ROGER RAGON
la compréhension de Tidée de substance, mais qui cessent d'avoir un sens dès qu'on les isole. Pourquoi s'évertuer à prouver que la forme n'a pas la force déterminative qu'on lui attribue, et qu'elle se distribue en genres comme la matière, de sorte qu'il reste entre toutes les formes quelques rapports communs? Par ce que le plus grand malheur de la théorie des formes substantielles, c'est d'avoir vicié la science dans sa source en lui ôtant toute possibilité de concevoir des lois générales. Ce qui détermine une espèce et les phénomènes qui s'y produisent, c'est la forme, c'est-à-dire l'essence même. Les conditions d'existence et d'activité dérivent d'elle seule; et comme elle répugne par sa nature à l'universalité générique, chaque espèce se trouve par cela même isolée et sans rapport avec les autres. Les phénomènes divers qu'étudient les sciences, dépendant de Tessence spécifique, se trouvaient ainsi isolés, séparés, et rien d'universel ne pouvait surgir des explications qu'on en essayait; explications inutiles d'ailleurs, puisque l'essence rend compte de tout. Cette fausse conception est une des causes les plus actives de l'imperfection des méthodes et de la vanité des résultats. Pourquoi, d'un autre côté, professer que la matière existe partout dans la substance et a en elle-même ses différences spécifiques? D'abord, pour faire disparaître ces formes séparées qui tiennent une si grande place dans la métaphysique thomiste, ces anges où chaque individu est une espèce, ces intelligences qui meuvent les cieux ; et ensuite pour rendre à la notion de l'âme humaine son véritable caractère substantiel, profondément altéré par la doctrine de saint Thomas, qui en fait une simple forme. D'autres conséquences non moins graves ressortent encore de ces principes, et nous les retrouverons dans le cours de cette étude.
Les idées de Bacon n'ont qu'un mérite à nos yeux, c'est d'être le plus négatives possible ; la meilleure théorie de la matière et de la forme, c'est celle de Descartes, qui supprime le problème. Mais prétendre qu'il y a de la matière dans l'âme {*), n'est-ce pas du
(*) Albert lui-môme recouDaft parfois une maliëre spirituelle (V. De Phytieo auditu, U Pars., cap. II). Saint Thomas, le premier, a fait de l'assertion contraire une doctrine dominicaine.
matérialisme? Si on est tenté de le croire, qu'on réfléchisse au sens que le docteur attache au mot matière, et on suspendra son jugement. Gilles de Rome s'élèvera plus tard contre cette doctrine d'une matière spirituelle ; il prétendra que la matière, sans différence en elle-même, pur indéterminé, ne peut être ici d'un genre infime, là d'un genre plus élevé : ici l'âme, et là le corps. Si donc il y a une matière dans les êtres spirituels, elle est la même que celle des corps ; critique qui ne peut convaincre Bacon de matérialisme, car le pur indéterminé peut aussi bien devenir l'âme que le corps, et d'ailleurs Bacon ne considère la matière pure que comme un des deux éléments qui constituent la substance (^], et dont oia ne peut avoir aucune idée sans y joindre la forme, c'est-à-dire sans le réaliser. N'est-ce pas au contraire du réalisme à la manière d'Âvicebron ou de Dims Scot, qui, énonçant à peu près la même assertion, s'écrie : « Ego autem redeo ad positionem Âvicebronis? » Sans doute, ce sont bien là, il faut l'avouer, les idées d'Avicebron, telles que nous les connaissons par saint Thomas et par un moderne interprète (^). Cett« association indissoluble entre la matière et la forme, cette classification des êtres, tout cela revient jusqu'à un certain point au juif platonisant. Mais où tendent ces assertions chez lui? Elles sont renforcées de cette autre proposition que, dans toute substance, le genre c'est la matière, et la différence, la forme ; et, par suite, il n'y a de distinctions entre les êtres que sous l'unique rapport de la forme ; il y a identité sous le rapport de la matière même, considérée comme sujet commun de toutes les formes, de toutes les qualités, de tous les accidents. Le monde est donc rameui à une unité absolue où se confondent toutes les existences : c'est la thèse de Parménide sous une forme nouvelle. Bacon, au contraire, soutient que, dans l'espèce, la matière a en elle-même sa différence essentielle, qu'elle est spécifique tout comme la forme ; et, loin de méconnaître la distinction des êtres, il
(^) jBgidiiin secundum librum serUentiarum qiuBstionea. Venetiis, 1581. 3 vol. dist. 17, q. 1, art. 3; t. II, p. 38.
(*) S. MuQck; Mélanges de Philosophie juive et arabe, (radaciion do Fons vitœ, l^e livraison.
