‹ Rois et serfsChapitre 9 sur 87 · Cf. plus haut, p. 61, n · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, p. 61, n

Ainsi, sous saint Louis, comme sous ses prédécesseurs, les atïranchissements ont été considérés par l'administration royale essentiellement comme des opérations financières. En échange de l'exemption de certains droits, les paysans versaient une somme d'argent. Rien de plus juste, somme toute. Le Trésor se procurait ainsi des recettes notables ; soit, en monnaie parisis : pour Villeneuve-le-Roi probablement 175 livres ^ ; pour les autres villages du Parisis, qui opérèrent leur dernier paiement en 1258, 1.701 livres; pour la chàtellenie de Pierrefonds (avec les localités voisines de Remy et Marguy), 1.187 livres 18 sous.

Après tout, les hommes de corps qui, pour devenir des hommes libres, versaient de pareilles sommes, consentaient à les verser. L'aiïranchissement formait entre le seigneur et les serfs un véritable traité ; et (nous le savons par des exemples certains) ce sont les serfs souvent qui en sollicitaient la conclusion. Saint Louis, comme tous les barons et comme toutes les communautés ecclésiastiques, taxait à prix d'argent la liberté ; nul ne s'en étonnait certainement, même parmi ceux qui recevaient ce cadeau onéreux, et l'avaient sans doute demandé. S'il n'a pas plus que ses contemporains fait preuve d'une générosité que personne n'eût comprise, a-t-il du moins, plus vite qu'eux, cédé aux requêtes de ses paysans ? Faut-il, dans ce grand mouvement de manumissions qui se développe au xiii^ siècle, le considérer comme un précurseur ?

Pour pouvoir répondre, en toute conscience, à cette grave question, il n'est qu'un moyen : dans chacune des régions sur lesquelles se sont étendus les privilèges royaux, rassembler les franchises accordées par les seigneurs et en comparer les dates avec celles des chartes émanées du roi. C'est un travail long et déhcat qui force à remuer beaucoup d'inédit. Je n'ai pu l'entreprendre que pour la région parisienne. Voici ce qu'il m'a donné :

Sous le règne de saint Louis, aux environs immédiats des villages ailranchis par le roi, parfois dans ces villages mêmes,

1. Si Ion suppose que le paiement s'effectua en deux annuités égales comme pour les autres villages ; nous savons (ci-dessus, p. 65, n. 1) que le dernier versement fut de 87 1. 1(J s.

souvent partagés entre plusieurs seigneurs, des manumissions nombreuses ont été octroyées. Je vais en indiquer les dates. Je ne citerai bien entendu que les actes concernant des communautés entières, à l'exclusion de ceux qui ne louchent qu'un individu ou une famille ; ces derniers auraient pourtant leur intérêt aussi : ils donneraient plus de force à cette petite statistique. Dans chaque localité ils précèdent d'ordinaire la manumission générale ; les familles les plus riches n'attendaient pas la délivrance de tous pour acheter leur liberté particulière. Mais ils sont beaucoup trop abondants pour trouver place ici ^

Les chanoines de Sainte-Geneviève affranchirent en août 1246 leurs serfs de Rosny-sous-Bois ^ ; en mars 1248 ceux de Créteil et Chennevières ^, Nanterre *, Vanves, Auteuil, Fontenay, Bagneux, Bourg-la-Reine et Ivry ^ ; en juin 1248 ceux d'Epinay et Quincy ®, Rungis, Villeneuve-le-Roi, Thiais, l'Hay, Mons et Athis '. Les moines de Saint-Germain des Prés, en juin 1248, leurs serfs d'Antony ^ ; en février 1250 ceux de Villeneuve- Saint-Georges, Valenton et Crosnes ^ ; en mai 1250 ceux de Cachan i°, Thiais, Choisy et Grignon ^^. L'évèque de Paris, en juillet 1255, ses serfs de Wissous ^- ; en juillet 1258 ceux de Moissy 1^. Les moines de Saint-Maur-des-Fossés, en mars 1252, leurs serfs de Saint-^Iaur, la Varenne-Saint-Maur et Chenne-

1. Pour les actes qui vont être mentionnés, je ne pourrais sans surciiarger outre mesure les notes donner des références complètes ; il en existe d'ordinaire d'assez nombreuses copies contemporaines dans des cartulaires ou dans des vidimus royaux, eux-mêmes souvent plusieurs fois copiés. Je me bornerai donc à indiquer : 1° si l'acte a été correctement publié, l'édition (ou éventuellement les éditions) ; 2° s'il est inédit, l'original, ou à défaut les meilleures copies. J'espère avoir un jour l'occasiou de fournir, de ces manumissions, un catalogue plus conforme aux bonnes règles.

3. Biblioth. Sainte-Geneviève, ms. 351, fol. 96 et 356, p. 284.

4. Confirmation royale, Gisors, mars 1248, S 1567, 1 (cf. Tardif, Carions des rois, n° 817).

5. Confirmation royale, Gournay, mars 1248, Biblioth. Sainte-Geneviève, ms. 351, fol. 95 et .356, p. 283.

6. Confirmation royale (comprenant également l'acte suivant), Paris, juin 1248, r. 22, Biblioth. Sainte-Geneviève, ms. 351, fol. 107 V et 120 v».

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