Olim, I, p. 164, n» xiii
nous savons. Jnnvillo l'ul-il le seul village beauceron à bénéficier d'une pareille laveur ? 11 i'auL poser la question ; rien ne permet de la résoudre.
La ville de Pierrefonds, depuis Philippe Auguste, avait cessé de devoir la mainmorte et le formariage. Les serfs de la châtellenie environnante n'acceptèrent pas longtemps de rester soumis à ces charges. Ils négocièrent avec Blanche de Castille, qui possédait le pays en douaire ; après la mort de la reine-mère, ils obtinrent de saint Louis son fils l'afîranchissement qu'elle leur avait sans doute promis ^. Le diplôme c[ui les lit libres est daté de septembre 1255. 11 est fort court. Mais son rédacteur prenait soin de renvoyer le lecteur, pour complément d'informations, à une pièce auxiliaire, désignée en ces termes : « un cahier inséré dans un des registres du roi «. Ce précieux document n'a point disparu. On le trouve aujourd'hui encore à la même place, semble-t-il, c^u'en 1255 ; il est relié entre deux feuillets du vénérable Registrum Giiarini. Il donne les noms, villages par villages, des nouveaux aiïranchis et les sommes payées par- i. Chacun d'eux. Vers le même temps que la chàtellenie;, ^eux, loçÊllitéfe situées sur la rive droite dq:,l';0J5!e,R€my et ]\Jargi;ay, ^vaiend^ reçu du roi la liberlfé, par une;. lettre qii€,}iou>sjijavQft«.;plu3.^{ l^e cahjev A^c^û^ifjhtiégî^tçmeiît les.rejiSjejgiremejits, fjij^ jks çonciérq ri^,€^ûjt.. Ce gj"3ii4:jaGJbç.rpo!y!^I eïïibras§avai^\si>drente!tSppt, yiUages où .habitaieiitrOS^ pCkéiif^ges ^eryilesrp..-: b b'I/3^cfl 'J iarilA
-L;,^ lettre de aianumissi-on ppur;le Laonnois s'^si pejdue.JVIaîsr u^ie)lis!te?iaiiaJi(j^iAe; à.çdle du ,G,^liiidr, du Pierrjefaïub çu; a,,coi\seryè le souvenir. Ouvrons en effe\,Ie^qgis|;E<^j^iÊléiqvii pointe a^jpurd-'hMif .5'îoono c'jgGhBq f£m çjjlq c'jîiimo?. euoii .oojjGoa rA •mo'-l
L'IiJPottt TaÉrtxTii'dhiSsi?méiifed"e ta ohûtelleme; dfiFÎarrî^oùifi, JvbiS^esise'ài'l'ApI pcndice I où l'on trouvera les références. , , ■' a . -,
■ 21 T^n'ïirrôf fTu Parïemeilf rendu à là session de Toctave de la Toussaint l2éë nous fait connaître les noms de deux autres localités, aux environs de Corapiègney oti vivaient des- serfs affranchis par Saint Louis : Armancotirt et Canly': et de dciix autres localités, dans le même cas, que je n'ai pu identilier. Cf. Appendice I, ]). 179. 3. Trente-sept villafies : c'est Je chiffre donné par le cahier. I^our les divergences entre le cahier et^la nianumission, v. ci-dessous, p. 178 n. 3. Par ménage servile j'entends le groupe (composé, le, plus soliveut d'un mari-et d'uiie femme, mais (fuelqiefois aussi constitué i)ar une communauté familiale.. d'une autre tiature, et parfois même réduit à un seul individu) qui formait unité liscale. Le rédacteur du cahier Uici se souciait pas d'énumérer le;v individus ; il a éiumiéré soigneasemenl chafjiu' versement, indiquant chaque fois non pas le nom de tous ceux au nom de qui; avait été fait le paiement (les enfants en bas iViic: ne soiit jjunais .lucntiounes), mais les noms des ])rincipaujx..(l'ïn.trc eux-' A chaque versement correspond ce ^e — faute d'un meilleur mot — j'appelle un ménage. .,;.< ;; . ■/ .(, .i ,;r.;'iv'' ..
aux Archives Nationales la cote JJ 30"^. Entre autres pièces, datant du règne de saint Louis, et, plus précisément, des années 1258 à 1260, on y lit, aux folios 154 à 156, une longue énumération dont voici l'intitulé : « Ce sont les noms des villes et des personnes auxquelles la franchise est concédée par le roi, dans la terre laonnoise >>. Suivent les noms de cjuarante-et-un villages et plus de 712 serfs et serves ^.
