‹ Rois, prêtres et castesChapitre 3 sur 29 · LES FORMULES SOCIALES · texte numérisé non relu

LES FORMULES SOCIALES

Au point de vue philosophique, et pour le penseur qui ne se paye ni de mots, ni de légendes, ni de la plupart de ces hypocrites abstractions dont les habiles se seryentpour gouverner le monde, l'égoïsme est le principal mobile des actions humaines.

Nous n'avons point la pensée de nier ces dévouements héroïques, ces abnégations individuelles qui surgissent parfois au milieu de la vie et de ses tristes luttes, comme le lotus émerge de la vase des étangs ; mais nous avons la prétention de soutenir que toute

agrégation sociale, malgré son but avoué de poursuivre le bien de l'ensemble, n'a été jusqu'à ce jour qu'une association léonine, dans laquelle la grande masse des actionnaires a été trompée, dupée, exploitée par son conseil d'administration. En d'autres * termes, les peuples ont été les jouets constants des castes sacerdotales et royales.

« Il s'est élevé sur la terre, a dit Volnev, des imposteurs qui se sont dits confidents de Dieu et qui, s'érigeant en docteurs des peuples, ont ouvert des voies de mensonge et d'iniquité : ils ont attaché des mérites à des pratiques indifférentes ou ridicules; ils ont érigé en vertu de prendre certaines postures, de prononcer certaines paroles, d'articuler de certains noms ; ils ont transformé en délit de manger de certaines viandes, de boire certaines liqueurs à tels jours plutôt qu'à tels autres.

C'est le juif qui mourrait plutôt que de travailler un jour de sabbat.

C'est le Perse qui se laisserait suffoquer avant de souffler le feu de son haleine.

C'est rindoue qui place la suprême perfection à se frotter de fiente de vache, et à prononcer le mystérieux monosyllabe Anne.

C'est le musulman qui croit avoir tout réparé en se lavant la tête et les bras, et qui dispute le sabre

à la main s'il faut commencer par le coude ou par ie bout des doigts.

C'est le clirétien qui se croirait damné s'il mangeait à de certains jours de la graisse au lieu de lait et de beurre.

« doctrines sublimes et vraiment célestes I ô morales parfaites et dignes du martyr et de Tapostolatl je passerai les mers pour enseigner vos leçons admirables aux peuples sauvages, aux nations reculées; je leur dirai : Jusqu'à quand marcherez- vous dans le sentier de l'ignorance, jusqu'à quand méconnaîtrez vous les vrais principes de morale et de religion? venez les apprendre des peuples savants et civilisés, ils vous enseigneront comment, pour plaire à Dieu, il faut en certains mois de l'année languir de faim et de soif tout le jour; comment on peut verser le sang de son prochain et s'en purifier, en faisant une profession dé foi et une oblalion méthodique; comment on peut lui dérober son bien et s'en absoudre, en le partageant avec certains hommes qui se vouent aie dévorer,..

« hommes crédules I montrez-moi donc l'efiSicacité de vos pratiques I

. « Depuis tant de siècles que vous les changez ou les altérez, qu'ont changé vos recettes aux lois de

U natare ? Le soleil en a-t-il plus lui? Le cours des faisons est-il autre? La terre est-elle plus féconde? Les peuples sont-ils plus heureux? Si Dieu est bon comment se plalt-il à yos pénitences? S'il est infini qn^aj ont entres hommages à sa gloire? Si ses décrets ont tout préyu, yos prières en changent-elles Tarr^'t? Répondez hommes inconséquents qui vous arrogez à vous seuls le dépôt de la yérité sur la terre. ••

€ Si le Dieu que vous invoquez rassemblait à la fois toutes les générations passées et présentes, que seraient dans cette foule ces prétendues sectes unirerselles du juif, du chrétien, du musulman, etc.. Quels seraient les jugements qu'il porterait dans sa justice égale et commune sur toutes ces insanités que chacun prétend avoir reçues de lui. C'est alors que se manifesteraient les lois simples et puissantes de la nature et de la raison, lois impartiales et justes qui pour pleuvoir sur un pays ne demandent point quel est son prophète; par qui le soleil luit également sur toutes les races des hommes, sur le blanc comme sur le noir, sur le juif, sur le musulman, sur le chrétien et sur l'idolâtre ; qui font prospérer les moissons là où des mains soigneuses les cultivent-, qui multiplie toute nation chez qui régnent l'industrie et l'ordre ; qui fait prospérer tout empire où la

justice est pratiquée^ où l'homme puissant est lié par les lois, où le pauvre est protégé par elles, où le faible vit en sûreté, où chacun enfin jouit des droits qu'il tient de la nature et d'un contrat dressé avec équité. »

