S IV
Ces débris épars que le temps a dispersés dans tant de bibliothèques, défigui'és sous tant de titres, et jetés dans une inextricable confusion, il faut maintenant les rassembler, les remettre à leur place, leur rendre, avec leur nom, Tunité qu^ils ont perdue, et reconstruire les monuments dont ils sont les ruines. Sans doute il y a encore plus d'une découverte à faire, et quand les catalogues du musée Britannique et de la Bodléienne seront, les uns tout à fait imprimés, les autres revus et corrigés {*), il deviendra possible de modifier et de compléter les résultats de cette synthèse que nous entreprenons après Jebb, avec plus de ressources que le savant éditeur (^j. Mais, dès aujourd'hui, il est permis de redresser bien des erreurs, de confirmer quelques assertions exactes, et surtout de se faire une idée toute nouvelle des ouvrages les plus importants de Roger Bacon, et de ces cinq grandes compositions qui renferment toute sa pensée, se suivent, se répètent, se développent, et sont autant d^efforts vers un même but, assidûment poursuivi pendant vingt-cinq ans.
(^) Le savant M. Coie s'occupe de ce travail» en ce qoi concerne les manoserits de la Bodléienne.
. (') V. Optis ma/ttf ad prsf.— Cf. Bist. lUt. de la France, article de M. J.-V. Leclerc,
78 ROGER BAGOX
Il y a dans sa vie deux périodes distinctes : dans la première, il se prépare par le travail, s'essaie par quelques œuvres, et se donne, en devenant Thomme le plus savant de son siècle, le droit d'en être le juge ; dans la seconde, marquée par Tavënement de Clément IV, il entreprend de publier ses idées longtemps mûries, et d*exposer le plan de sa réforme. L'une est la plus longue ; Pautre la plus malheureuse et la plus féconde. Avant 1267, il n'a rien écrit d'important sur la philosophie : c Si j'avais été libre, dit-il, » j'eusse fait des livres pour mon frëre le savant, et pour mes
> amis les plus chers ; mais ne pouvant rien leur envoyer, j'ai 9 renoncé à tout travail. Aussi, sachez bien que quand je me suis » mis à la disposition de Votre Grâce, rien n'était commencé. Si » auparavant, sur l'instance de mes amis, j'ai parfois rassemblé » sur certains sujets quelques chapitres rédigés d'une manière
> provisoire, il n'y a là rien qui soit digne d'atiention, ni qui mé- » rite d'être ofert à Votre Sagesse (*). » Ailleurs il ajoute: « Dans ma première condition, je n'ai rien écrit sur la philosophie. » A cette période se rapportent le De mirabili poiestate, les Commentaires sur divers ouvrages d'Aristote, qui paraissent destinés à l'enseignement et qu'il n'a pu composer plus tard, quand les persécutions lui eurent fermé cette carrière (*] ; les trois lettres à Jean de Paris ou plutôt à Jean de Londres ; et enfin le Computus naturalium, écrit à Paris en 1263. On lit, en effet, dans ce traité, trèsrégulier, très-méthodique, et l'un des mieux conservés de notre auteur : c De notre temps, c'est-à-dire quatre cent quatre-vingts » ans après la découverte de Thébith et l'an de l'Incarnation » 1263, nous adhérons à cette opinion ('). > Ce n'était pas son premier ouvrage. Il y cite lui-même (chapitre III) un autre livre où il a cherché à fixer la célébration de la fête de Pâques (*).
(^) OpuM tertium, cap. 11.
(') Le Manuscrit d'Amiens provient de l'abbaye de Corbie.
(*) Royal library, 7 F. VIII, p. 99 : < Et in temporibas nostris, quod est 480 annls post inventionem Thebitb, et anno incarnationis 1263, Islos credlmus propiuqaos veritatis. »
(*) Idem, cap. III : t In prascedenti opère, ubl de termino Pasohali inquisivimus. »
Ed 1^7) commençaient à paraître les cinq grands ouvrages de Bacon, qui tt eux seuls contiennent toute sa doctrine. Ce sont : 1® VOpus majus; 2^ VOpus minas ; 3® VOpus tertium; 4® im ouvrage dont le vrai titre est douteux, mais dont il reste de nombreuses traces; 5^ le Compendium theologiœ.
C^est en 1267 que Bacon écrit YOpus majus, à Tinvitation du Souverain Poptife. On y lit : « Les Sarrasins ont été détruits par les Tartares, avec leur capitale Baldac fsic) et leur caliph , qui était pour ainsi dire leur Pape, et il y a de cela douze ans (^]. > Or, la prise de Bagdad par les Mogols est de 1258, ce qui nous amènerait à Tàn 1270. Mais Tauteur ne prend pas les choses à la lettre ; car, plus loin, il ajoute : < Nous sommes en Tan 665 des Arabes, à partir de Mahomet (^) ». En comptant à partir de Thégyre, et en convertissant en années chrétiennes, on arrive à 1266 ou 1267. Enfin, toute hésitation devient impossible en face d'autres passages : c Dans quatre-vingt-quatorze ans, c'est-à-dire en 1361 », et plus bas : « Nous sommes aujourd'hui en Tan 1267 (•). » VOpus majus fut composé à Paris. Bacon l'atteste, et nous en avons donné plus haut des preuves surabondantes. Il se composait de sept parties, reliées entre elles par des rapports assez peu visibles.
Ce grand ouvrage achevé et confié à Jean, qui devait le remettre à Clément IV, Bacon eut peur qu'il ne vint à se perdre dans une route alors semée de dangers, ou que le Souverain Pontife, effrayé de l'étendue de l'œuvre, qu'il fallut diviser en quatre volumes, n'en prît pas connaissance. En outre, au milieu de ses tribulations, il avait omis certaines sciences importantes, et entre autres l'alchimie. Il résolut alors de faire un abrégé de ce livre, et d'y insérer ce qui n'avait pu trouver place dans le premier. Ainsi fut com« posé, par cet infatigable écrivain, VOpus minus^ dont pas un mot* ne nous était connu jusqu'à présent : c A cause des grands périls > de la route, écrit-il, et de la perte possible de mon livre, j'ai dû » composer un ouvrage moins étendu, qui vous donnât le plan de
(*) Op. mai., P- 16T.
