ROGER RAGON
le fond : « Hoc ideo dixi, condat-il, ut aBÎmadvertator qood Metaphysica in decem lil>ris eadem tractai secnndam Arisiotelem et À7icennam in substantia qoam logica, sed in modo differenter; et ticet Aristoteles in secundo et septimo et alibi et aliquid tangat de principiis et causis rerum et scientiarum, tamen hoc facit per argumenta dialectica, quia dialectica ad onmem methodum viam habet, ut Aristoteles dicit in Topicis. »
Ces préliminaires sont suivis de six chapitres sur les signes en général et les mots, et Bacon y déclare la guerre aux sophistes et à tous ceux qui cherchent à soulever des difficultés, en opposant réquivoque des termes aux lois du sens commun. Le premier est intitulé : De rations significandi generali. L^auteur y divise les signes en naturels et artificiels : « Prout a natura aut ab anima instituantur. » Cette division se retrouve chez saint Augustin ; mais Bacon nous assure quMl Ta inventée de son propre fonds : c Antequam vidi librum beati Augustini De doctrina christiana, cecidi per stadium propris' inventionis in divisionem signorum, quam postea inveni in principio secundi libri De doctrina christiana... > Dans le deuxième chapitre, intitulé : De significatione vociSy Fauteur établit qu'on ne doit pas toujours conclure des mots aux choses, et que plus d'un mot n'exprime qu'un simple point de vue de Tesprit. Dans le troisième, qui a pour titre : De convocatis et cointellectis, il fait remarquer que des choses diverses en elles-mêmes, perçues simultanément par Tintellect, reçoivent un nom commun, qui en réalité ne désigne rien hors de Tesprit ; que par contre, des choses inséparables en réalité se trouvent cependant exprimées par des termes dilTérents. Ces principes posés, il commence à les appliquer dans le chapitre quatrième, et à signaler en les critiquant quelques-unes des arguties auxquelles on s'attachait trop déjà, et qui faisaient pressentir l'époque prochaine des terministes : « His praedictis annexa sunt primum duo communia metaphysicœ et logicae maxime necessaria; et propter multorum ignorantiam gravissimi crrores contingunt in tota disputatione, tam theologica quam philosophica. Primum istorum est quod non potest vox significare aliquid commune univocum enti et non enti, licet hujus con-
trarium sit vulgatam et obstînate gaudeat multitudo studentium hoc errore. Secundam est roagis necessarîum scilicet quod vox potest cadere a sua sigaificatione, cujus contrario non solam obstinate, sed obstinatissime omnes fere detinentur, ut fingant errores non solam innumerabiles, sed etiam vere detestandos ex îgnorantiaillorum duorum problematum. Sustinet enîm multitudo quod Cœsar mortuus sit homo, et homo mortuus sit animai, et alia infinita, falsissima, et stultissima circa restrictiones et amplitudines in propositionibus... in his erroribus maxime vigent auctoritas indigna et fragilis, et consuetudo longa, et sensns damnabilis multitudinis stultse, et sunt causœ errorum omnium in vita et in studio, sicut copiose et efflcaciter declaratum est in priori parte hujus operis et probatum est. Et optime novi auctorem pessimi et sultissimi istorum errorum qui vocatus est Ricardus Cornubiensis, famosissimus apud stultam multitudinem ; sed apud sapîentes fuit insanus et reprobatus Parisiis propter errores quos invenerat et pervulgarat, quum solemniter legebat Sentehtias ibidem, priusquam legeret Sententias Oxonii, ab anno Domini 1250''. Ab illo igitur tempore remansit multitudo in hujus magistri erroribus usque nunc, scih'cet per quadraginta annos et amplius, et maxime in universitate Oxoniae, sicut ibidem incepit hsec demeutia infînita. >
Ainsi, suivant Bacon, c^est Tobscur Richard de Cornouailles qui mit en vogue, au xiii® siècle, ces subtilités verbales dont il cite quelques exemples, et qui ne firent que se répandre et s'aggraver au siècle suivant. Le reste de l'ouvrage, terminé au chapitre VI, traite de Téquivoque et de l'analogie ; ce sont presque les mêmes termes qu'on peut trouver dans un chapitre de la deuxième partie du manuscrit de la Mazarine, De communibus naiuralihus. Le traité s'interrompt brusquement au folio 159.
J'ai dit que le Compendium theologiœ se composait de plus de deux parties, et on peut en voir la preuve plus haut. Voici quelques lignes de la cinquième partie, qui se trouve dans un manuscrit du musée Britannique, 7 F. VIII. folio 2, sous ce titre, exact cette fois : Pars quint a de Compendio studii theologiœ. — < Acto prologo istius quintae partis hujus voluminis, quam (sic)
U6 KOGER BACON
Toeo cofflpeiiditim stiidii tbeologis, in qno quidem oomprefaendo in snmma inteniioncm totias operis, extra partem ejos signans omnia impedimenta totias stodii et remédia, nnnc accedo ad tractatnm exponens ea qnae necessaria sunt tbeologiae de perspectiva et de yisn. > Vient ensuite one apologie enthoosiaste de Foptiqne, qne fantenr . appelle saccessivement : c FIos philosophiae, pnldirior pars et meiior, et magnificentîor, ostendens dignas et gloriosas et polchras ntilitates bomano genm. > Ce qn*il faut remarquer, c*est qu'il annonce des parties suivantes in partibus sequetUUms, et ncmmie expressément la sixième tn sexta parte, qui devait être un traité De muUiplicatione specierum. Cest là que se trouve aussi la mention d'un miroir ardent construit par Bacon lui-même, comme on Ta vu plus haut. Le chapitre deuxième fait l'histoire de la science, cite les auteurs et leurs ouvrages; et on voit ensuite repandtre le texte de la perspective de VOpus majtu, si souvent répété et intercalé dans tous les grands ouvrages de Roger Bacon.
pm.
Bordeaux. — Typ. 6. Godxooiuhni.
ROGER RACON