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estjprès de Texagérer. Que Duns Scot, combattant le thomisme, renouvelle cette théorie, ce ne sera pas non plus dans la même intention et en s'arrêtant au même point. S'il y a une substance commune à toutes, une matière et une forme qui se retrouvent dans toutes les autres, cela revient à dire que toutes les substances ont cela de commun qu^elles sont des substances; que toutes les matières et les formes se ressemblent par cela qu'elles sont des formes et des matières. 11 7 a communauté de nature, il n'y a pas nature commune; et pour qu'on ne s'y trompe pas. Bacon insiste sur ce dernier point et attaque vivement cette théorie d'une matière une et identique, una numéro, et se retrouvant chez tous les êtres, fonds permanent et invariable de toutes les existences.
La matière existe-t-elle comme une unité numérique ou bien comme un genre généralissime? Est-ce un être ou une abstraction? Si c'est un être, comme dans toutes les substances il y a de la matière, comme avant elle il n'y a rien, et rien qui soit après elle, elle constitue la seule, l'unique réalité ; si ce n'est qu'un genre qui se divise en espèces diverses, la pluralité devient possible. En un mot, est-elle una numéro ou communissima? On a déjà répondu à cette question, mais on n'y saurait trop insister. Avicebron et David de Dinant ont plus d'un disciple; et peut-être, au moment même où Bacon écrit, Henri de Gand soutient-il la première thèse dans le collège que Robert de Sorbon venait de fonder à Paris (*)♦ Cette opinion, si abstraite et si peu importante en apparence, a cependant des conséquences graves et qu'on peut facilement apercevoir; elle contient en germe l'Averroïsme tout entier. Et veut-on se convaincre que des problèmes capitaux se cachent sous ces discussions dialectiques, et que les croyances les plus saintes de l'humanité se trouvent en jeu dans ces élucubrations dédaignées?
(^) Alberl déclare lai-môme que la matière première est ane en nombre, parce qu'elle est indivise, mais qu'elle se diversifie aussil6l que la forme s'y ajoute. Cette unilé numérique n'est donc qu'apparente : t Quid atlribuit ci unitatem numcri? Dieendum quod nihil nisi iudivisio sui esse. » Henri de Gand va plus loin : il admet Jusqu'il un certain point i'eiistence séparée des éléments de la substance; la matière peut eiisler sans forme: « Ipsa est susceptibilis esse per se » {Quodlibeta, I, qœst. IX).
Qu'on écoute Averroès : il n'y a qu'une seule matière indéterminée, et, par conséquent, une, éternelle, et infinie comme la possibilité, source de toute chose. L'agent n'a. d'autre rôle que d'amener à Pacte ce qui était en puissance dans cette matière, et encore cet agent qu'Avicenne distinguait au moins de la matière, Averroès le confond avec elle, et résout Tunivers dans un Dieu indistinct, dénué de toute qualité positive, ne pouvant être nommé, ni défini ; la création, dans une simple évolution nécessaire de cette divinité aveugle ; la vie et la mort, dans un pur accident ; l'individualité, dans une chimère, et l'immortalité, dans une réabsorption au sein du tout primilif (^). Toutes ces erreurs ont une source commune, l'infinité et l'éternité de la matière. Toutes sont présentées comme des conséquences inévitables de la distinction d'Aristote, qui, dans tout être, discerne l'élément indéterminé et l'élément déterminatif (*). Aristote n'enseigne-t-il pas l'éternité du monde et de la matière? Bacon s'élève avec force contre une pareille impiété et la combat dans son principe. « On prétend, dit-il, que la matière ne
> peut recevoir de différences essentielles ; qu'elle est la même dans « tous les composés, sans qu'elle change jamais; que de la forme » seule, différente dans les diverses espèces, résulte la différence » même de ces espèces ; et comme cette proposition révolte le bon » sens et la foi, on en dissimule l'énormité au moyen de ces dis- » tinctions verbales si commodes pour faire illusion et déguiser
> sous les mots des erreurs trop reconnaissables. On ne- soutient » pas que la matière soit une en être, qu'il n'y ait qu'un seul être, Y una in esse, mais on prétend qu'elle est une en essence, sophisme
> qu'il est facile de dévoiler. Si l'on peut, à la rigueur, distinguer » l'être de l'essence, toujours est -il que le propre de l'essence,
* c'est d'être ('). Il y a autant d'êtres qu'il y a d'essences, et réci-
* proquement. Si donc la matière varie dans les êtres, on ne peut
(^] Voy. RenaD, Averroès, p. 85; Averrois m Metaphya,, XU, textus XIV, p. 141 adde 1550.
(•) /dm, p. 88.
