartiers d’hiver, n’est-ce pas là une ingénieuse et charmante trouvaille ?
'• Bricelet ou brisselef, sorte de gaufre plate, très appréciée à Genève et dans le canton de Vaud.
De Vichy Tôpffer écrit encore à la fillette : « Je reprends « ma plume, ma Rigolette, pour te dire qu’il pleut toui( jours, et qu’il est arrivé un monsieur si gros, si gros, (( qu’on n’ose pas passer à côté de lui quand il boit, de peur « qu’il n’éclate. On m’a commandé une jolie paire de sou- (( liers vernis doublés en maroquin rouge, afin que je sois « aussi joli que possible. C’est délicieux et l’on ne me (( regarde plus qu’aux pieds. Et toi, ma folichonne, que (( dis-tu, que fais-tu, que manges-tu, que chausses-tu, que (( breloques-tu et que médites-tu? Que ta marraine m’écrive U une lettre de toi sous ta dictée, telle quelle, et cela me « fera plaisir.
« Il y a ici une dinde avec ses huit petits qui font piou (( piou tout le long du jour. Il y a deux chattes dont une a « fait ses petits dans le charbon. Il y a un petit chien qui c( s’appelle Lubin, et plusieurs canaris qui font un grand « ramage. Les acacias ont des fleurs et nous mangeons « beaucoup d’asperges. Voilcà les nouvelles politiques de « l’endroit. Embrasse tout le monde pour nous, et les frè- « res aussi, et la bonne aussi. Lis tes petites leçons et sois « bien sage toujours. Adieu ma chérie. »
A mesure que ses enfants grandissent, le ton des lettres de Topfler devient plus sérieux; c’est une causerie amicale et tendre, pleine de pensées délicates, de sages avertissements dictés par l’expérience. Dans l’exil momentané que lui font ses séjours à Lavey et à Vichy, il ne connaît pas de plus grand plaisii’ que de correspondre avec ses filles et ses fils. Il reçoit leurs petites lettres d’une écriture mal assurée ; il
l’artiste et l’homme.
veul qu’ils s’iiabiliienl dès leur Jeunesse à celle couversaliou à dislance : grâce à elle l’absence ne suspend jamais Finlimilé el la confiance.
Pour arriver à écrire bien, il fanl écrire souvenl. Écoulez ces recommandalions à sa fille : « Si l’on ne se forme pas
de bonne heure à ces correspondances, l’on se Irouvc « plus laid Irès emprnnlé ; l’on croil loujours que l’on n’a « rien à dire, an lieu de savoir, comme c’esl si aimable, se « lirer d’alîaire avec des causeries, avec de l’amilié, avec « des riens, comme nous le faisons la maman el moi... ,Ie « crois que nous avons pins babillé duranl ces Irois semai- « nés, que si j’élais reslé à Genève, cl c’élait bien jusle. « De plus, quand on n’écril pas souvenl, Irès souvenl, une « lellre devient une affaire et on y met de l’apprôl; au lieu « qu’avec l’exercice et le goût qu’on prend bientôt à cette « jolie manière de s’entretenir, on écrit une lellre comme « on s’assied pour causer... point d’apprôl ne s’en mêle, « c’esl le naturel qui fait tous les frais, et une fois lancé, (( on trouve bientôt que le papier n’esl pas si immense à « remplir, qu’il est réellement d’un trop étroit espace pour « tout ce qu’on voudrait y mettre. »
Ses lettres à ses fils ne sont pas moins touchantes; Tôpffer s’occupe des moindres détails de leur vie d’écolier qui ont du prix pour son cœur aimant. Lorsqu’il sent les atteintes de la maladie, sa voix se fait plus grave, son ton plus pressant : « Surtout, mes chers enfants, appliquez-vous à (( vos études, et accomplissez tous vos devoirs. Vous savez « ce que nous aimons, ce que nous voulons, ce que nous
« redoutons, ce qui nous affligerait, guidez-vous là-dessus,
« et surtout songez sans cesse au bon Dieu qui voit nos « actions et qui sait nos pensées. Je suis bien malade, j’ai « dû quitter ma profession, tout cela doit contribuer à vous « rendre plus sincère, à vous faire voir la nécessité du « travail et de la bonne conduite, afin que quand le mo- « ment sera venu, vous puissiez vous-mêmes embrasser (( une profession et gagner votre vie, que je n’aurai plus « la force de vous gagner. Réfléchissez souvent à cela, mes « chers enfants, et croissez en progrès, en bons sentiments, (( en empire sur vous-mêmes, comme en religion et en (( crainte de Dieu... Soyez toujours prudents en fait de (( relations, et n’en faites point de nouvelles sans nous le (( dire. Au collège, suivez les bons, séparez-vous des mau- (( vais »
Nous accumulons à dessein les citations. Ces lettres d’un père de famille sachant se mettre à la portée de ses enfants, exciter leur intérêt, puis développer peu à peu leur intelligence, leur sensibilité, pour arriver à leur inculquer les principes de la morale la plus haute, nous dévoilent un Tôpffer inconnu.
