ACTE I, SCÈNE III If
RONDELET
Puis, je ne sais pas lire, Après tout!... Mais toi, tu lis trop!
ANNE-MARIE
Si l'on peut dire...
RONDELET, montrant le livre qu'Anne-Marie tient à la main.
Qu'est-ce encore que ce bouquin? Quelque roman? Quelque embrouillamini de poète?
ANNE-MARIE, en souriant.
Oui, maman...
RONDELET
C'est ce Roger Bontemps qui te farcit la tête Avec tout le fatras des livres qu'il te prête...
ANNE-MARIE
Il en a de si beaux, qu'il sait si bien choisir!
RONDELET
Oui, naturellement... Il te gâte à plaisir! Tu ferais beaucoup mieux...
ANNE-MARIE
Chut! Pas de gronderiel
RONDELET, suivunt sofi idée.
De t'occuper un peu de notre hôtellerie...
ANNE-MARIE
Je surveille...
RONDELET
Oui, du bout des yeux... Non, non, vois-tu, J'y tiens, à mon hôtellerie, en vieux têtu!... Mon orgueil n'admet pas qu'aucune autre la vaille! C'est pour toi, mais pour elle aussi que je travaille! Je suis ambitieux d'augmenter son renom!... Peu me chaut, un lundi, qu'elle soit pleine ou non. Mais j'enrage quand ces coquines — Dieu les damne! — Dont il faudrait battre le dos, comme un dos d'âne...
ANNE-MARIE, l'interrompant.
Paix ! Paix ! ne vous irritez pas !
RONDELET
Le sang me bout!...
Si l'on a deux bons pieds, c'est pour être debout. Que diable !
ANNE-MARIE, souriant.
Assurément! Mais, sans que je précise, Dieu nous donna... tout ce qu'il faut pour être assise.