‹ Rois et serfsChapitre 32 sur 87 · Artonne, Le mouvement de 1314, p. (i et p. 81, n · texte numérisé non relu

Artonne, Le mouvement de 1314, p. (i et p. 81, n

comment ou peut, dans une ceriaine mesure, y suppléer.

Toutes les lettres de manumission, ainsi confirmées par les rois, émanent, soit de Philippe le Convers et Michel Mauconduit, soit de Nicolas de Braye et Anseau de Morienval. C'est dire qu'elles se rapportent toutes aux bailliaj^es de Senlis et de Vermandois. Gardons de tirer ici de ce lait un nouvel argument. Car ces lettres nous les avons déjà produites ^. En citant les commissions, que nous ne connaissons que par elles, nous nous sommes étonnés de les voir toucher deux bailliages seulement. Cette remarque, une fois présentée suffit. 11 serait peu honnête de faire paraître deux fois, sous des masques diiïérents, les mêmes témoins.

Les serfs précautionneux qui avaient désiré pour leur affranchissement la sanction royale ne s'étaient pas trompés en soupçonnant, par avance, l'exactitude de l'administration à tenir ses engagements. C'est précisément sous le règne de Philippe le Long qu'on vit, pour la première fois, remettre en question, dans une vaste enquête, toutes les aliénations opérées précédemment au dépens du domaine : singulière pratique, qui menaçant de caducité les faveurs accordées parles rois, non seulement comme obtenues frauduleusement, mais tout simplement comme imprudentes, risquait d'aboutir et aboutit en effet à une sorte de banqueroute ofTicielle et périodique. Cette enquête s'ouvrit au mois de mars 1321 ; elle se poursuivit jusque sous le règne de Charles IV. La commission de quatre membres qui en fut chargée remua une masse énorme de documents, sans arriver, semble-t-il, à des résultats positifs bien importants ^.

Sa tâche était peut-être trop considérable pour pouvoir être menée à bonne fin. Les dons gracieux octroyés par les rois, depuis Philippe le Bel, n'étaient pas seuls menacés d'être annulés. Tous les actes portant aliénation du domaine, fût-ce à litre de vente ou d'échange, paraissaient également suspectset devaient

1. A Texception de deux de ces actes (App. III, c. 14 et 22), qui sont siiiijjle ment analysés par les Registres, et par conséquent ne donnent point le texte des lettres de commission.

2. Cf. Langlois, Registres perdus, p. 112 suiv. M. Ch.-V. Langlois a le premier débrouillé l'iiistoire, jusqu'alors inconnue, de cette grande enquête, et rassemblé les débris de ses archives. Je renvoie, une fois pour toutes, à cette sagace et savante étude.

èlre soumis à révision. Or l' affranchissement d'un serf équivalait à l'aliénation, au profit de cet homme, au détriment de son seigneur, des droits serviles autrefois perçus. C'est pourquoi, parmi les titres passés au crible, figurèrent les maiiumissions royales.

La commission étendit naturellement ses recherches au royaume tout entier. Elle accumula de prodigieuses archives ; nous ne les possédons plus dans leur intégrité première, tant s'en faut ; mais il nous en reste encore d'imposants débris. Ce sont des rapports de baillis, des inventaires où se trouvent catalogués et analysés les pièces remises par les personnes qui avaient bénéficié des grâces royales, des procès- verbaux d'enquêtes sur des cas particuliers confiées à des fonctionnaires locaux. Tout cela forme aujourd'hui un grand dossier fragmentaire, mutilé, décousu, mais où presque toutes les régions de la France capétienne sont représentées. Remuons ce fatras, pour y chercher trace des affranchissements. Dans une seule circonscription nous les trouvons mentionnés : en Vermandois. Voici dans ce bailliage comment les choses se passèrent.

Conformément aux ordres contenus dans une circulaire générale du 12 mars 1321 ^ toutes les personnes habitant le Vermandois en faveur de qui une parcelle du domaine avait été aliénée, et parmi elles les nouveaux affranchis, envoyèrent des copies authentiques de leurs titres à Paris, où elles furent centralisées entre les mains d'un notaire royal attaché au service de la commission, Gui Juliot ^. Pour en faciliter l'examen, Gui établit un inventaire assez détaillé, qui fut, selon l'usage, écrit sur un rouleau de parchemin. Nous possédons encore ce document 3. Sa rubrique est pleine de promesses. Item Van monstre pluiseurs lettres de Ph[ilippe] et Loys, roy de France qui font mencion de pluiseurs franchises baillés a pluiseurs villes, communes et personnes de condicion des apiaus de Laonnois et de mortes mains et fnrmariages. En fait il ne contient à peu près rien de ce

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