Ainsi, sous le règne de saint Louis, de vastes alîranchissements se sont étendus sur les domaines ruraux des rois. Leurs bénéficiaires ont été le plus souvent non pas. des villages isolés mais des groupes de villages. Pour la chàtellenie de Pierrefonds et le Laonnois, la chose saute aux yeux. Dans la région parisienne elle-même, où le mouvement paraît avoir eu un caractère plus fragmentaire, les localités c[ui versèrent, en 1258, au prévôt, le prix de leur manumission sont énumérées dans le compte trois par trois, ou quatre par quatre : unies pour le paiement comme elles l'avaient été sans doute dans l'acte de concession royale. Nous savons déjà que ces associations n'avaient rien d'exceptionnel.
De nombreux serfs ont dû à Louis IX leur liberté. Or Louis IX fut appelé saint. Ne serait-il pas tentant de chercher dans ses sentiments mêmes et dans la.géiiérosité;ide son cœur l'origine de tant d'actes d'aiïranchissements ? Certains panégyristes ont .préteaiiu. Mtril^ii^i:, à. L'ji||lueac,e^;dii jj^i^iux, souy^rain ju.sq^^'aux lïi^htrTriîssîons .fïrîvêe's:,octriÉivê€SVSQ«9 is-^n rè^të par divers' ^i^ ^neuifS "^ ; ils ignaraient les faits qu€ j'ai- rapportés plus îia^', sMÎs avai^at -pii .; citer les i privilèges ^accordés, aux' villages /:àiii ï^aiïsfôv iCiji:^^'îï-^HÎi&iSb.et'^ pays. âfèPîerrefoud»,y nul doute cftif îeïïr ^éioqùericé ;;ii"^-qtûA^iitrQ^^ j^e^^i tli^^ïié^i'^^dirifrai^l^ç^
Seconds 3 - ••-Vv" --/i^ .rn^mouoaàljp^imi.. ..)y.,i y.':-^h ■:,.:: -jin.Ar -.i, .U.
. 1 .. Appendice--!;': p. '000.; Jfe n?ai compté. <iae pour . un .ks' îmentions teJles' .qote celle-ci :« infantes Richmidis de iîiaune » ; et je n'ai pas compté les indications d'enfants sans précision de chiffre (untel « et Hberi »). C'est pourquoi jeudis '■ plus de 712 ». Un autre exemplaire An la liste. des affranchis laonnais se trouvait autrefois dan5 le registre 32 du Trésor des Chartes, aujoiirdliui peidu. V. Delaborde, Etiidt sur la constitution du Trésor des Cliarles. ^. ii.è\i'i. ■■... ■■;
- 2. Cf. Lenain de Tillemont, Vie dâ Saint Louis (.éd. delà SoC.de UHistQire de Prance). III, p. 451-452 (qui d'ailleurs .rejette cette opinioa)^ .■ - :,.v ; : r: in'c 3.- François Le Maire, dans son ffisloire el Anliquiiez d&da ville- et diocèse d:Or' léans, 2«^ éd;, . I, foL, Orléans, î(;;48, p- 327, écrit : i Le Roy- Saint Louis, ayant par son ordonnance de 1255 affranchi tous les: esclaves de Filanx;e...i«.Gest sans daute une allusion à l'affranchissement de la chàtellenie de Pierrefonds»' anal couiprià.
Peu nous importe après tout ce qu'on a dit de Louis IX bien des siècles après sa mort. Il semblera plus intéressant de consulter ses contemporains. Etant saint, il a eu ses hagiographes parmi lesquels se place, comme chacun sait, un écrivain de génie. Sa canonisation en 1282 a donné lieu à une enquête ; à l'exception de quelques fragments, les procès-verbaux en ont disparu ; mais une partie de leur substance a passé dans l'opuscule rédigé par le cordelier Guillaume de Saint-Pathus. Ni Joinville, ni le médiocre frère Guillaume n'ont craint de mentionner les actes publics de leur héros lorsqu'ils les jugeaient propres à mettre en lumière sa sainteté. Or, ni chez l'un ni chez l'autre, pas plus d'ailleurs que chez aucun historien de cette génération, les affranchissements ordonnés par le roi n'ont été l'objet de la plus petite allusion ^. Un seul écrivain du Moyen- Age s'est rencontré pour faire honneur non pas à saint Louis mais à Blanche de Castille sa mère, de pareilles mesures de liberté; c'est un auteur demeuré anonyme qui a cru bon de coudre, à un texte copié sur les Grandes Chroniques, des anecdotes dignes, pour la plupart, de peu de foi ; il vivait sans doute au xv^ siècle ^. A ne consulter que les sources narratives, on n'imaginerait pas que saint Louis ait jamais affranchi un serf.