Cette page éloquente, Volney ne l'eut pas écrite à notre époque. Dans ce siècle de "philosophes où il vivait, les droits sacrés du progrès de l'humanité étaient reconnus de tous; un accord tacite semblait pousser dans la même voie, le penseur agent de liberté et le prêtre agent de despotisme; il n'est pas jusqu'aux rois qui, oubliant l'étiquette du droit divin, ne se soient abaissés jusqu'à discourir par la plume ou avec des gens qu'ils eussent brûlé autrefois sur l'ordre de Rome et de leur chapelain. En face de l'émancipation universelle de la pensée, le philosophe pouvait jeter un regard en arrière et faire le procès de toutes les intolérances, de toutes les impostures qui en avaient pendant tant de siècles arrêté l'essor.

Il pouvait demander aux abbés de cour, aux chanoines en culottes courtes, aux évêques roulés dans la dentelle, à tous ces gens qui d'un rire sceptique regardaient tomber un à un leurs mystères et leurs privilèges sans songer à lutter, car la foi était morte, étouffée par la raison... Il pouvait leur demander

s LES ROIS. LES PRËTHES

« ce que leurs receltes avaient bien pu changer aux lois de la nature »... Il pouvait s'écrier d'un acceut indigné : « Oh! c'est maintenant que j'ai reconnu le mensonge de l'homme, en voyant le tableau qu'il a tracé de la divinité. » Sur le seuil d'une époque nouvelle, qui naissait avec le fanatisme de la vérité, qui avait posé et fait adopter partout le dogme de l'égalité Iiumaine, qui avait écrit le contrat social, ce lyrisme de l'écrivain, se retournant contre le passé pour lui montrer un Dieu nouveau de tolérance et de liberté, était dans la note générale; chacun était d'accord que les vieilles formules sociales et religieuses devaient être modifiées, le passé avait tait son temps même pour ceux qui en vivaient encore, et nul n'eut conçu la pensée de ramener la France du xviii' siècle sur la route du moyen âge.

Nous n'en sommes plu.s h'i...

Et c'est pour cela que nou.^^ pensons q n'écrirait pas à notre époque la page qm nous de citer..,, il se ferait rire au nez par saires. Quoi, vous philosophez, lui dirai' parlez d'un Dieu universel qui ne reconnaît^ ni secte, vous vous faites j^^^fcftmpion de!

imprescriptibles de l'hum- -^1 s'agit

cela, nous ne discutons p ^Kranc^Lri

laissons de côté les princ / ^crvi'v il.

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mules que noua érigeons en dogmes, on ne croit plus en nous, mais nous tâchons d'avoir la force et surtout de mener les hommes par la corruption; votre siècle qui avait encore quelques lambeaux de foi, n'a pas même songé à ramener les sociétés humaines sous le joag sacerdotal; eh bien, nous sommes dans un siècle qui ne croit plus aux formules religieuses, nous allons ramener les sociétés moderner; sous la férule du prêtre, en exploitant ses passions, s turpitudes, ses appétits...

Ton époque, marquis de Chassebceuf *, s'est épuisée à produire des hommes, mais nous avons interrompu la poussée gigantesque qu'ils avaient donné au char, nous avons coupé les ailes de l'esprit nouveau, et notre époque est celle des chacals, parce que nous l'avons voulu ainsi, et que nous avons préparé la curée.

Un des nôtres a d'abord dit aux populations : Enrichissez-vous 1... et nous avous complété cet aaiôme moral par cet autre ; JouiasezI... et alors la i est venue d'cUe-ml^me alléchée par nos prot nou^ l'avons à ce point façonnée et nains qu'elle ne fait rien sans un Rome et qu'elle déteste plus son frère

déshérité qui demande une place au foyer et à la chandelle que l'ennemi qui rêve le démembrement de la patrie... •

Ahl vous rêviez le progrès 1 cerveaux humanitaires, que vous êtes, vous avez prêché aux masses l'égalité et la fraternité, vous avez cru les soustraire à notre influence séculaire. Triples fous qui n'avez pas compté avec l'égoïsme et les appétits de la brute , et qui ne voyez pas que votre formule : Part égale d'air, de soleil et de liberté pour tous, ne vaut pas la nôtre : Part égale seulement pour les privilégiés.

