‹ Roger-Ducasse, le musicien--l'Å“uvreChapitre 2 sur 13 · DURAND ET C · texte numérisé non relu

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es nombreux élèves cleM. Gabriel Fauré dont les noms répandent à travers le monde musical la gloire de l’école française, aucun sans doute plus que M. Pioger-Ducasse ne sut plus heureusement et plus naturellement imprégner sa propre personnalité des qualités si particulières qui distinguent l’art du Maître français et que celui-ci a imprimées au plus haut degré, entre tous ces disciples, à son élève de prédilection — : la distinction la plus raffinée, l’aisance et l’élégance la plus souple, le luxe le plus discret et le plus chatoyant, en meme temps que l’ordonnance, la mesure et le goût caractéristiques de la culture et de l’art français.

Il n’est pas la peine d’insister beaucoup sur le sens exact que j'entends accorder à cette constatation : je veux dire d’abord que, loin de l’appropriation commode du métier d’autrui, dont il est aujourd’hui tant d’exemples, l’assimilation de l’héritage somptueux laissé par Schumann et accru parM. F auré est l’aboutissement logique des tendances na-

turelles de M. Roger-Ducasse, et que de l’épanouissement complet de celles-ci est résulté une création entièrement originale et personnelle ; mais que cette langue subtile qui les exprime découle indéniablement de la grande école de Fauré par le charme, la finesse, et l’aisance dans laquelle elle se meut, comme elle dérive de Sébastien Bach par l’écriture contrapunctique étonnante avec laquelle l’auteur se plaît à jouer des juxtapositions et des superpositions sonores.

Né à Bordeaux, Roger-Ducasse, que rien dans son atavisme familial ne prédisposait à devenir un musicien, fut de ceux, trop nombreux, qu’une obéissance respectueuse ou imposée condamne à voir contrariée dans ses débuts la vocation qui les attire irrésistiblement. Ce n’est qu 'assez tard qu’il fut enfin cédé à son penchant, qui se manifestait violent : Roger-Ducasse développa alors rapidement sous une conduite intelligente les dons qu’il portait en lui, tout en poursuivant avec autant d’acharnement et une passion égale les études les plus complètes, dont il avait tout de suite compris la nécessité qui s’impose davantage encore à la formation du musicien, et dont l’empreinte profonde devait plus tard se traduire à un degré élevé dans la personne du compositeur devenu le librettiste de ses propres poèmes.

Pénétré d’une forte culture littéraire et d’une initiation musicale sérieuse, le jeune homme vint à Paris en 1892 avec la volonté de parfaire son éducation artistique, et le cœur rempli non pas de l’ambition qui fatalement étouffe cette assiduité au travail qui lui est encore nécessaire, mais d’une aspiration très pure vers l’idéal entrevu. Ayant passé dans la classe de de Bériot pour le piano, et de Pessard pour l’harmonie, Roger-Ducasse voulut se présenter à une classe

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de Composition; il avait déjà choisi d’instinct celle (de création récente) de Gabriel Fauré, pour lequel il professait une admiration sans réserve. Il aurait voulu se présenter à lui, mais il n’osait, ne le connaissant pas. L’occasion lui en fut donnée en novembre 1896, et l’exécution d’une Sonate pour piano et violon nouvellement écrite, et pour laquelle le jeune auteur sollicitait l’avis du Maître, en fut le prétexte. Par un quiproquo assez amusant — et flatteur — Fauré, après cette audition, ne comprit pas tout d’abord que le désir exprimé par Roger-Ducasse d’aller entendre les cours du Conservatoire était une demande d’être pris comme élève... Ducasse fut aussitôt admis ; et cet événement, qui le rapprochait chaque jour de l’intimité et de l’estime du Maître, devait être l’origine décisive et heureuse de son orientation artistique ; nous aurons l’occasion de le constater en analysant lespremières œuvres quidatentde cette période heureuse d’un enseignement précieux et fécond (1897-1908) L Concurremment, Roger-Ducasse travailla le Contrepoint et la Fugue auprès d’un Ma ître quidevaitlui donnercette « patte » de l’écriture solideque l’on sait : M. André Gédalge (1898). C’est durant ces années profitables que le jeune compositeur fit ses premières armes, appliquant instinctivement aux aspirations et aux inspirations de son cœur les premières expansions de son savoir grandissant — ce qui, évidemment, est l’apprentissage vrai du musicien — plutôt que d’accoler par contrainte des pensées non sincèrement éprouvées à un devoir stérile, sans musique et sans poésie, qui a nom « Chant donné r dans une classe d’Harmonie, ou « Cantate » dans une classe de Composition.