Ce silence est significatif. On ne peut l'attribuer ni à l'igno-
1. Pas plus que Suger, dans l'apologie qu'il écrivit de son administration abbatiale (Liber de rébus in administralione sua gesiis) ne se vanta de l'affranchissement accordé par lui en 1125 aux serfs du bourg Saint-Denis, à charge pour eux de verser une somme destinée aux constructions monastiques, et de fonder un anniversaire pour lui-même ; — et pas plus que son panégyriste, le moine Guillaume, ne retint cet acte parmi ceux qu'il recueillait à la gloire du pieux abbé.
2. C'est la Chronique anonyme finissant en 1380, — fragment publié dans les Histor. de France, XXI, p. 541, d'après français 5710. Le passage relatif aux affranchissements ordonnés par Blanche de Castille avait déjà été publié par Du Cange, V. Manumissin, éd. Henschel, IV, p. 255, col. 2, d'après un ms. appartenant à M. de Mesme ; les doux textes diffèrent légèrement. Enfin un manuscrit de cette compilation existe à la Vaticane ; M. Elle Berger l'a décrit Xoticcs et r.vtrails des divers manuscrits de la Bibliothèque Vaticane (Biblioth. des Ecoles d'Atiiènes et de Rome, 6), 1879, p. 15 suiv., — mais sans le rapprocher ni du français 5710 ni du fragment d'? du Cange. La Chronique anonyme n'a jamais fait l'objet dune élude critique. Le prologue cité par M. Berger semblerait prouver qu'elle a été rédigée sous Louis XI ; mais, comme veut bien me le faire savo r M. Laucr, il ne se trouve jas dans le ms. français 57H). Je ne sais où l'auteur de la Chronique avait puisé ses renseignements. Blanche de Castille en fat a certainement eu part à l'affranchissement de Pierrefonds (v. ci-dessous, p. 177). En outre nous avons d'elle une manumission individuelle, datée de Royaumont, sept. 1250 (dans un vidimus de Saint Louis, Crépy, oct. 1251, latin 9778, fol. 242 v"). Les Grandes Chroniques lui ont prèle à tort un rôle ^ans l'affranchissement des serfs de Notre-Dame de Paris. V. mon mémoire sur Blanche de Castille et les serfsde N.-D. de Paris, p. 28.
rance, ni à l'oubli. Parmi les témoins entendus en 1282, il se trouvait certainement des personnages qui avaient été au courant de l'administration domaniale du saint roi. D'autre part, comme j'aurai plus tard l'occasion de le montrer, l'Église considérait, en principe, l'abolition du servage comme une œuvre pie. Si des contemporains bien informés et qui connaissaient la doctrine ecclésiastique, n'ont pas retenu les grands affranchissements ruraux parmi les traits qu'ils rassemblaient à l'honneur du benoît saint Louis, c'est qu'ils ne confondaient pas avec les gestes d'une bonté désintéressée les actes d'une sage direction financière.
Aussi bien nous savons pertinemment que ces afTranchissements n'étaient pas gratuits. Sans doute le diplôme établi en faveur de Villeneuve-le-Roi ne parle point d'argent ; les seuls motifs qu'il invoque (avec une concision pleine de bon goût), ce sont la piété et la miséricorde royales. Mais comment se laisser prendre à ce silence, dont nous savons déjà la valeur ? Le rôle des bailliages de France, de l'Ascension 1248 nous fait connaître le prix versé par les gens de Villeneuve ^. Au sujet des autres domaines du Parisis, point d'obscurité ; nous possédons sur eux deux documents : l'un est précisément un compte de recettes '^ ; l'autre est une charte de franchise octroyée en septembre 1263 à quelques hommes habitant Paray ^ ; le clerc qui la rédigea ne craignit pas d'y indiquer expressément ce que coûtait la liberté. Ainsi fit également celui à qui l'on doit la manumission de Pierrefonds. Restent le Laonnois et Janville. Aucun texte n'y mentionne de paiement. C'est que nos sources sont singulièrement incomplètes. Pourquoi le roi eût-il été plus généreux envers les populations beauceronnes ou laonnoises qu'envers celles de la région parisienne ou des environs de Pierrefonds ?
1. Section relative à la prévôté-baillage de Paris, //z's/or. de France, XXI, p. 270 g. « De manumissione hominuin de Nova Villa, pro ultima paga un xx vu 1. x s. »
2. Cf. plus haut, p. 61, n. 6. Le compte mentionne les versements « pro ultima medietate », ce qui nous i^crmet d'établir exactement les prix payés au total. Ce sont : Thiais, Le Val, Arcucil. Granchel, Orlv et Paray : 1094 I. : Issy, Meudon et Fleury, 83 1. 10 s. ; Villeneuve et Valenton : 523 1. 10 s.