Tiens, Chassebœuf, viens voir ce que nous avons lait de ta bourgeoisie de 89 pour lui faire expier son crime de lèse sacerdoce et de lèse royauté I... Viens voir ce que sont devenus les fils de ces hommes si fièrement trempés que l'Europe entière en armes n'a pu les faire trembler sur leurs chaises curules .et qui jetaient une tête de roi en défi à Brunswick, parce que le Prussien avait menacé de brûler Paris.

Regarde les bâtards de ces hommes puissants et admire notre habileté... Le petit-fils de celui qui a voté la mort de Louis XVI, pour expier le crime de son aieul, se fait soldat du Pape ou s'agenouille

devant le fils de la duchesse de Berry pour implorer son pardon.

Et ne l'y trompe pas, il ne s'agit ici ni des Montmorency, ni des La Tremoille, ni d'aucuns des représentants des vieux noms féodaux mourant dans les idées du passé par religion de tamille. Les soldats de notre armée moderne s'appellent Dupont et Durant. Musset les a rencontrés un jour, et les cuistres enrichis, oubliant que leurs pères battaient les étangs à grenouilles, parlent du bon vieux temps avec des larmes dans les yeux, exaltent leur fidélité au roi et leur dévouement à l'autel. Voilà les fils que la bourgeoisie Voltairienne a été forcée de mettre au monde pour la plus grande gloire de notre caste... Voilà ceux que nous ramenons tout doucecement de dix siècles en arrière et de qui nous attendons une génération nouvelle plus malléable encore... « Tu nous connais bien, nous sommes les fils de Loyola I »

En entendant ces mots, Volney eut laissé tristement errer ses regards autour de lui, et devant la singulière comédie dont il a vu se dérouler tous les actes, des pèlerinages de Lourdes aux rodomontades des généraux de sacristie qui ne savent passer la Marne que pour marcher contre leurs concitoyens, il eut laissé tomber sa plume avec dégoût...

iO LES ROIS, LES PRÊTRES

Devant ce monstrueux mouvement de bourgeois poussés par le prêtre et cherchant à fonder une aristocratie sur les ruines de l'ancienne , il eut vite compris que toutes ses indignations parties du cœur, visaient trop haut et ne portaient; pas qu'il est des castes à la bonne foi desquelles on ne fait pas l'honneur de croire, et qu'on ne parle pas de Dieu à ceux qui ne se servent de son nom que pour l'exploiter... Et regardant bien en face Dupont et Durand enrichis , devenus conservateurs et marguilliers, il leur eut dit leur fait dans un autre langage... Le seul qu'on doive appliquer sur la figure de pitre et de tabarin désertant le Pont-Neuf pour jouer le marquis de l'ancien régime.

Dupont, qui est aujourd'hui le baron Dupont, et son ami, le duc de la Durandière, ont passé par la rue des Postes; cette noblesse de cuisine s'est fait frotter d'encens et d'eau bénite, et elle crache sur ses aïeux qui ont pris la Bastille et fait trembler l'Europe.

Le baron Dupont ne parle que de ramener son roi, la Durandière pleure sur la paille humide qui tapisse le cachot du Pape, le général Boum fait bénir ses fusils par le télégraphe et ne demande qu'à massacrer le populaire...

Dupont, Durand et Boum, voilà la trinité sacrée

en laquelle espèrent le trône et l'autel, pour replacer le peuples sous le joug.

Montmorency et la Tremoille ne sont plusl Montjoie et Saint-Denis! quelle charge ils vous poussaient contre les ennemis, et comme ils arrangeaient bien les papes qui se mêlaient d'excommunier leurs rois... Le vilain devait se sentir du cœur au ventre avec de pareils chefs ; c'étaient de vieux Gaulois qui ne traînaient point leur dague sur le pavé des temples... On se fut peut-être entendu avec eux.*. MnU ils ne sont plus... Montmorency a été a«-.^h\in^ par un prêtre dont il n'a<xeptait pas le j^*:?, 'rt ?a Tr^rmoille, repentant et soumi-?, e%t î;,o:1 ^r.: w v*v.-^ret de velours, aux genoux à^s îyyA^: Xî V,.^ ;a- \r' -.> et Tautel avaient tué la L^AA^^k^, iu>^\^ . < r.-r \/"^ fitèrent pas de leur vir^yire, et 4> /r.t v.v* . t roulèrent pêle-m'Me dan • ia j//*^^,-?;^. ^*v, .< :,*? la justice du peuple.

