‹ Rois et serfsChapitre 52 sur 87 · Ci-dessus, p. llfi et n · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. llfi et n

2. Cf. ce qui est dit dans les manumissions accordées par Philippe le Convers •et Michel Mauconduit de l'établissement du prix : " de suis facultalibus et bonis omnibus inquisivimus dilijienter, et de jure et enioluinento omnibus que racione condicionis ipsius domino Kej^i et suis successoribus ex eisdeni jjolerant obvcnire, receplaque per nos suflicienti recompensacionc jurium et emolumentorum omnium premissorum » Pièce; juitilic. IV.

prise par Louis X de ne pas lever sur son royaume de « subside » de guerre. Il ne pouvait venir à l'idée de personne que le roi eût renoncé à « tailler » ses scrl's, qui lui appartenaient non en tant que souverain, mais à titre de seigneur et, si l'on peut dire, de simple particulier. Les barons des ligues, prompts à se révolter contre toute imposition qu'on eût exigée d'eux-mêmes, ou de leurs hommes, se souciaient assurément fort peu de ce que le roi pouvait ordonner sur ses propres terres.

En janvier 1318, des motifs analogues obligèrent Philippe V à se procurer de l'argent par des moyens extraordinaires, ou lui servirent de prétexte pour en demander. Les Flamands, malgré des promesses plusieurs fois répétées, se refusaient à exécuter cette convention d'Athis, conclue en 1305 entre Philippe le Bel et leur comte, dans laquelle les Français voyaient une sorte de charte fondamentale. On négociait encore, mais vraisemblablement sans beaucoup d'espoir ; et l'on s'apprêtait à s'armer. C'est alors que dans l'entourage du roi quelqu'un se souvint que les personnages envoyés par Louis X dans le bailliage de Senlis n'avaient affranchi personne. On décida de reprendre l'opération avortée. Une nouvelle lettre de commission fut expédiée. Remit-on également en vigueur les dispositions relatives aux serfs récalcitrants, telles que les avaient étabUes le mandement du 5 juillet ? Nous ne savons.

Ainsi, par une curieuse coïncidence, trois fois de suite, — en 1302, après Courtrai, en 1314 et en 1318, — les afïaires de Flandre provoquèrent des tournées de fonctionnaires chargés de vendre la liberté aux serfs royaux.

Pourquoi le gouvernement de Louis X, ayant résolu d'ouvrir une campagne d'affranchissements dans certaines circonscriptions, fixa-t-il son choix sur les bailliages de Senlis et de Vermandois ?

Nous ne saurions pénétrer tous ses secrets. Les motifs qui ramenèrent à écarter telle ou telle parmi les régions de la France nous échapperont toujours. En revanche ceux qui désignèrent à son attention les deux bailhages du Nord-Est semblent parfaitement clairs. La Couronne possédait là de vastes domaines.

Une abondante population servile y vivait, assez nombreuse pour avoir rendu nécessaire la création des collecteurs des mainmortes. Le pays était riche. Depuis longtemps les hommes du roi y avaient pris l'habitude d'acheter leur hberté; tout souvenir des manumissions accordées par saint Louis aux gens de Pierre- fonds et du Laonnois n'était sans doute pas efïacé. Ce zèle à acquérir une condition meilleure avait déjà été exploité au début du règne de Philippe le Bel par des commissaires, qiii avaient pour banquiers les frères Guidi. Mais depuis on ne l'avait plus sollicité. Senhs et Vermandois étaient restés en dehors de la grande tentative de 1302. Ils formaient presque une terre vierge. On pouvait en attendre beaucoup.

L'importance que l'administration centrale attachait aux commissions déhvrées en 1315 et 1318 se révèle par la qualité de certains des hommes à qui elle les remit.

Tous sans doute ne nous apparaissent point comme de la même envergure. L'un d'eux, Saince de Chaumont, était certainement un personnage obscur ; d'ailleurs, privé par hasard de son collègue Nicolas de Braye, il ne fit rien. L'autre adjoint de Nicolas, lors de sa seconde mission, Anseau de Morienval, ecclésiastique assez bien pourvu puisqu'il était doyen de Saint- Germain-l'Auxerrois, ne semble jamais avoir atteint comme fonctionnaire qu'un rang moyen et sans éclat ^.

