ACTE I, SCÈNE IX fj
Je me sens si perdue avec tous ces balourds!... J'ai mon mari, sans doute... Oh! c'est un personnage! Mais, n'est-ce pas, il est un peu vieux... pour mon âge! Nous avons tous les deux des goûts si différents. Et, plus que des époux, nous sommes des parents... Vous comprenez?
Très bien.
LA BAILLIVE
L'existence est si creuse.
Quand on se sent tout ce qu'il faut pour être heureuse, Et plutôt deux fois qu'une... oui, vous avez raison... Tout ce qu'il faut... je crois... mais pas à la maison.
ROGER BONTEMPS, à/?ar/.
Aïe!
LA BAILLIVE
Évidemment, je vous dis ce que personne. Monsieur Roger Bontemps, personne ne soupçonne... Croyez que le bailli lui-même n'en sait rien... Il ne se doute pas... Vous comprenez?
Très bien.
f4 ROGER BONTEMPS
LA BAILLIVE
Je sais que c'est m'ouvrir à vous beaucoup trop vite,
Bien sûr, mais on lit dans vos yeux comme une invite.
On croirait qu'il s'y cache une sorte d'aimant
Qui m'oblige à parler irrésistiblement...
On devient votre amie, avant qu'on s'y prépare...
C'est peut-être cette auréole qui vous pare...
Une auréole, moi!
LA BAILLIVE
Celle de vos succès...
Tout ce renom qui suit votre nom si français : Roger Bontemps, et, d'aventure en aventure. Fait de vous le héros d'une amante future.
Madame, épargnez-moi... je n'ai rien d'un héros... D'abord, tous les héros sont maigres... je suis gros.
LA BAILLIVE
N'allez pas me parler de rêveurs au teint blême! Un homme n'est jamais assez gros, quand on l'aime! Je ne suis pas pour le commerce aérien Des âmes, et les corps... Vous comprenez?