Alors rhomme noir i^ >^/ *-* ^v ;;,,, i;> <- * t^. -^ queurs et illeur dit ; A vo . >, ,'<t y.'<::./<t'', >>. v. v.;t. v tenant, relevez à rotr-r p;.:*/; ';^ ',.> 'vv< :ir»^'/ renversé, le irùM eitmi^J; ,, ;/y ^ y<i^ <^ V-. > * de gouvemem^Dt ^^A ^^y^./.\>, r. vz * t'/'*^ égoïsme de izxtA^^ ^A d^ ';;i<V;. fc-t ^. v/w - ^ ///, v, * se laissa prendre à i'*;/;,4t, ^. V^^.^r * % •. '. .a. ^/v-

i% LES ROIS, LES PAÊTRES

pont, Durant et Boum ont succédé à Montmorency et à La Tremoille.

Dupont et Durand gouvernent au nom de la religion, de la famille et de la propriété, c'est leur nouvelle formule. Quand la mesure est comble, que ^l'étranger nous vole nos provinces, que l'impôt écrase toutes les productions, le peuple se soulève, Dupont et Durand se couchent alors dans leur cave, et Boum s'avance faisant le moulinet avec son grand sabre pour sauver, non la religion, non la famille, non la propriété que personne ne menace, mais les administrateurs Dupont et Durand, qui, sous le couvert du trône et de l'autel, ont mangé l'argent de leurs actionnaires...

Et il y a dix, quinze, vingt mille ans peut-être, que sais-jeî que la comédie dure, que la même formule sociale, égoïste et mensongère sert à l'exploitation des masses, sous la haute direction des brahmes, des hiérophantes, des lévites, des prêtres I Il est temps de s'en débarrasser pour toujours, si nous ne voulons la voir renaître, non par la coalition des gens de foi, mais par la coalition des gens d appétit qui jusqu'à ce jour se sont assouvis sur la fortune publique, et qui veulent conserver les droits de servitude qu'ils ont imposés à leur profit.

Nous avons chassé Dupont et Durand, qui nous

ramenaient périodiquement l'étranger; Boum le sauveur des sociétés, si courageux dans la rue, est mis à la retraite, mais prenons garde au dernier retour. . . La convulsion suprême des prêtres et des rois pourrait encore arrêter* la marche de la civilisation pour un siècle I

Heureusement que les adeptes du passé ne sont plus le nombre... Ils crient bien haut comme les •gens qui ont peur la nuit pour faire croire à leur force... Laissons -les sonner eux-même leur glas funèbre... Place au corbillard. C'est renterremeut catholique apostolique et romain des castes et de^ privilèges et du temps que, d'un côté nous dressons l'acte mortuaire de l'intolérance et du despotisme, de l'autre s'inscrit à l'état civil de l'histoire l'acte de naissance du droit individuel et de la liberté.

 la formule ancienne, qui consistait à diminuer le plus possible la liberté de l'individu pour constituer la prétendue liberté de l'ensemble... substituons la formule nouvelle, qui consiste à développer le plus possible la liberté de l'individu pour con«ti- .tuer la liberté du groupe social, et alors nous n'aurons plus rien à craindre des réactions sacerdotales et monarchiques, parce que nous aurons brisé tous les rouages de la vieille contrôlisation autoritaire, et que si Boum soumet facilement une

Il jLi-rir I^ î^Iîiiiâ. i'I^iL:^? :i:^rr:i:i îriJ.:*;? k

?^ •^ra Téiiiiliemenî îeree pour îoas, Ei l'^upoiit et Iiiiracd disparaîtTDiiî de la scène, où ilsaaivat voulu pair Ruiner le passé, méprises de leurs dc^v^nJ^nl^, qiiî retourneront contre les mors les porînùts des aïeux de Lourdes pour remettre au grauvl jour de la liberté ceux des ancêtres de 89*

Pendant que se livre la bataille supKuiv?, il nous a semblé qu'il ne serait pas sans intérêt d'étudier

l'œuvre des deux castes sacerdotales et royales au triple point de vue de la science, de la superstition et de l'histoire.

Nous allons d'abord voir ce qu'est la terre, et ce qu'est rhomme. Nous verrons ensuite ce que les prêtres et les rois en ont fait et, comme toujours, les traditions du vieil Orient viendront nous donner la clef de toutes les formules prétendues révélées^ sous lesquels les habiles ont voilé leur rapacité et leur égoïsme.

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