(») Id., ibid.
(») Id.. p. 177.
> Tautre... Ma mémoire, affaiblie et surchargée d'une multitude de
> connaissances, avait aussi oublié plusieurs détails qui se trouvent
> insérés dans ce nouvel écrit, et, délivré des obstacles qui m'avaient
> d'abord arrêté, j'y ai fait des additions indispensables (^}. >Ii avait donc pour but d'éclairer et de compléter le premier (*).
Qu'est devenu cet ouvrage? Jebb en parle dans sa préface et en cite quelques passages. Où les a-t-ilpris? Dans le manuscrit de la ^ bibliothèque Cottonienne (Tiberius, c. V.), qui est décrit au catalogue sous le nom d'Opus minus. Or, examen fait, il est certain que ce fragment incomplet n'a rien de commun avec YOpus minus. On le prouverait de deux manières : en relevant, dans l'ouvrage même, des passages décisifs, et en demandant à Bacon le plan de YOpus minw. Les passages décisifs sont ceux où l'auteur parle d'événements arrivés après la mort de Clément IV, ses plaintes amères contre la cour de Rome, les scandales qu'elle offre au monde et le spectacle odieux que lui donne depuis plusieurs années le trône pontifical, rendu vacant parla jalousie et l'ambition ('). Plus loin, il s'exprime ainsi : < Sur l'ordre du seigneur Clément, prédécesseur de ce Pape, j'ai rassemblé dans un traité particulier des sentences choisies de l'Écriture et des Saints, du droit canonique et de la philosophie, et je les ai mises en tête de tous les Uvres que je lui ai envoyés sur les causes meurtrières des erreurs humaines, etc. [*]. » Cette assertion positive nous permet d'affirmer que ce livre fut écrit sous le pontificat de Grégoire X, entre les années 1^71 et 1276. En second lieu, nous avons le plan deVOpfis minus; Bacon nous l'a donné dans VOpus tertium, et il n'a aucun rapport avec celui de l'ouvrage dont il s'agit (>].
D'abord, Bacon y rendait grâces à Clément IV de l'avoir tiré du tombeau où il était déjà presque descendu, pour lui demander
(^) Op. Urt., cap. I et II, paatim, (*) Id., ibid, : « Ad iotelligeDliam et complemenlam primi. » («) Manascril cité, fol. 131. (V. ci-dessus, chap. 1er, § y.) (*) Idem, fel. 125. /
(^) Le titre même do manuscrit est récent ; il y en avait un antre à demi elbcé : Incipit compendium ttudii theologiœ fratris R, Bacon (Gott. Ubt. Tilierins, C. V.).
des ouvrages. Il y prenait, dit-il, an ion plus élevé qu*à l'ordinaire, imitait Marcus TuUius revenu de Texil, et exprimait sa reconnaissance; puis, il énonçait le but de son livre et faisait une brève exposition de YOpus majus, intervertissant Tordre des parties, et commençant par les dernières, c'est*à*dire suivant leur dignité (^). Ainsi, voilà déjà deux parties de cet Optts minus : d'abord une sorte de lettre dédicatoire, puis TexpUcation deVOpus majus. Qu'y avait-il ensuite? Nous le savons aussi. Nous lisons, en effet, dans le manuscrit de la Mazarine, Communia natura^ Hum ('} : « J'ai exposé les principes de l'alchimie pratique, surtout » d'après Âvicenne, dans sa grande AlcMmie y qu'il nomme le livre
> de l'âme, et j'ai traité ce sujet dans VOpus minus, après avoir 9 exposé le plan de cet ouvrage. » Est-ce tout? Bacon nous dit encore : c J'ai discuté cette difficulté dans le traité d'alchimie spé* culative de VOpus minus, et c'est mon ouvrage le plus soigné (*).» Mais en quel lieu ? « Après avoir parlé des défauts de l'étude de la théologie, > déclare-t-il (*). Il y avait doue un livre sur ces défauts, il le cite en vingt passages : c Comme je le montre dans YOpus
> minus, à l'endroit où je parle des sept défauts de l'étude de la
> théologie (<*), > et nous reculons devant de plus nombreuses citations. Ainsi, voici au moins une esquisse de VOpus minus : 1^ d'abord, le plan de l'ouvrage et la louange de certaines sciences négligées, comme Bacon l'expose dans les vingt-un premiers chapitres de VOpus teriium; ^° les principes de l'alchimie pratique, une de ces sciences dont il n'a pas été question dans VOpus majus;
(^) Op. tirt., cap. XXI : t Eoameravi ?ero intenUonena partiaa operis primi, secondim ordloem natorœ in partibos, scilicet secundam majoren diguilatem, et ideo ioter scientias qaas tetigi. ineepi ab alUma, seilicet a morali pbilosophia, eC deio a scieniia eiperimentali ; et sic ultra, ordine contrario illi qucm in execatione tenebam. »
(*) Manuscrit de la Mazarine, fol. 61 : c Et bas radiées ego pono in secundo opère, post intentioDem minoris operis datam. »
(') fd., ibid., fol. 78 : « Hoc copiose discussam est in traciatu alk'miœ speetUativœ, scilicet in minori opère. » — Cf. Op, tert,, cap. XII.
(*) Id,, ibid.
