‹ Rois et serfsChapitre 16 sur 87 · Pièces justif. VII · texte numérisé non relu

Pièces justif. VII

ment, par la même lettre, désignés comme « enquêteurs des biens concelés «. Il est vrai que cette désignation a passé au second plan. Les redevances serviles, à l'origine simples cas particuliers dans une classe de revenus, ont vite absorbé toute l'activité des fonctionnaires chargés de les recueillir. Les collecteurs des mainmortes, comme tant d'ofllciers de la monarchie, et de plus haut placés, ont commencé par être des délégués temporaires avant de devenir des agents permanents ; ils n'étaient, par leur origine, que des enquêteurs spécialisés.

Les enquêteurs opéraient en principe deux par deux. De même, au moins à l'origine, il y eut deux collecteurs des mainmortes pour chaque circonscription, nommés tous deux par la même lettre royale. Ils opéraient quelquefois solidairement. Mais plus souvent ils travaillaient chacun de son côté. Très probablement, en bien des cas, un seul d'entre eux exécutait réellement sa commission, son collègue étant retenu ailleurs par d'autres fonctions ^.

C'était en effet une habitude invétérée chez l'administration capétienne que de confier en même temps plusieurs tâches différentes au même agent. Sans les cumuls, on n'eût jamais trouvé un personnel suffisant pour faire face aux innombrables commission's délivrées chaque année par la Chancellerie. De cette pratique, les collecteurs des mainmortes fournissent des exemples très nets. Chargés de la perception des droits serviles, on les voit au même moment, dans la même région ou dans des régions voisines, exploiter des régales ou des annates, lever les décimes ou les finances pour l'ost. En Champagne, l'un d'eux fut receveur du comté 2, Rien d'étonnant que dans ces conditions

1. Ainsi que le prouve en particulier l'examen des comptes originaux ou inventoriés par Mignon. Très souvent un seul des deux collecteurs présente son bilan. D'ailleurs les lettres de commission leur donnaient le pouvoir d"agir indépendannnent l'un de l'autre (V. Pièces justif. I et VII). Pourtant ces lettres devaient leur être communes. Guillaume de Mussi, en fonctions comme enquêteur des mainmortes de Champagne depuis le 29 août l'298, reçut une nouvelle commission en même temps que son nouveau collègue Jacques de Saint-Aubcrt. le 23 mars 1303, — une nouvelle encore lorsque Jacques fut, le 28 octobre suivant, remplacé par frère Raoul de Gisi. De même, lorsque Oudart Maquart fut adjoint à Hugue de Serqueux déjà en fonctions, une lettre datée du 23 mars 1318 fut expédiée conjointement aux deux collègues (App. II, § 2, c. 11, 12, 13, 20. 21).

2. Pour ces faits, v. App. II, § 2, les indications recueillies sur les cursus des collecteurs.

quelques-uns d'entre eux n'aient sans doute eu du collecteur des mainmortes que le titre.

Les collecteurs appartenaient à ce corps de fonctionnaires royaux qui a tant fait pour l'établissement de la monarchie et après tout pour la formation de l'État français : groupe social trop mal connu et trop difficile à connaître. Il faudrait, pour commencer à en pénétrer l'histoire, réunir des renseignements abondants sur l'origine et le cursus des hommes qui le composaient. J'ai tenté ce travail pour les collecteurs. J'ai récolté peu de chose ^. On rencontrait dans leur rang, à proportion semble-t-il à peu près égale, des laïques et des clercs : parmi ces derniers surtout des chanoines (les bénéfices canonicaux, lucratifs et peu absorbants, étaient particulièrement recherchés par les officiers royaux que le roi savait au besoin imposer au choix des chapitres), mais aussi un Templier, frère Raoul de Gisi, qui devait plus tard, dans le procès où sombra son ordre, jouer un rôle médiocrement brillant ^. Nous connaissons avec quelque précision les carrières de plusieurs collecteurs : carrières d'agents financiers d'un rang moyen, elles les promenaient de régale en double centième et de franc-fief en décime à travers tout le royaume, et les maintenaient toujours dans des postes secondaires. Il faut laisser de côté Guillaume d'e Mussi et Jacques de Saint-Aubert ; la série des percepteurs de droits serviles, pour la Champagne, s'ouvre par leurs noms ; mais, enquêteurs plutôt que collecteurs, leur mission, au moins dans son principe, était, comme nous l'avons vu, singulièrement plus étendue que celles dont furent chargés après eux les fonctionnaires qui prirent leur suite. Guillaume et Jacques exceptés, aucun des personnages qui figurent sur nos listes ne paraît jamais avoir atteint aux grands postes de bailli ou de sénéchal, ni jamais avoir siégé dans aucune des sections de la Cour du Roi. Dans le personnel administratif de la monarchie capétienne

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