Nicolas lui-même se trouvait déjà d'un degré plus haut : chanoine de Tournai et de Chartres ^, il siégea au Parlement et fut chargé d'enquêtes importantes ^. Michel Mauconduit, professeur ès-lois, chanoine de Paris, plus tard trésorier de Saint- Frambourg de Senhs * et doyen du très riche chapitre de Chartres,

1. Il était au service de Philippe le Bel dès 1306 ; à cette date le roi lui fit donner une prébende à Mézières (Petit, Mémoriaux, p. 152). Il accompagna en 1310 l'ost de Lyon comme paveur. Mignon, c. 2606, cf. c. 2645. Cf. sur lui Gallia Christiana, VII, c. 260.

2. Le titre de chanoine de Tournai lui est donné par sa lettre de commission. Cf. aussi d'Herbomez, Bulletin de la soc. historique de Tournai, XXIV (1890-92), !>. 22, n. 1 cl p. 37. Qu'il fût chanoine de Cliartres à la date du 28 mars 1330, c'est ce que nous apprend un des registres capitulaires de ce chapitre, liibliothèque de la ville de Chartres, ms. 1008, I, fol. 168 (mercredi avant Hameaux, 1329, a. s.). U mourut \e 13 avril 1338. Obituaires de la province de Sens, II, in-4, Paris, 1906, p. 321 c.

3. Cf. plus haut, p. 122, n. 1 et n. 2. Olim, III, 2, p. 995, n» lvii, p. 997, nOLVii.

4. X lA 3, fol. 77 v°. Etat des peticiones remises à la (^our au Parlement commençant le lundi après la Saint Martin d'hiver 1318 : « Item petlcio magistri Mi-

membre du Parlement et de la Chambre des Comptes, parcourait, en 1315, les premières étapes d'une carrière fort distinguée ^. Quant à Philippe de Villepreux dit le Convers, c'était une manière de grand personnage ^. Filleul du roi Philippe le Bel ^, qui lui offrit des livres de droit * et le choisit pour exécuteur testamentaire, il dut sans doute à ce parrainage illustre sa fortune à la fois brillante et solide. Sans doute ne le vit-on jamais se hausser aux plus hauts postes de l'État ; confiné par le sort ou par ses goûts dans des fonctions purement administratives ^, il y gagna de traverser sans accident toutes les révolutions de palais et de poursuivre sous quatre rois un paisible cursus honorum. Bien qu'il fût marié '^, il sut réunir sur sa tête presque autant de bénéfices ecclésiastiques qu'au grand siècle un abbé de cour : archidiacre de Brie en l'éghse de Meaux, archidiacre d'Eu en l'église de Rouen, trésorier de Reims et de Troyes, chanoine de Paris, de Tournai et de Notre-Dame de Mantes '. Sa mission en Vermandois ne fut qu'un épisode dans une vie remplie de travaux importants.

chaelis Malconduit thcsaurarii Sancti Frambaldi Silvanectcnsis contra abbatem et conventum Sancti Uyonisii in causa proprietatis ».

1. V. sa notice dans Guillois, Les maîtres des requêtes, p. 234. On peut la compléter par les indications suivantes-: son activité à la Chambre des Comptes. L. Perrichet, La Grande Chancellerie de France, Paris, 1912, p. 442 ; au Parlement : Aubert, Nouvelles recherches, p. 234 et 239. Cf. aussi Obituaires de la province de SenS, I, p. 220 (29) et p. 229 (23).

2. V. sa notice dans Guillois, loc. cit., p. 221. On peut la compléter par ce qui nous reste du Livre Rouge de la Chambre des Comptes, où l'on trouvera quelques indications sur les faveurs royales dont il fut l'objet (v. la table dans Langlois, Registres perdus, p. 361), — par la table des Journaux du Trésor de Charles IV, — par Aubert, Nouvelles recherches, p. 94, p. 100 n. 1, 230 n. 7, 239, — et enfin par quelques renseignements que je donnerai aux notes suivantes. Cf. aussi Langlois, Registres perdus, p. 262. Je ne sais sur quoi se fonde M. Borrelli de Serres pour affirmer (l, p. 350, n. 2) l'existence de deux personnages de ce nom, qui auraient été oncle et neveu.

3. Lettre de Clément V à Philippe le Bel, 26 janvier 1309, dans Lizerand, Clément V et Philippe IV le Bel, 1910, p. 454 ; Longnon, Documents, III, p. 31 N et 33 B. Pourquoi M. Longnon estime-t-il qu'il s'agit d'un « juif converti ? »

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