ACTE I, SCÈNE IX
LA BAILLIVE
Très bien.
Alors?
Je n'ose croire...
LA BAILLIVE
Osez !
Je ne mérite pas...
C'est impossible!
LA BAILLIVE
Je suis femme et sensible, Et les femmes, toujours, cèdent, les yeux fermés, Sans résistance, à ceux qu'on a beaucoup aimés...
Mais on ne m'aime pas!... Ma vie est une auberge,
Madame, où le plaisir, non l'amour, se goberge...
La porte est toujours grande ouverte... Entre qui veut!..,
Le baiser sur la bouche y remplace l'aveu;
Les serments ne sont qu'un prétexte à n'en rien croire.
Et l'on y vient aimer, comme, ici, l'on vient boire!
f6 ROGER BONTEMPS
A ce point-là, vraiment?
Comme je vous le dis.
LA BAILLIVE
Votre cœur est si fréquenté?
Je m'agrandis...
Non, non... Que pourrait faire un cœur, comme le vôtre, D'un cœur, comme le mien. Madame, où l'on se vautre! Je dois vous prévenir : vous n'avez pas le droit De vous aventurer en un pareil endroit!... Ce serait vous commettre avec le populaire. Madame la baillive!
LA BAILLIVE
Est-ce pour me déplaire?...
Le charme d'une auberge est d'être ce qu'elle est... Le gouverneur vient bien souper chez Rondelet!... Et si, dans votre cœur, la foule est empressée, La dame du château n'en est point offensée...
Quoi? Plaît-il?