ACTE II, SCÈNE I IO
Sur vos joyeux printemps plus d'un hiver neigea I
Pour si peu que le ventre, un jour, commence à poindre,
Les deux mains ont tendance à venir s'y rejoindre...
Le soir, je vous regarde, après un bon repas,
Et vos mains... Parbleu!... Vous ne vous en doutez pas...
On ne se ride pas encor, mais on s'empâte...
Le moment est venu qu'une femme vous gâte.
Une femme!
FÉLICIE
Une femme, oui... SMl n'est pas trop tard.
ROGER BONTEMPS, d'utt air avantageux.
Ça!
FÉLICIE
Bien! Bien... Libre à vous de faire le vantard!... Je sais que vous plaisez encore aux demoiselles... Vous les verrez, toutes ensemble, ouvrir leurs ailes Et s'en aller, un jour, pour ne plus revenir... Et moi... je ne serai plus là!... pour vous punir!
Tiens! tu n'es qu'une vieille folle qui radote!
FÉLICIE
Profitez de l'argent dont Monseigneur vous dote,
I lO ROGER BONTEMPS
Croyez-moi !... J'en sais tant qui se sont crus malins Et qui ne sont, plus tard, que de vieux orphelins!...
Va-t'en au diable, avec tes airs de prophétesse!... Vraiment, tu finirais par me mettre en tristesse, Et me faire trouver maussade le soleil!... Est-ce qu'on pense à ses cent ans, un jour pareil? Quand on a des écus plein sa poche, des filles Plein le cœur!... Quand on est l'ami de joyeux drilles! Quand le jardin, à pleines roses, refleurit!... Quand, juste sous vos yeux, du beau raisin mûrit Qui, l'hiver revenu, dans le corps et dans l'âme Fera couler en vous sa chaleur et sa flamme!... Lorsqu'on a, s'il vous plaît d'être seul, dans un coin, Des livres, compagnons toujours prêts, au besoin!... Qu'il suffit d'allonger la main pour qu'on atteigne Ou son vieux Rabelais ou bien son vieux Montaigne, Qui se chargent tous deux, si fort qu'on soit épris. De vous faire estimer les choses à leur prix!... Non! Non!... Je ne suis pas si fou que je m'applique A ne considérer que le mélancolique!...
Je suis jeune!
F EL ICI E
Si vous voulez!