(*) Cotnm, nat., S« Pars., cap. HT : « Esse vel est propria pas8io entis, vel magis essentiae. »
» pas dire que son essence y reste la même, et il y a autant de » matières qu'il y a de substances ; ou bien si la matière est une » en essence, elle est une en être. Qu'on choisisse I On n'osç avan-
> cer qu^en être, la matière soit une, sit un2 in esse; il est donc
> impossible ((u'elle soit une en essence. Vainement on se dérobe-
> rait à cette conclusion en ne prêtant à la matière qu'un êlre » accidentel, car alors la forme serait accidentelle aussi, et il n'y
> aurait nulle forme substantielle, il n'y aurait plus que des acci-
> dents. D'ailleurs, qu'on presse un peu cette opinion : qu'en
> sortira-t il ? La matière est la même dans ce composé et dans cet » autre; elle le sera aussi dans ce troisième, et ainsi de suite à
> l'infini, si les êtres sont infinis. Elle serait égale à Dieu, et la » matière serait Dieu lui-même (*], ce qui est absurde. *
Ici on arrête notre docteur : jusqu'à présent il est d'accord avec l'école thomiste, avec Albert et saint Thomas, pour repousser cette monstrueuse conséquence; mais Albert, s'il répugne à la conclusion, s'il la flétrit comme une détestable erreur (*), pessimtis error, est loin d'être aussi ferme quand il s'agit du principe. Il a eu le malheur de n'être pas assez décidément nominaliste au sujet de la matière, de lui assigner une sorte d'existence trop réelle, et il ne sait plus que faire de cette matière intelligible, simple sans l'être, simplex non in fine simplicitatis ; simple et cependant susceptible d'entrer en composition, componibilis; étemelle sans l'être comme Dieu, infinie en puissance seulement ('). Qu'on lui accorde qu'elle n'est pas Dieu, propterhonitatemdoctrinœ^ dit-il, et il ne sera pas éloigné d'accepter la thèse d'Avicebron, que tous les êtres ont une seule et même matière. Bacon, plus résolu, ne s'arrête pas à moitié chemin et ne veut rien laisser debout de cette chimérique entité. Il ne sert de rien, dit-il, « de se défendre en » alléguant que le raisonnement précédent prouve seulement que
(^) « El ita etset materia Deas. » (abi mpra.)
(*) Albcrtl magn. opp. Lagdoni, 1551, t. II. Phytica, lib. 1, tract. III, cap. XIII, p. 44. L'édlteor s'écrie en marge : c Poodera subtiiem modum loqaendi doctorts de poleotia matériel »
(I) Comm» nat., 2» Pars, cap. III.
» la puissance de la matière et noa la matière elle-même est infi- »me; que cette puissance est passive et celle de Dieu active, et » qu*il n'est pas impossible que la même essence , comme puisr »sance passive, soit en plusieurs et même à Tinfini, comme le )» continu, par exemple. D'abord Tinfinité du continu est une sim- » pie possibilité ; celle qu'on accorde à la matière est telle, que si
> le nombre des substances était actuellement infini , elle serait in- » finie elle-même en acte , actualUer. Le continu serait infini en » puissance, qu'il ne serait pour cela en rien semblable à Dieu; la
> matière existant en acte à la fois dans plusieurs , participerait au » contraire à la puissance divine. Ecartons donc cette comparaison. » Et quant au fond, la puissance ne dépasse pas l'essence, et si
> la puissance de la matière est infinie , son essence l'est au même
> titre; la puissance est un accident substantiel, l'accident peut-il » être plus parfait que son sujet? Comme le dit l'avant-dernière » proposition du Livre des causes, l'action d'une substance ne «peut excéder, dépasser cette substance elle-même. Il résulte » donc de leur thèse, que la puissance de la matière est réellement » infinie, et par conséquent que sa substance est infinie. La ma- » tière est donc égale à Dieu', ce qui est du délire, quod est in* T^sanum > (*).
Ainsi, dans la doctrine de la matière , Bacon semble décidément nominaliste. Hâtons-nous de dire que dans d'autres questions il défendra au contraire des solutions réalistes, et que, se mettant à part dans ce grand débat , il a voulu le dominer et se tenir en dehors des deux principaux partis, tout en inclinant toujours vers le premier {*). Les principes de sa métaphysique attaquent la doctrine thomiste, comme le réalisme; ils vont plus loin, jusqu'à compromettre la scolastique tout entière, et à répondre à ses plus importants problèmes par une fin de non recevoir. Non pas qu'on
(*) Comm. nat., 2» Pars., Ilb. I, cap. III.