(*) Idem, cap. IX : c Sicut ostendo in Opère minori, ubi loquor de teptem peceatit Êtttdii theologiœ, »
83 ROGEtl BACON
3<* ^ticalioB des parties les plas importantes de YOpus majtu; 4* des sept défauts de Tétude de la théologie ; 5® à propos du sixième défaut, Traité d'afehimie spéculative. Peut-être n'est-ce pas tout VOpus minus, car Fauteur parle deux fois d'un traité De Cœlestibus (^), mais c'en est au moins une portion.
Il existe des débris importants de YOpus minus, et avec les indications fournies par Bacon, on les retrouve dans le manuscrit de la collection Digby (Bodléienne, 1819), désigné comme renfermant des fragments de Bacon. Ce manuscrit, en fort mauvais état, nous donne d'abord le traité d'alchimie pratique; immédiatement après (folio 57], le plan de VOpus majus et le sommaire des parties les plus importantes, en commençant, comme Bacon ^indiquait, par la dernière; puis un petit traité: De septem peccatis studii théologies, et à propos du sixième peccatum, un traité d'alchimie spéculative (folio 65], sous ce nom : De rerum germinibus. Comme on Le voit, les assertions de Bacon se trouvent exactement vérifiées, et nous pouvons être certains de tenir une bonne partie de VOpus minus; nous en avons profité de plus d'une manière. Il fut composé en 1367, et sans doute encore à Paris ('].
Bacon recouvra alors sa liberté. Plein d'espoir et de foi dans son œuvre, il se remit au travail ; il voyait déjà ses idées adoptées par le Pape, et la face du monde changée I < Les mêmes raisons * qui m'ont conduit à composer VOpus minus pour éclaircir et » compléter le premier, m'ont porté à écrire VOpus tertium pour » l'intelligence et l'achèvement des deux autres; j'y ai ajouté plu-
> sieurs parties nouvelles, d'un grand prix, toutes pleines de la
> beauté de la science, et qui ne se trouvent nulle part (^). » Telle fut l'origine de ce livre, connu de nom et par quelques extraits, et dont M. Cousin, alors si ardent à recueillir les monuments de la philosophie, a publié des passages tirés du manuscrit de Douai (^].
(^) OpuB tert,, cap. XXVI : c In Opère minore obi de cœlesUbas tractavi. In eecundo Opère abi de cœlestibos egl. »
(*) V. les extraits de cet ouvrage, Ve partie.
(•) Op. tert., cap. 1.
(*) Journal de$ Savante, 1. c.
SA VTE ET SES OnRAGES. 83
Il se compose, dans tons les manuscrits, de soixante-quinze chapitres. Les trente premiers sont destinés à prouver Tutilité de certaines sciences youées à un injuste discrédit; les autres reviennent sur VOpiis majus, pour FexpHquer, ou le reproduire mot à mot. L^ouvrage s'arrête au compte-rendu de la quatrième partie, mais il est évident qu'il est incomplet ou inachevé. Bacon l'avait-il laissé dans cette imperfection? Non; il annonce d'autres parties qui ne se retrouvent pas. Est-il question de l'alchimie? c Dans ce troisième écrit, j'en traiterai avec plus de soin, » dit-il (*). Des mathématiques? < Quand j'en viendrai à dire le but de cette science, je parlerai de ce sujet, > ajoute-t-il (*). S^agît-il de la multiplication des images? c Je vous envoie un traité plus complet, » écrit-il au Pape ('). Enfin, tonne-t-il contre le droit civil? « J'en ferai de nouveau mention dans Les Remèdes de Vétude (*) ».
VOpus iertium était donc aussi, comme les précédents, un corps d'ouvrages sous un seul et même titre. On en retrouve plus que des traces, des parties entières. Bacon, si enthousiaste de l'expérience et des sciences naturelles, n'aurait-il rien écrit en physique que des commentaires? C'est ici le lieu de marquer sa place au grand traité conservé à la Mazarine, à Londres, à Oxford, sous le nom de Communia naturalium , ou de Natnrali philosophia. Les auteurs qui ont connu l'existence de ce manuscrit, et surtout Jebb, aiffirment qu'il est détaché de VOpus minus. Jebb ne donne aucune raison de son assertion, et M. Cousin, qui le suit, n'est pas plus explicite. Il suffisait de lire ce beau manuscrit. Au chapitre VI de la quatrième partie, on trouve cette citation : c Ce point a été surabondamment discuté dans le traité d'alchimie spéculative, è savoir dans VOpus minus (*). » VOpus minus ne peut être cité dansl'O* pus minus lui-même, et nous pourrions multiplier les mentions de
(^) Op. tert., cap. XII : « In hac tertia scriptara ponam requisitias. > (*) Op, terL, cap. XXV.
(') Op. tert., cap. XI : « Compendiosum (raclatnm miito vobisdebac multiplicaiioiie.» (*) Idem, cap. XXV : c lieram faciam mentionem in remediis ntudii. * (*) Manuscrit de la Mazarine, fol. 78 : « Sed lioc copiose discassum est in tractata AllLlmi» speculativas, scilicet in Opère minori, »
cet ouvrage. Abrégeons : c On prétend que Tintellect agent est une » partie de Fàme ; j'ai blâmé cette opinion dans la seconde partie » de YOpm majui, et ensuite dans ce troisième ouvrage, in hoc
> tertio operCf j'ai expliqué la mienne et j'ai répondu aux objec- » tiens (*)• » Ce livre, le plus important peut-être de tous ceux qui sont inédits, fait donc partie de VOpus tertium. Quel rang y tenaitil? Bacon a pris soin de nous en instruire : c Âpres avoir enseigné la » grammaire des diverses langues, dit-il, et en avoir montré Tati-
> lité, que dis-je? la nécessité pour les Latins, et traité en même » temps de la logique ; après avoir parlé dans le second volume des
> mathématiques, maintenant j^arrive, dans le troisième, à la pbysi- » que; et dans le quatrième viendront la métaphysique avec la mo- .» raie (*). »Nous avons donc de ce livre Tintroduction et la troisième partie. Quant à la première, on en voit des restes dans la Grammaire grecque, qui se trouve au collège de l'Université, à Oxford, n? 47 ('). C'est plus qu'une simple conjecture; car dans le traité général de mathématiques qui venait après. Bacon renvoie à ce livre : c Ut in tractato meo grsecœ grammaticae ostendi...., ut in mea grammatica exposui (*) » Le début même de cette grammaire rappelle l'Introduction de VOpus tertium : « Manifesta laude
> et declarata utilitate cognitionis grammaticas, etc., et hoc in pro- 9 logo totius voluminis. > Enfin, un très -ancien manuscrit, qui ne rapporte que le commencement de cet ouvrage, sous ce titre : De diversitate linguarum, ajoute qu'il est adressé au Pape Clément IV, et le texte le prouve à son tour (^). Quant à la logique, qui était jointe à la ^rrammatr^^ on n'en trouve aucune trace.