1. Parmi les camarades de Roger-Ducasse à la Classe Fauré il faut particulièrement citer Florent Schmitt, Maurice Ravel, Louis Aubert, (îeorges Enesco, et Mlle Nadia Boulanger.

Dans cette esquisse rapide d une biographie qui ne peut être encore que brossée à grands traits, je n’insisterai point sur les premiers débuts du compositeur ; relevons seulement, avant que d’entreprendre tout à l’heure une analyse plus détaillée de ses œuvres, quelques dates qui nous servent de points de repère dans la chronologie de cette jeune carrière. C’est d’abord, en i8q5, le plaisir de se voir imprimé tout vif par une première composition [Hymne blanc) — innocent succès, mais premier stimulant — ; puis, le 5 mars 1898, la première audition d’une œuvre en public (la Petite Suite à quatre mains, inscrite au programme de la Société Nationale). Le lendemain de cette audition, un « critique » avisé déclara bien dans un journal de musique qu’il plaignait « des artistes de la valeur de Mlle Dron et de M. Yinès, de s’attachera un pareil galimatias qui n’est même pas musical » (A. de Sivry), mais quelques musiciens plus clairvoyants distinguèrent déjà la touche fine de ces pastels pianistiques, et le talent délicat de leur auteur. Au même moment Roger-Ducasse remporte un premier succès, au Concours organisé par le Figaro[ 1898), avec une mélodie écrite sur un Rondel de Villon : Les biens dont vous estes la dame (composée, en vérité, depuis plus d’un an déjà) — œuvre par la publication de laquelle allaient s’ouvrir un peu plus tard à Roger-Ducasse, pour la première fois, les portes de l’Edition Durand — marque d’encouragement aux efforts des jeunes compositeurs français dont cette Maison se fait un juste honneur, comme s’en font un juste honneur les jeunes qui en ont bénéficié.

On peut juger de l’estime particulière dans laquelle le Professeur de la classe de Composition tenait déjà son élève, en songeant que M. Gabriel Fauré lui permit alors (1899) de le remplacer quelquefois dans la conduite de son cours au Conservatoire, et qu’il lui confia le travail de réduction

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M. Ilogcr-Ducassc, lorsqu'il était à la Classe de M. Gabriel Fauré

au piano de la partition de son céleste Requiem (1900) R puis celle à quatre mains de sa délicieuse Suite de Pelléas et Mèlisande (1901)1 2 — transcriptions intelligentes qui attestent une oreille soigneuse.

Songeant à une consécration officielle, il pense au Concours de Rome, et après deux essais malheureux (mai 1900 et 1901) se voit décerner en 1902 le Premier Second Grand Prix pour sa Cantate Alcyone écrite sur le poème de MM. Eugène et Edouard Adenis, et dont l’interprétation excellente avait été donnée par Mmes J. Raunay et Delamarre, et M. Warmbrodt. Alcyone — ce rapprochement me ravit — était précisément le titre de la première Cantate qui fut donnée pour le Prix de Rome quatre-vingt-dix-neuf ans auparavant (i8o3) lors de la création même de cette sorte de Concours, et ceci me semble comme un symbole de la vieillerie de cette institution... — ■ Mais si je m’attarde plus longuement qu’assurément il ne conviendrait sur ce qu’avec une plaisante justesse M. Samazeuilh appelle « ce je ne sais quoi qu’on nomme, à l’Institut, une Cantate », c’est précisément qu’il me semble impossible, malgré tout le mérite de ce travail, de faire entrer plus loin dans la liste et l’analyse des œuvres de son auteur ce spécimen d’un genre dont la contrainte ne saurait faire à jamais qu’un produit manufacturé et non une œuvre d’Art.

En 1903, au concours suivant, M. Roger-Ducasse partagea avec M.Mau rice Ravel (comme lui Second Grand Prix) la déception légère de n’être pas lauré à la séance de l’Institut du 27 juin — et bien que la veille, au jugementde la seule Section de Musique au Conservatoire, il ait pu être désigné. Ce résultat, accueilli avec un mécontentement

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