L’éducateur nous paraît aussi sympathique que l’écrivain; il s’en rapproche par la bonhomie et la sincérité II a réalisé son vœu, en ne se montrant point inférieur aux personnages qu’il a dépeints dans ses livres. Et n’y a-t-il pas quelque vague ressemblance entre le Tôpffer, tel que nous le montre sa correspondance, et l’aimable figure de l’oncle Tom, dans la Bibliothèque de mon oncle? C’est la même
l’artiste et l’homme.
candeur avec en plus un grain de malice; c’esl le même sourire voilé de mélancolie à l’heiire de la mort; mais c’est une âme plus ardente, une intelligence plus active, une nature enthousiaste, un caractère impressionnable qui vibre à tous les grands sentiments, à toutes les nobles aspirations.
Quand un de nos parents vient à nous quitter, notre pensée nous reporte sans cesse au spectacle terrifiant des dernières souffrances, aux angoisses indicibles de l’agonie. Plus tard ces scènes poignantes s’effacent, et le souvenir des jours heureux, des heures de joie exquise délicatement savourées, monte dans notre mémoire. C’est ainsi que nous voudrions nous séparer de Topffer, en évoquant une dernière fois sa figure au milieu de ses intimes amis.
Nous aimons tà nous les représenter par une de ces douces et mélancoliques soirées d’automne, revenant d’une de leurs promenades accoutumées. La nuit approche, mais la petite troupe ne hâte point sa marche. Le soleil descend lentement derrière le Jura, et silencieux, les amis contemplent ce grand spectacle. Un dernier rayon empourpre les neiges du Mont-Blanc, puis la nuit se fait peu à peu, jetant ses voiles sur le calme miroir du lac.
Plus d’une fois sans doute, les convives des soupers du mardi s’arrêtèrent alors sur les coteaux de Pregny ou de Cologny,pour contempler la petite ville étalée à leurs pieds. Fièrement dressée sur ses remparts, Genève leur apparaissait dans le cadre merveilleux que la nature lui a donné. Une indicible émotion faisait battre le cœur de l’écrivain
KODOLPHE TÜPFFER.
et du citoyen... Mais c’était là une impression fugitive. Comme l’a dit un poète :
un rien la faisait disparaître. F.t Tôpffer reprenait avec ses amis sa causerie tantôt mélancolique et attendrie, tantôt pétillante comme un feu d’artifice. La promenade semblait trop courte au gré de tous; à dessein l’on ralentissait le pas aux approches de la ville; on avait peine à se quitter. Il faisait si bon s’entretenir avec Tôpffer des grands problèmes de la nature et de l’art; il faisait si bon rêver avec ce doux rêveur.
Ces montagnes qu’il a tant de fois décrites et admirées, ces chemins de la Savoie ombragés de noyers séculaires, ce lac aux sinueuses rives, ce triple clocher de la cathédrale, rien de tout cela n’est changé. Les hommes seuls ont passé : Munier, de la Rive, Pascalis reposent comme leur ami sous les saules du cimetière. Mais Tôpffer nous parle encore dans ses lettres et dans ses livres où il a mis le meilleur de son âme, et sa figure reste illuminée d’un reflet d’éternelle jeunesse.
Un coin de marbre blanc sous l’or lointain des deux, Un lilas, un nuage, une onde, un bruit d'abeille,
BIBUOGRAPHIE