Le second volume avait pour objet les mathématiques, et n'est autre que le livre intitulé : Idber verœ mathem^ticœ, du musée
(1) Manuscrit de la Mazarine, fol. 85 : « Qnod est Improbatom in seconda parte primi operis, deinde in hoc tertio opère explanavi hoc et solvi objectiones. »
[') idem. V. le commencement. Bacon n'y dirrien de l'introdaction, qui à ses yeux n'est pas une partie, mais une préface.
(') Wadding et Pits citent aussi une grammaire hébraïque que le premier assure exister ï Cambridge.
. (*) Manuscrit Sloane, 3156, cap. 1.
C') lulios, 7. F.,. Vil, fol. 175. De divenitaie linguarum ad Clementem papom.
Britannique, dont la suite se trouve à la Bodléienne (^). En eflPet, Bacon y avertit qu*il vient de traiter de la logique et de la grammaire, et que, plus tard, il parlera de la physique et de la métaphysique (*). Il y renvoie souvent à la partie précédente; dès le début du De communibus naturalium, dont la place est bien fixée, il cite cet ouvrage sur les mathématiques en général et sur leurs diverses divisions {'). Ces citations se retrouvent encore dans le livre appelé : De cœlestifms, ou autrement De Cœlo et Êiundo, qui fait suite au De communibus [*). Nous avons donc la deuxième partie de YOpvs tertium, mais elle n^est pas entière. Fidèle à sa méthode, Bacon y étudie d'abord les généralités que nous possé* dons, en complétant le manuscrit Sloanen® 3 156, par le manuscrit Digby n"* 1677. Mais, en outre, il y avait des traités spéciaux sur Tarithmétique, la géométrie, Tastronomie et la musique, considérées sous le rapport de la théorie et de la pratique, et ces ouvrages ne se retrouvent pas ("]. Le titre véritable dû Libet verœ mathe* maticœ, c'est donc De communibus mathematieœ, et il appartient à la deuxième partie de VOpus tertium. Les traités particuliers qui le complétaient ont été écrits, et Bacon cite sa géométrie pratique et théorique et son arithmétique. Dans le traité De cœlestibus, il renvoie perpétuellement à son exposition des Éléments^ d*£uclide. La troisième partie est un peu mieux conservée. Outre le Cowimunia naturalium, elle devait se composer successivement, d'après le sommaire qu'en donne Fauteur, de sept sciences : la perspective, Tastronomie judiciaire, la science des corps graves et légers, Talchimie, Tagriculture, la médecine (*]. Sans dire positivement qu'il eût traité tous ces sujets, dans le cours de son ouvrage il renvoie
(0 Sloane's Gollection, 2156, fol. 74. — Cf. BodI., no 1677. (Digby, 74.)
(*) Id., itnd,, fol. 76.
(>) comm. nai., cap. I, II, III.
(*) Maonsc. de la Mazar. 1^ Pars., cap. II; 3^, II; S», I : « In communibus (otius mithemalle»:,. in pfaeticis geomeiris. . . g#Dme(riam prlos ezposui — reqairatnr a tractatu meo geometrico, etc. »
(•) SlOMe's Golleetion, 9156, fol. 76.
(') Comm, nat., cap. II.
explicitement au troisième livre, qu'il appelle De cœleslibus; au quatrième, De elementis; au cinquième livre , à propos des aninimaux, ce qui concorde avec son sommaire. De tous ces livres, il nous en reste un ; c'est celui qui se retrouve dans le manuscrit de la Mazarine sous ce titre : Deuxième livre des généralités, titre erroné, puisqu'il s'agit d'une science particulière et que Bacon luimême en assigne la place (^) et le range au troisième lieu. Il contient cinq chapitres assez brefs.
Quant à la quatrième partie, nous pouvons aussi conjecturer que nous en connaissons une portion. Rappelons-nous ce court fragment contenu dans le n^ 1791 de la Bodléienne : < Incipit meta-
> physica fratris Rogeri ordinis fratrum minorum de vitiis contractis » in studio theologise, » et reproduit d'une manière plus étendue dans un manuscrit de la bibliothèque Impériale (^]. Cet écrit, qui décèle à chaque ligne le nom de son auteur, nous laisse aussi voir à quelle date il fut composé. < Nous savons, y est-il dit, que la j vérité divine nous a été entièrement révélée depuis déjà douze
> cent cinquante ans (^). »
Il y a des raisons pour croire que cet ouvrage est la quatrième partie de YOpus tertium. Dans l'Introduction, l'auteur le cite souvent sous ce nom De metaphysica, ou bien De remediis studii, ou bien De peccatis theologiœ, et parfois sous ces deux noms réunis. De peccatis stvdii et remediis (*). Or, c'est bien là le titre que nous donne le manuscrit d'Oxford; c'est bien là l'objet du traité : c Mon intention principale est de vous énumérer les défauts
(i) ManoscrU do Paris, fol. 33.