(') Il ne faat pas s'obstiner ^ faire rentrer toos les systèmes scolastiqaes dans ces deux catégories, nominalisme oa réalisme. Qaerqaes propositions de Bacon seraient qaallflées de réalistes au premier chef, et pourtant, s'il faut, pour mériter ce titre, professer toutes les erreurs que M* Hauréao met à la charge du réalisme, Bâton né saurait l'aceepier.
veuille avancer que Bacon, comme métaphysicien, eût plus de profondeur que saint Thomas ou Albert; au contraire, le peu que nous connaissons de sa doctrine est singulièrement incomplet ; les grandes questions de Texistence, de la nature de Dieu, de ses rapports avec le monde , n'y sont pas même posées ; sa théorie a avant tout un caractère négatif très -prononcé. Il semble moins préoccupé du désir d'édifier que de celui de détruire ; il affirme beaucoup moins qu'il ne nie, et critique beaucoup plus qu'il ne dogmatise. C'était la trempe de son génie et de son caractère; il s'était donné pour mission de détruire Terreur, regardant comme plus facile la tâche de trouver la vérité. Ainsi, à propos de cette théorie de la matière, il attaque dans leur source et détruit dans leur principe même un grand nombre des problèmes alors creusés avec le plus d*ardeur, et qui, ses idées adoptées, ne peuvent plus subsister dans leur forme actuelle. La matière n'étant plus qu'une qualité commune à tous les êtres , un genre généralissime , communissimum genus , inséparMe de la forme, inséparable elle-même de la substance, variant à tous les degrés de l'être, susceptible de changements essentiels, se trouvant également et dans le monde des esprits et dans celui des corps ;!^d un autre côté, la forme étant considérée de la même manière , introduite partout où il y a de la matière, partout où il y a un être, et ne pouvant jamais subsister seule , que deviennent ces longues spéculations sur les substances séparées, sur cet intermonde où flottent comme d'indécises images , les entités de l' Aréopagite , cette matière non formée, cette forme qui n'est la forme de rien, ces intelligences pures qui meuvent les sphères, le ciel qui n'est lui-même qu'une forme, les anges où l'individu constitue à lui seul l'espèce , cette âme simple forme du corps si difficile à sauver de la destruction du corps, cette difficulté d'introduire la diversité dans le monde et de décider ce qui fait l'individu , de la matière ou de la forme ? Il n'y a pas une de ces questions, où le génie de saint Thomas s'est épuisé , qui ne se trouve, non pas résolue, mais niée par les principes de Bacon, et ceci nous explique qu'il y ait insisté avec complaisance, et qu'après avoir réfuté l'unité de la matière, il prouve directement
qu'à chaque degré de Têtre il y a une matière nouvelle, différente de celle du degré précéoent.
C'est une opinion répandue au moyen âge, que ce qui constitue les espèces, c'est la forme, les différences spécifiques résultant seulement de l'addition de formes nouvelles. Suivant Bacon, il y a là une erreur très-grave, et la matière tout comme la forme varie en essence, c'est-à-dire est soumise à des changements qui en affectent la nature. Elle reçoit les mêmes modifications, non pas grâce à la forme qui la fait passer à l'acte, mais en elle-même, et elle se distribue en espèces réellement distinctes : ses différences, en un mot, ne sont pas seulement extrinsèques, mais intrinsèques (*); c'est la logique qui prouve cette proposition. En effet, dans le genre supérieur, la puissance de la forme est au moins égale à celle de la matière, et la fait passer tout entière à l'existence complète et actuelle, car autrement la puissance de la matière excéderait la sienne. Si l'on admet que dans les changements successifs qui se produisent dans la substance entre le généralissime et le spécialtssime, il n'y ait que des différences formelles, ces différences, ces formes substantielles, pour les appeler par leur nom, que tropveront-elles à réaliser? Sur quelle matière s'exerceront-elles? Toute malière ayant été parfaite dans le genre, ces formes ne seront les formes de rien, ne serviront à rien, et auront été créées et engendrées en vain; elles seront des êtres inutiles, inexplicables, des différences qui n'auront pas de sujet. Toutes les différences ajoutées au genre seront donc composées, ce seront de véritables substances, c'est-à-dire qu'entre elles et le genre dont elles constituent les espèces, il n'y aura de commun que le genre luimême. Si elles n'affectaient que la forme, on serait forcé d'avouer un résultat contraire à toute logique, à savoir que le simple et le composé ont les mêmes différences distinctives. En effet, le genre de la substance se divise en deux espèces : les corps et les esprits ; mais si la forme seule constitue ces deux espèces, il s'ensuit que les corps et les esprits ne sont que des formes spirituelles ou corpo-
(*) Cêmm, nat., 8* Pars., llb. I,.cap. IV.
