ACTE II, SCÈNE X
Pendant plus de trois ans, je me suis souvenue... Mais, pendant ces trois ans, pourquoi n'as-tu jamais Fait signe, écrit?... Savais-je encor si tu m'aimais?
TOINET.
Je te l'avais juré.
Trois ans sans une lettre!...
Trois ans!... J'en ai tant vu, d'amoureux, se promettre De rester l'un à l'autre et de s'aimer toujours... Leurs serments éternels tenaient pendant huit jours!...
TOINET.
Pas les miens!
ANNE-MARIE
Tu n'étais qu'un enfant; l'amour s'use Plus vite en un cœur jeune... et c'était ton excuse!...
TOINET.
Quelle excuse?... Mon cœur à moi n'a point faibli!...
ANNE-MARIE
Je croyais, moi... Je devais croire à ton oubli... Je te savais soldat... et, l'un l'autre, on s'entraîne... Je ne t'en voulais pas, mais j'avais de la peine... Tu comprends, il m'aurait fallu quelque soutien.
TOINET.
Je comprends, tu jugeais de mon cœur par le tien,
Et mon insouciance eût arrangé la tienne...
Eh bien, non!... je n'ai rien promis que je ne tienne!,
On s'excuse toujours sur l'oubli des soldats!...
Pour trahir tes serments tu t'en accommodas!...
Et tu n'es pas la seule, hélas! Et plus d'une autre
A traité son amour comme tu fais du nôtre...
Mais moi, moi, souviens-toi que j'ai voulu mourir!...
Et je n'étais soldat que pour te conquérir...
ANNE-MARIE
Pourquoi ne m'as-tu pas écrit?
TOINET.
Dans la bataille, On ne peut pas... Ce galon d'or cache une entaille...
ANNE-MARIE
Toinet!
TOINET.
J'ai trouvé l'une et l'autre à Fontenoy, Où ce fut, je te jure, un terrible tournoi... On n'écrit pas, lorsque la mort, sans cesse errante. Poursuit autour de vous sa rage indifférente... Mais, lorsque je voyais l'ennemi s'éloigner. C'était un peu de toi que je croyais gagner...