(<) Bibliolh. linp.,7440.
(*) Mannscrit cité. fol. 39 : « Scimos qood verihs divina est complète revelata jam a mille et docentis et qoinqoagihta annis. » Cette date mauqae de précision. Il faudrait savoir quel est, saivaot Baron, le point de départ de la révélation. Si on entend par lii la prédication de TÊvangilc, on aurait i peu près l'année 1380 ; mais l'aotenr compte en nombres ronds.
(^) OptM tertium, cap. XXV, LXXV : « Seeundnm qaod In remediis stndii apertliu declarabo... hoc tertio opère in peccatis tbeologiac... iterum faciam mootionem in remediis. studii .... in peccatis studii et remediis tioc eiponam..... in peccato 8o in boc opère tertio, etc. »
de rétude de la théologie et les remèdes qu'on y peat apporter, » dit-il dès le début. Au chapitre I®% il fait voir dairement que cet ouvrage a dû être envoyé au Pape : « A cause de la difficulté inouïe » du sujet et de mes occupations accablantes, je n'ai pu vous trans* 3» mettre plus tôt ce que vous avez voulu, et je ne puis encore
> Fachever d'une façon complète et propre. Cependant, si vous
> voulez considérer Tensemble de mon ouvrage, vous pourrez au
> moins vous faire par les parties une idée du tout, etc., etc. {^). », On peut donc assurer, sans trop de hardiesse, que ce livre, annoncé dans le cours de Tlntroduction, désigné aussi dans le De commu^ nibus, est bien celui dont nous possédons dix chapitres, et que nous avons ainsi YOpus tertium dans ses grandes lignes, une introduction destinée a donner le plan du livre, à remercier le Souverain Pontife, à expliquer rapidement ce qui pourrait être obscur dans les deux premiers ouvrages; un traité de grammaire et de logique; trois grands traités de mathématiques, de physique générale et particulière, de métaphysique et de morale, voilà le plan de VOpus tertium. Nous possédons Tintroduction en grande partie ; il nous manque une portion de la grammaire et toute la logique (*) ; nous avons les généralités sur les mathématiques, mais non les traités particuliers sur chacune des sciences ; la physique générale tout entière et un livre de physique particulière sur l'astronomie -y. enfin le commencement de la métaphysique, traitant des imper*, fections de la théologie. Il faut ajouter qu'en même temps Bacon adressait au Pape, en dehors de VOpus tertium, un nouveau De multiplicatione spederum (^] et un traité d'alchimie, que Jean, dit-il, conserve à part (♦).
La persécution dont Bacon était victime lui laissa un moment de trêve après l'envoi de son triple ouvrage. Sans doute son exil,
(1) Bibliothèque Impériale, 7440, fol. 38. (V. pins bas, ve partie.)
(') A moins que ce ne soit le traité conservé k la Bodléienne, 1805. Vid. sopu.
(>) Op, tert., Introd.
(*) Camm, nat„ 4» pars., cap. XVII : « Non babeo banc scriptnram ad pr»scns.et in tracta to alkimlstico qnod divisim Jobannes babet ab operibns, tangunlnr r«ilfce« circa ista... »
qui durait depuis dix aus, fut enfin terminé, et il put retourner dans sa patrie. Déjà, les dernières parties de VOpîin iertium semblent écrites en Angleterre ; il y est souvent question des opinions des docteurs anglais, opposées à celles de Técole de Paris. De 1%7 à 1378, nous n^avons aucune trace certaine des travaux de notre auteur, à Texception d'un ouvrage dont le commencement est conservé dans un manuscrit (Til)erittS, c. V) de la Cottonienne, et qui, jusqu'à présent, a passé pour VOpus minus» La date de cet écrit est fixée environ vers Tannée 1373 ^ sous le pontificat de Grégoire X. Dévoué tout entier à une idée d'où dépend, suivant lui, le salut du monde, celle de la réformation des études. Bacon, laissé sans protecteur par la mort de Clément, poursuit cependant son œuvre, reprend ses travaux, et, avec une verve encore plus hardie, il attaque les ignorants, les faux savants, le clergé, les ordres, les princes, et menace le monde de l'arrivée de l'Antéchrist. Il fait appel à un pape intelligent et énergique, à un souverain qui lui prêtera l'appui de son glaive, et reprend l'énumération des causes de la décadence des sciences et des remèdes qu'il y faut apporter (^). Ces remèdes sont toujours les mêmes : la culture de certaines sciences délaissées on même calomniées, l'étude des langues, des mathématiques, de la perspective, de l'alchimie, de la science expérimentale. Après ces considérations générales, il traite en particulier des langues, et son ouvrage imparfait finit au milieu du chapitre XII. Quel était le titre de cet ouvrage et quelles en sont les parties ? Ce titre, si nous en croyons l'auteur, était Ctmpendium philosophiœ; c'est ainsi du moins quUl le nomme à dix reprises (*], et à défaut d'autres renseignements, c'est celui que nous lui conservons. Cette conjecture se trouve fortifiée par un manuscrit du musée Britannique ('). On y lit un fragment intitulé : Cinquième partie du Compendium, et dont voici le début : < Il a été montré, au commencement de cet ouvrage, > que les Latins doivent nécessairement connaître les langues
(1) Golt. Library. Tii»eri08, C. V., panim.
(*) Idem, 4»p. m et vni.
(») Boyal Libr., 7 F. VIIî, fol. S3l.