relies, ce qui oe se peut, puisque le composé (la substance) et le simple ne peuvent avoir les mêmes différences distinctives (*). D^aiUeurs, n^est-ce pas un principe, que dans la génération le complet et rincomplet sont de même essence ; la matière du genre est donc en puissance, non pas à Tégard d'une forme spécifique, mais aussi d'une matière. Ensuite, on prétend que le corps dans Thomme est la matière, et Tâme la forme. Si Tâme de Socrate n'est pas celle de Tanimal en général, soutiendra-t-on que son corps, c'està-dire la matière, soit la même que celle du genre animal, etc. ? Mais, dernière difficulté : il y a de graves autorités en faveur de l'unité de la matière et de son identité dans toutes les substances déterminées par la forme. Ne peut-on pas alléguer pour la défendre Aristote et Averroès? Aristote ne parait pas coupable de cette erreur, dont Averroès aurait plus de peine a se disculper. Ces deux maîtres s'expriment parfois de manière à laisser quelque nuage sur leur pensée; mais Bacon prouve, en discutant les textes, que dans ces occasions ils ne parlent pas de la matière simple, intelligible, élément de la substance, mais d'une autre matière, celle qui est l'objet de l'étude du naturaliste, la matière sensible, qui est ellemême une substance composée. 11 y a donc diverses sortes de matières; Bacon en compte six : 1" l'objet sur lequel s'exerce une action, comme l'intelligible, est la matière de l'intellect; 3" une essence différente de la forme, qui constitue avec elle le composé et se retrouve dans toute substance créée ; 3" le sujet de la génération pour les naturalistes; i^ le sujet de l'altération, c'est-èrdire ce qui peut recevoir les contraires, comme l'eau par rapport au froid et au chaud; 5*^ la matière est encore le particulier par rapport à l'universel, parce que l'universel a son principe matériel dans l'individu ; 6^ tout ce qui est vil et grossier se nomme matière, comme la terre à l'égard du feu. Le mot forme désigne à son tour plus d'un objet : c'est à la fois l'un des éléments de la substance, tout ce qui peut donner à une chose sa réalité parfaite en y ajoutant la différence spécifique ; l'acte du sujet de l'altéra-
(«) Comfn. nat,, cap. IV, 9« Pars., S* di»t.
I iioD, comme la science par rapport à Tâme, Tuniversel à l'égard
i des individus, et ce qu'il y a de plus noble dans un être, c Ces
i » distinctions, dit Bacon, sont utiles pour répondre à certains au-
> leurs qu'on peut alléguer contre moi ; la confusion des mots a
> empêché de les comprendre, et il en est de même de beaucoup V » d'opinions ayant cours dans les écoles, sermones magistrales et , » vulgati.
S in.
Jusqu'ici nous sommes dans la sphère de l'intelligible; en suivant Bacon, nous arrivons sur le terrain de la physique générale, qui n'en n'était séparée que par un fil très-léger : il s'agit encore de la matière et de la forme, mais au point de vue naturel, physique, et sous le rapport de leur rôle dans la génération. Il n'y a de sujet au changement et par suite d'appréciable pour le naturaliste, dit notre auteur, que ce qui s'engendre ; car les substances, incorruptibles, permanentes, éternelles même, mais seulement d'une éternité créée (*), ne peuvent être étudiées que par le métaphysicien.
Dans le monde naturel , il faut donc encore déterminer la matière , c'est«à-dire ce qui peut devenir tous les corps , et la forme , c'est-à-dire ce qui spécifie et distingue chaque espèce de corps ; non plus la matière intelligible, indétenninée (^), mais associée à une forme, se retrouvant, malgré leurs difierences, dans tous les êtres physiques , et servant de sujet à la génération. Cette matière
{*) Voici comment Bacon entend réternilè Aa monde : Avant la génération, il n'y a .pas de temps, ni de mouvement: il n'y a qae des sabstances immobiles permanentes dont rexistencc n'est pas mesurée par le temps. Le temps ne commence qu'avec la géDèralion; avant lui, c*est \*€Bvum qui dure, Vavum, qui est l'éternité créée, et qui suppose avant elle l'éternité incréée. En d'autres termes, avant les choses, il n'y a que leur possibilité qui est éternelle. C'est la doctrine qu'il a ^ cœur de mettre sur le compte d'Âristote, en le disculpant ainsi du principal reproche qu'on lui adresse et d'un des considérants de la sentence portée contre lui en 1309. (V. le Manuscrit de la Bibliotb. Imp. 7440). (') Idem, 2& dist., cap. I : « De materia veriflcaturquod non esiuna numéro in rébus omnibus, nec una specie ncc génère snbailerno sed generalissino. » .
c'est la substance corporelle , non pas tout entière , car elle comporte deux espèces , Tune incorruptible et étrangère à toute génération, c'est celle du Ciel; l'autre dont il s^agit est tout-à-fait terrestre (^) ; elle est créée, car le principe de la génération ne peut être lui-même soumis à la génération ; et il faut une base immobile à la mobilité ; mais elle est en même temps Torigine de tout mouvement et de tout changement. De cette source sortent tous les individus et tous les genres, bien qu'il n'y ait à proprement parler de génération que pour l'individu , et que l'universel ne soit engendré qu'accidentellement, c^est-à-dire avec le particulier. Mais pour cela il faut un second principe, c'est-à-dire la forme. Où sont les formes, les essences des choses de l'univers matériel? c La forme, le principe formel ne peut se trouver dans le même » genre que la matière, comme on l'enseigne, comme je Tai cru » longtemps, car à ce compte il n'y aurait pas de génération; la » privation ne peut avoir pour objet une forme présente, mais une » forme qui manque encore à la matière ; celle qui existe dans le » principe matériel n'est donc pas le principe formel. Il faut la » chercher hors de ce principe, car telle qu'elle y est, elle doit » périr, puisque la matière en désire une autre. » Si on met dans un seul genre, matière, forme et privation, on immobilise la création ; on rend la génération éternellement impossible. H faut chercher ailleurs le principe de la distinction des êtres; car dans la substance corporelle, les éléments matière et forme persistent tout entiers dans toute transformation , et constituent réunis le principe matériel, c Le premier sujet de la génération dont nous parlons
> ici est le genre qui peut être immédiatement commun à tout ce
> qui peut s'engendrer, et c'est la substance corporelle non céleste » et non-seulement sa matière. De même, le principe formel n'est » pas non plus la simple forme de la substance corporelle , mais » un composé. Cependant, on appelle l'un matière et l'autre forme, » parce que le premier est en puissance à l'acte et à la perfection ,
> et que le second est Pacte et la perfection même. » Cette forme ,
(^) Id., ibid. ; « SotetanUa corporea noD cœlestis. »
OÙ la trouverons-nous? Dans une des différences que peut revêtir le principe matériel. Un genre n'est en puissance qu'à deux différences spécifiques , qui sont pour la substance corporelle Télément et le mixte. Où est le principe formel? c Bien qti'il n'ait pas un » être spécial et propre , licet non habet unum esse spéciale et » propri'um , on peut cependant l'appeler la forme, c'est-à-dire ce » qui peut être renouvelé dans la matière , forma renovaMis, Ce
> sera donc à la fois l'élément et le mixte. Mais le mixte, voilà le » but définitif de la génération , et il est plus noble que l'élément
> qui n'existe que pour lui. * Solution singulièrement naturaliste et bien éloignée des idées platoniciennes qui régnent à ce sujet dans l'école thomiste. Pour Albert, la forme, le principe formel n'existe pas sans doute en acte hors des choses : « La raison d'être » des choses n'existe pour nous que dans les choses mêmes ; mais » hors de nous elle existe dans l'intellect divin. Si l'on cherche » l'origine de cette essence que possède la forme prise en elle- » même, la forme pure, on ne peut l'expliquer qu'en la regardant » comme un rayon et un reflet de la forme première, qui est l'in- 9 tellect divin.... Même dans les objets matériels, cette forme est » inteUigible par elle-même, et elle n'aurait pas ce caractère si elle » ne renfermait en elle-même cette lumière de la première intelli-
> gence, son origine. La connaissance de la forme d'un objet sen- * sible implique donc la connaissance de la cause première for- » melle (*). » Ainsi, le monde sensible lui-même n'est, pour ainsi dire, quune émanation de la pensée divine; et en poussant à l'extrême les propositions d'Albert sur la quiddité , on pourrait les convertir en celle-ci : que l'univers matériel lui-même est une idée de Dieu. Mais Bacon , par une espèce de réalisme naturaliste, dont nous ne connaissons pas d'autre exemple, ne va point aller chercher au-delà de cette terre la forme des êtres naturels , ni reporter à l'intelligence divine les idées des choses. Sans doute la forme existe, sans doute elle est distincte de la matière; mais ne la cherchez pas si haut ; la voici sous vos pieds dans l'ordre des créatures :
(^) Âlberli opp. Mêtaphys., lib. VU, t. 1, cap. IV.
ce sont les éléments et surtout les mixtes avec leurs différentes manières d'être, c'est-à-dire des êtres déjà formés, déjà complets, et non plus de simples abstractions , que Ton fait remonter de Tesprit humain à Tintellect divin (^].
Pourtant, ajoute Bacon : c Aristote dit que la considération du » principe formel revient au métaphysicien, et qu'un principe doit
> toujours subsister. Le principe formel, dans ce sens, est éternel,
> comme le premier efficient et la cause dernière. Ce ne peut être
> un ange, ce ne peuvent être les idées subsistant en dehors de » rintelligence divine, comme le dit Platon; car il est impossible » que des idées de cette nature soient en dehors de Fessence di-
> vine, comme Aristote le prouve en maint passage, et en ce cas
> même elles ne seraient pas les principes formels des choses, et » on ne saurait à laquelle donner le premier rang, puisque toutes » seraient comme des individus de la même espèce. Ce ne peut » être que lu cause première, qui est le principe formel et efficient et » la fin dernière de toutes les choses naturelles ou non, sans doute; » mais cette cause n'est pas la forme de la matière naturelle, ni » une partie de la nature : elle est la forme exemplaire dirigeant la » nature dans son opération, parce que l'essence divine idéale, » non-seulement est l'exemplaire, mais l'artisan de tout l'univers, » et la nature n'en est que l'instrument. Elle se propose une fin et » n'agit que pour la fin proposée... Mais le Créateur seul la con-
> naît; elle ne sait ce qu'elle fait... Beaucoup d'hommes fameux et » grands, disent que la première forme naturelle, le troisième des » principes, est la cause première : c'est la plus grande des erreurs, » parce que ce principe qui fait passer la matière à l'acte, qui est » corruptible et l'une des deux parties du composé, ne peut être
> la cause première, ces trois caractères répugnant à sa dignité [*j. » Bacon tient de son maître Aristote ce besoin de séparer profondément le monde de son auteur, et ne peut admettre qu'un être
(1) Cf. Hauréaa, t. II, p. 100 et suiv.