» le grec, Phébreu, Tarabe, le cbaldéen, non pas pour eu savoir
> la grammaire, mais à cause de tontes les sciences dont Fori- » gine est étrangère et qui en sont traduites. » Cest bien là, en effet, Fobjet du livre ({ui nous occupe, et plus loin ce litre revient : c J^en ai parlé dans la première partie" de cet Abrégé de philosophie (^). > Le plan de Touvrage tout entier est exposé plus bas : c J'ai ensuite consacré une distinction à la logique, à son 9 pouvoir et à sa nécessité, pour trouver la vérité; en troisième
> lieu, j'ai traité des mathématiques en général, et dans cette qua* 9 trième distinction, je veux rassembler certains sujets qui touchent » aux sciences naturelles. > C'est donc une quatrième partie ; il y est question de la matière, de la forme, et de la multiplication des images.
Ainsi, voilà Tesquisse d'un quatrième ouvrage dont nous avons le commencement et quelques fragments; il n'oflre rien de neuf; Bacon, sons Tempire d'une préoccupation unique, revient toujours au même sujet. Sans doute des parties des livres antérieurs venaient tout entières se fondre dans les suivants, ce qui nous explique rembarras des biographes et leurs erreurs. Nous avons, par exemple, trouvé dans les manuscrits jusqu'à six Perspectives différentes par le début, et qui, à part les premières lignes, destinées à former une transition, ne sont au fond que )a seule et unique Perspective publiée par Combach, et insérée dans VOpus majus de Jebb. Un autre manuscrit (^] du musée Britannique contient le même fragment de la quatrième partie du Compendium philosophiœy avec plus d^étendue; et Ton y voit le traité tout entier 1>« mulliplicatione, tel qu'il est reproduit dans le manuscrit parisien de la bibliothèque Impériale, ce qui nous permet d'assigner à ce traité sa véritable place et nous ex]->lique ce d/ébut : c Après avoir » parlé des principes physiques, c'est-à-dire la matière, la forme,
> la privation et la puissance, etc. » Enfin, ce même manuscrit nous conserve, à la suite et sans interruption, un traité d'alchi-
(*) « Ubi sopra. De hto expoeitam est in perte prima bujas Campendii PhiluêO' phiœ, ete, »
(*) Àdditional, ManuBcHpti, 8786, fol. 1.
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mie (*). La Science expérimentale venait sans doute après, telle qu^elle est traitée dans VOpus mnjua; et un manascrit d'Oxford (') donne, en effet, à cet opuscule le titre de Sexta pars compendii studii philosophiœ. N'est-ce pas le plan même que Bacon a indiqué dès le début : < Il y a cinq ou six sciences qui sont nécessaires à > la théologie et à la philosophie, et sans lesquelles il est impossi* » ble qu'on sache rien dUntéressant ('). > Plus tard, il nomme ces sciences ; ce sont : les langues, les mathématiques, la perspective, Falchimie, la science expérimentale, qui, avec la logique, forment son nombre de six (*). Ajoutons que dans de vieux catalogues, par exemple la bibliothèque de Gesner, dans d'anciens livres, on voit souvent cité le Livre des six sciences de Bacon, Liber sex scientiarum, titre qui convient encore à ce recueil de traités (*).
Le cinquième et dernier grand ouvrage de Roger Bacon est le Compendium studii theologiœ, déjà signalé par Léland, Balée, Pits et Jebb. Entre 1*278 et 1293, Bacon fut sans doute emprisonné. Délivré à la mort de Nicolas IV, rendu à la liberté, accablé d'années et de malheurs, ce vieillard n'a pas désespéré de sa cause. Il reprend la plume, et c'est encore pour signaler les égarements de ses contemporains. Les esprits possédés par une grande idée, la creusent, l'approfondissent, et finissent par ne plus rien voir en dehors d'elle-même. Aussi le plan du Compendivm est-il, à peu de chose près, le même que celui des ouvrages précédents, et surtout de VOpus majus. La date de cet écrit avait échappé à Jebb; elle est en toutes lettres à la fin de la première partie, 1392. Le manuscrit de Londres, celui du collège de l'Université à Oxford ne donnent qu'une première partie incomplète et quelques chapitres de la seconde. Si l'on en croit le titre et les bibliographes, il n'y aurait même en tout que deux parties. Cette assertion est démentie
(1) ÀddUionalj Mantaeripti, 8786, fol. 48.
(*) Mannscrtpii CanoDfci, 834, fol. 68.
(>) CoU. LIbr. Tiber., C. V , fol. 139 : « Quod ad prosens volo mantfestare ad ignorantlatn qainque vel sei sctentiaram qa» requiranlar ad ibeologiam et ad philosophiam, sine quibus qainqae vel sei scientiis, imposaibile est aliqaid dignom aciri ab bomine. »
(♦) W., ihid.
(>) Cf. Thêimtrui Chmicu», p. 16. Francfort, 1630.
par un manuscrit du musée Britannique (*) qui porte ce titre: Pars, quinta de Compendio sttidii theologiœ ; et comme il faut se défier des titres, le texte lui-même le confirme : c Après avoir achevé, » dit-il, le préambule de cette cinquième partie du volume que » j'appelle Compendium sttidii theologiœ,,., j'arrive aux connais-
> sauces indispensables aux théologiens en optique et en perspective ('). » Ce Compendium avait donc cinq parties et même davantage. L'auteur renvoie, en effet, c au préambule de tout Tou-
> vrage, à celui de la cinquième partie, aux parties précédentes,
> et enfin aux parties suivantes, in partibus sequentibus simili- » ter (^]. > Plus loin, il nomme la sixième partie. Après ce début et vers le chapitre 111 de la première distinction, on retrouve le texte de la Perspective de VOpus majtts; nouvelle preuve du système de composition de Bacon. La sixième partie devait être un traité De multiplicatione specierum. Voilà tout ce que nous connaissons de ce dernier livre de notre auteur {*)*
On peut donc résumer ainsi la chronologie des principales œuvres de Bacon :
Avant 1263, les lettres réunies sous ce titre : De mirabili potestate, dont les cinq dernières sont peut-être apocryphes.
Les Commentaires sur la physique et la métaphysique.