(*) L'erreur fondamentale da panthéisme d'Âmaury de Bëne, c'est cette proposition : que Dieu est le principe formel de toutes choses. — Cf. Saint Thomas, Summ. TheoL, S» Pars., qoest. III, art. 8.
SES DOCTRINES PHILOSOPHIQUES t91
I naturel participe même imparfaitement à quelque chose de divin.
I II y a là comme une tendance à affranchir la physique de Tescla-
^ vage où la tient la métaphysique. Aristote pourtant assigne à cette
> dernière science la recherche du principe formel. C'est, dit Bacon,
' qu^il est obligé de suivre Platon et Pythagore, qui ont placé la
y question sur ce terrain (*). Sans doute, ajoute-t-il, « la cause pre-
» mière est pourtant le principe formel exemplaire et idéal, en
> donnant au mot idée son sens propre et véritable; car son esd sence est l'exemplaire et l'idée de tout ce qui existe, comme le
> reconnaissent les saints et les philosophes bien pensants, et, à I » ce titre, le principe formel est un même avec le premier eflScient
> et la fin dernière ; mais cela ne peut être vrai de la forme consi- » dérée comme Tun des éléments de la substance, et à l'égard de » laquelle la matière est en puissance. » Bacon se débat ici contre une inextricable difficulté. Son bon sens lui fait un devoir de ne pas confondre le principe formel des êtres physiques avec la divinité, et, d'un autre côté, la distinction qui subjugue tous les esprits et qu'il accepte doit se maintenir. Les êtres naturels se
: composent donc de matière et de forme. Mais que faut-il entendre
ici par ces mots? La matière, le principe matériel, n'est pas une vaine possibilité, c'est une substance composée, c'est-à-dire réalisée; la forme, ce seront les éléments et les mixtes, c'est-à-dire les corps eux-mêmes dans lesquels il y a quelque chose de com-
t raun, à savoir qu'ils sont des corps ; et quelque chose qui les spé-
cifie, à savoir qu'ils sont tels éléments ou tels mixtes.
Mais voici un nouveau problème : Quelle est la force qui détermine l'union de la matière et de la forme, c'est-à-dire le mouvement,
(^) Aristote, dit-ii, se trouve embarrassé entre les opinions des Platoniciens : « Qui posuenini ide^s separabiles a materia generabili et corrupiibili et stantes per se, et Intelligibiles et spirituales et incorruptibiles, » et celle des Pythagoriciens : « Qui posuerunt rormas reroni natoraiium esse mailiematicas et numéros et figaras. Ideo oportel quod sit aiiqaa scientia commnnis ad naturalia et matbematlcalia, et ad omoia, et baec est metapbysica, et ideo Aristoteles dicit quod metapbysici est considerare de principio formali, «cilicel quantum ad completam cognitionein, ut subiilitates plaionicorum evacuentur, et non propter hoc quod hoc principium esseï solom causa prima. > (Cùmm, nat., 2« Pars., distinct. 3», cap. III.)
c^est-à-dire la génération? Les scolastiques en général répondent que c'est rinfluence du ciel : ce sont les plus modérés; d'autres ont supprimé la difficulté en identifiant la forme avec Tessence divine qui se distribue ainsi dans toute la nature. Le moindre inconvénient de la première opinion, c'est de rendre la physique impossible en rattachant tous les phénomènes à des influences sidérales. Bacon, qui se défendrait avec peine des rêveries astrologiques, semble avoir compris pourtant le défaut de cette notion commune, qui enlève toutç énergie aux substances secondes, dans Tordre moral comme dans Tordre physique. Entre la matière simple puissance, et la forme qui est Tacte même, il faut un intermédiaire; Bacon le cherche et il emprunte à Aristote le nom de ce pouvoir. C'est le troisième principe dont le maître a rarement parlé, mais enfin qu'il a nommé la privation, et que les philosophes scolastiques ont aussi recueilli, sans cependant y attacher beaucoup d'importance. 11 prouve que la privation est l'essence même de la matière : c La privation est le prin- » cipe d'où jaillit l'acte du désir, ou la simple puissance de désirer, j» Dans un sens, c'est Tessence même de la matière; dans l'autre, j c'est son accident propre ; par elle-même, elle n'est rien. Ces mots, » essence, substance, nature, puissance, vertu, pouvoir, force, » sont, quant au fonds, absolument une seule et même chose; mais » puissance et privation sont synonymes. Donc la privation est » l'essence même de la matière privée et manquant de son complé- }» ment et le désirant ; la matière, en tant que privée, et en puis-
> sance, est dite privation. C'est donc l'activité propre de la ma-
> tière qui est désignée par ce mot privation (*). » Bacon semble parfois vouloir définir la substance comme on l'a fait depuis: omnis substantia est activa, dit-il ; il se sert même presque des mots que Leibnitz emploiera plus tard, parle sans cesse d'activité, d'effort, d'action; et pourtant, par une explication qui amoindrit la portée de ses premières paroles, il restreint cette activité au simple désir, à la tendance, à Tappétit, appetitus. Il proteste contre les erreurs répandues à ce sujet : « Le vulgaire des théologiens
(<) Comm. n<U„ 3& Pars., dist. 3», cap. IV.