Les traités De termino paschali et De temporibus a Christo, qui sont peut-être un seul et même volume.
En 1263, le Computus naturalium.
En 1267, VOpus majus en sept parties : 1"^ causes des erreurs; 2** dignité de la philosophie; 3^ grammaire; 4^ généralités sur les
(1) Royal Library, 7 F. VIII, fol. 3.
(•) V. le fragmeni, Ve partie.
(8) ld.,ibid.
(*) II est certain que scavent des parties tout entières d'une œuvre se sont trouvées ifltercaléts dans une autre : la Perspective insérée dans VOjme majue n'est pas celle qui était destinée k ce Uvre : « Jam in metapbysicis et lo^calibus confirmavi, » dit Bacon (p. 307), et il n'y a pas de logique dans l'Optis ma/us. Wood signale déjk (p. 135) dans certaines éditions de cet ouvrage des intercalations, et récemment M. Renan eh a vu eif Italie un exemplaire où se trouve aussi inséré un fragment de l'Opus tertium, (Cf. Aver* roès, p. 209, not^ 2.)
mathématiques; 5** perspective; 6^ science expérimeutale; T** morale.
1367, VOpus minus, six parties : l*' Introduction; 2* alchimie pratique; 3® explication de VOpus majus; 4^ traité des sept défauts de la théologie ; 5® alchimie spéculative ; 6^ De cœlestibus.
1267-68, VOpus tertium, cinq parties : l® Introduction ; 2^ grammaire et logique; 3^ mathématiques, généralités et traités particuliers ; 4° physique, généralités et traités particuliers ; 5® métaphysique et morale (^).
1272, le Compenâium philosophiœ ou liber sex sdentiarum : 1^ Introduction et grammaire; 2^ logique; i^ mathématiques; 4*^ physique et optique; 5^^ alchimie; 6*^ science expérimentale.
1276, le traité De retardandis seneetutis accidentibus,
1292, le Compendium studii theologiœ, six parties au moins : 1« causes des erreurs, etc. ; 2« logique et grammaire; 3" et 4«» (nul renseignement); 5° optique et multiplication des images; Q"* une seule mention de cette sixième partie.
Si Ton consulte les listes des bibliographes, on est frappé du grand nombre d'ouvrages qu'ils attribuent à R. Bacon, et, s'il faut les en croire, nous ne posséderions qu'une bien faible partie de ses travaux. Les pertes réelles sont déjà assez considérables pour qu'on ne les exagère pas, etPitsetBalée, copiés parWadding, n'étaient pas dignes de cet honneur, et leurs erreurs sur ce point sont une preuve nouvelle du peu de créance que méritent ces écrivains. Ils rapportent les titres de plus de quatre-vingts ouvrages, parnni lesquels on chercherait vainement les plus imponants de ceux que nous connabsons. Quant aux autres, ce sont des chapitres, des fragments ; et souvent le même livre, grâce k l'abondance des titres prodigués parles manuscrits, fournit à lui seul jusqu'à cinq ou six mentions différentes.
(^) Cette morale est sans doote la m^me que celle de VOfm mo^ut.
SA VIE ET SES OUVRAGES. Wô
En astronomie, Pits lui attribue sept ouvrages; Balée, six, et Lelaod quatre. En voici les titres : De eœlo et nmndo, De utilù taie astronomiœ, Prognostica ex siderum cursu. De judiciis aS" trologim, Introdnctio in astrologiam, De locis stellarum, De aspectibus lunœ. Le premier est tout simplement le traité d'astronomie de la troisième partie de VOptts tertium; les trois suivants, de simples chapitres de la quatrième partie de VOfms majus. Les trois derniers peuvent se rapporter à d^autres passages de la même partie, sans que pourtant ce soit démontré comme pour les précédents (').
Pour Talchimie, sans parler de 4^ierre Borel, qui met à son compte jusqu'à vingt-quatre traités (*], Pits en nomme dix, Balée six, et Leland quatre.. On y trouve simplement le troisième fragment du Thésaurus chemicus, imprimé à Francfort en 1 620, qui, à lui seul, se multiplie en trois ouvrages : Brève breviarium. De rébus metallicis. De arte chemiœ; le De mirabili potestate^ qui s'est transformé en deux autres : De secretis, De philosophorum lapide; le Spéculum alchemiœ, souvent édité, et quatre autres titres, dont les deux derniers au moins sont de nouveaux noms de traités déjà cités. Il faut i%marquer que, par compensation, on ne trouve pas la moindre mention des deux livres d'alchimie de VOpus minus, les plus importants que Bacon ait écrits, d'après son propre témoignage.
L'optique a fourni aux bibliographes une ample moisson. On a pu remarquer plus haut que les manuscrits de la Perspective sont très-nombreux. Bacon, vraiment passionné pour cette science, l'insérait dans presque tous ses ouvrages, et pour ménager les transitions, adaptait le début au cadre de l'œuvre entière. De là ces variantes qui trompent un œil inattentif. Nous avons relevé dans les manuscrits six traités de noms différents, parfaitement distincts au début, et, après quelques lignes, reproduisant tous celui de
(*} Balée se contredit ii cbaqae instant : noos en avons vn nn exemple à propos du Computui, attribué, sous un antre titre, ii Jean Basingestokes ; ailleurs, il assigne ii Botoner le De utiUtaU Aslronomiœ, d'abord imputé à Bacon.
(*) Pétri Borellii ; BiWotkeea ehêmiba.