I > et des philosophes place dans la matière un principe actif intrin-
» sèque, qui serait une cause efiScieote, et dit que la puissance > active de la matière, excitée par la vertu de Fagent extérieur, se » produit en acte et devient forme (^). > Cette opinion est vivement combattue par notre docteur. Cette activitéintrinsèque,c*est Fagent seul qui la possède ; mais quel est cet agent ? 11 nomme ici pour exemple le feu ; ailleurs il parle de la lumière et de la chaleur (^). Il reconnaît donc, d^une part, à la matière une tendance, un désir; et, d'autre part, transporte à certaines forces, à certains agents mal définis, Factivité de la nature et les phénomènes qui s'y produisent. Un de ses axiomes favoris, c'est que les agents n^ont qu'une seule et même manière d'agir, quelle que soit la nature de Fêtre qui subit leur action ; ils lui donnent le moyen de se passer du Ciel pour expliquer la production des faits d'ici- bas, et c'est à notre connaissance le seul physicien de cette époque qui ait affirmé que quand le Ciel viendrait à s'arrêter, tout mouvement ne s'arrêterait pas dans la sphère terrestre.
Il est pénible à un esprit nourri des idées et du langage moderne, de suivre la pensée de Bacon dans ce dédale d'abstractions logiques, et Fon ne nous pardonnera de nous y être arrêtés, qu'en songeant qu'elles restituent à notre auteur un de ses titres perdus, celui de métaphysicien. Sans oser prétendre que de cette métaphysique obscune de Fécole découle le moyen âge tout entier, avec ses systèmes philosophiques, ses hérésies, ses sectes étranges, son astronomie fantastique, sa physique et sa chimie, ses discussions théologiques, ses théories psychologiques ; sans admettre, avec un écrivain érudit, que la différence entre ces siècles et les nôtres tient uniquement à une nouvelle notion de la substance qui leur a manqué et qui nous dirige (^), il faut bien avouer pourtant qu'à une époque ou la philosophie embrassait Funiversalité du savoir, la raison a dû porter dans les sciences religieuses et profanes Fempreinte qu'elle avait reçue de la plus rationnelle des sciences. La
(*) Comm, nat., î» Pars, disl. 3*, cap. IV.
(*) V. le irvilé De muUiplieatione speeierum (Op, maj., V* partie).
(>) FrM. Morinj Dieî, de ThéoU teol,, U 1. Préface.
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physique, par exemple, est définie par les Thomistes la science de Tètre en tant que mobile. Or, le mouvement est un rapport entre la puissance et Tacte, entre la matière et la forme. Il varie à Tinfini avec Tessence des êtres, et échappe fatalement à tout essai d*explication générale. Sans doute il eût été glorieux pour Bacon d^aborder de front la difficulté et de rompre en ce point avec la doctrine du péripatétisme ; mais s'il n'a pas eu ce mérite, s'il n'a pas fait au xiii* siècle ce que Descaries accomplira au xvii®, il a du moins tenté de substituer aux idées reçues sur la matière et la forme des opinions nouvelles. Il accepte les formes substantielles, mais que deviennent-elles entre ses mains ? Qu'on recueille les solutions des Thomistes, celle de Scot, celle même d'Ockam, elles n'ont de commun avec la sienne que les mots qu'il répète, comme eux trop souvent. Il n'y a pas de découvertes métaphysiques à admirer dans ces pages subtiles que nous publions pour la première fois à la fin de ce volume; les grandes questions sont plutôt écartées que résolues. Puissantes comme critique, faibles comme système, ses idées méritent la louange si elles n'ont pour but que de changer la forme de la discussion, et le blâme, si elles doivent la supprimer. 11 sera toujours meilleur d'agiter ces grands problèmes, et de parler de l'infini, même sous les noms décriés de matière et de forme, que de laisser la raison insouciante de ces mystères ou volontairement résolue à les dédaigner.