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VOpûs n mg miy pablia par Combach en 1614. Ces légers change-
ments ont fait ilIiKffioii. Vosmis empte trois sortes de livres de perspective (^] ; Balée et Pits citent iix ouvrages relatifs à cette science. S' étonnera- t-on qae dans ce nombre il y en ait cân^qm désignent le seul et unique traité de VOpus majus, dont ces auteurs ont copié les titres divers dans les manuscrits, en y ajoutant les premiers mots du début, qui ont achevé Tillusion. Deux autres en sont des chapitres détachés; deux autres encore, un fragment de la quatrième partie de VOpus tnajus, et un petit morceau de quelques lignes, pour mieux dire une recette pour faire de la couleur verte. Restent donc, en somme, deux ouvrages des dix qu'on cite : la Perspective et le De speculis usioriis, simple fragment publié par Combach en 1614.
Quand on arrive aux traités de physique et de mathématiques, les chifires prennent de nouvelles proportions : Pits et Balée vont jusqu'au nombre 19, et comme ils ne sont pas d'accord, à eux deux ils signalent vingt-trois ouvrages divers. On en peut rabattre beaucoup. Le De multiplicatione specierum y apparaît pour sa part sous quatre noms différents; mais ce n'est rien encore. Voici un autre exemple plus curieux de la fécondité de l'imagination de ces écrivains : la lettre De mirabili potestatej un opuscule imprimé en quinze pages, qui leur a déjà fourni deux ouvrages d'alchimie, se multiplie au gré de leur fantaisie, et joue à lui seul le rôle de cinq ouvrages de physique; et ce qu'on aurait peine à croire, ce merveilleux traité n'est pas épuisé : quand on arrive aux ouvrages de magie, Balée et Pits sauront encore en faire sortir cinq livres de noms étranges : sur la nécromancie, la géomancie, la magie, etc. ; si bien que ces quinze pages auront fourni à elles seules au moins douze titres à ces listes fantastiques. Comme toujours, et par compensation, le grand traité de mathématique inséré dans VOpus tertium n'y figure point. VOpus majus, dans une seule de ses parties déjà souvent décomposée, figure encore pour cinq ouvrages de mathématiques, et devant tant d'erreurs
(1) De artium natura» lib. III, p. 122. Amitelodami, 1697.
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accumulées, on peut se dispenser de prendre an sérieux les quelques indications qu'on ne peut contrôler (*).
Le catalogue des ouvrages de médecine ne parait pas plus exact. La lettre De retardandis j est désigné sous son nom véritable, puis sous deux autres titres, avec des débuts différents : le premier est celui de la dédicace omise dans Tédition imprimée; le second omet à son tour les premières lignes < Domine mundi, » et commence à ces mots: « Cogitoetcogitavi, » sous le titre de De conconservatione sensMum. Un chapitre de la sixième partie de VOptis majus devient un livre sur la prolongation de la vie. Un traité, cité par Bacon lui-même sous ce titre : De regiaiine senum, comme une œuvre qui ne lui appartient pas (*), lui est imputé; et enfin, deux sommes médicales, Rogerina inajor, Rogerina winor, que d'autres ont prétendu, sans plus de raison, revenir à Roger de Parme (*).
La géographie est représentée par six traités. Bacon semble pourtant n'avoir touché qu'une fois à cette science. Faut-il dire que ces six prétendus livres ne sont encore que des doubles titres ou des chapitres détachés de la cinquième partie de VOpus majfés. Vossius le soupçonnait déjà (^).
Le catalogue des ouvrages de théologie et de philosophie, beaucoup moins étendu, est aussi moins erroné. On y trouve néanmoins plus d'une confusion, comme, par exemple, deux ouvrages de Robert Bacon, conservés en manuscrit au musée Britannique; un antre de Jean Baconthorpe, etc. £n résumé, la conclusion de cette critique, que nous abrégeons, est facile à tirer. Il ne faut accorder que peu de crédit aux assertions de Balée, de Pits et de Wadding. Leurs catalogues ne sont qu'un tissu d'erreurs, de méprises, de fausses attributions, et, par contre, on y cherche vainement les titres des plus grands ouvrages de ce maître.
(*) Waddiag ajonte encore le trailé De magneu, qae Wood attribue jastement il Pierre Péregrin.
O Op. maj., p. 469.
(>) Freind; fftal. of Phya., t. I, p. 349. — Cf. BUt. litt,, t. XX, p. 533.
(^) L. c, iib. fil, cap. LX1X.
Il est impossible, avec tout le respect qu'on doit à Jebb, qui ne doit point être associé à ses prédécesseurs, de ne pas aussi relever les erreurs de cet érudit, d'autant plus dangereuses qu elles sont mêlées à quelques vérités. Nous avons déjà parlé de VOpw majux; du traité De mnltiplicatione, si singulièrement inséré dans ce recueil; de la Morale, supprimée sans raison : que faut-il penser de YOpue minus? Jebb le compose à Taventure, et y entasse pêlemêle des ouvrages qui n'ont jamais pu y entrer. II y met le De eommunibm naturalium, qui porte dans le texte des preuves évidentes du contraire ; une Somme de grammaire et un traité De constructione pariium; un traité de logique, le De laudibus artis mathematicœ; le liber naturalium, qui n'est que le De cornmunibus, déguisé sous un autre titre; une Métaphysique; un traité De intellectu et intelligibili, etc., etc. On a vu ce qu'il faut penser de toutes ces assertions. Il en est beaucoup d'autres qui ne méritent pas plus de créance : le Computus n'est pas postérieur à YOpus majus, mais date de 1263; le De prolongatione vitœ e»i un simple chapitre de la sixième partie de VOpui majus; le De ponderibus est une des trois lettres à Jean de Paris; enfin le De acddentibus senectutis est attribué par Bacon lui-même à un auteur qu'il ne nomme pas. Il est superflu d'insister plus longuement sur des défauts qui ne peuvent faire oublier l'érudition sincère de Jebb et le grand service qu'il a rendu à la gloire de Bacon. Il est temps de passer de ces discussions bibliographiques sur le titre, le nombre et le sujet des ouvrages de Bacon, à l'exposition des doctrines qu'ils renferment.