CHAPITRE II
l'esprit du passé et l'esprit nouveau
L'étude de la vérité scientifique est une conquête véritablement moderne.
Ce qui a le plus retardé dans le passé les progrès de l'intelligence humaine, c'est cette opinion éclose dans les temples de l'Inde, de la Chaldée et de l'Egypte, sous l'égoïsme féroce des races sacerdotales, qu'il fallait laisser les masses dans l'ignorance, pour les diriger avec plus de facilité vers le bien.
D'après ce paradoxe, prêtres et rois se sont unis pour étouffer de tout leur pouvoir le développement des classes laborieuses et, sous le prétexte hypocrite, que la meilleure école de morale était dans son peu de science, ils ont prolongé Fenfance du peuple ; pour prolonger leur tutelle ils ont dirigé son éducation du côté de la superstition et de la peur, et une main de fer pendant des siècles s'est étendue sur lui, pour
le maintenir dans son inexpérience et sa torpeur.
Mais cette obéissance passive n'a pas plus profité aux maîtres qu'aux esclaves, et l'engourdissement moral de la chaumière est remonté aux palais et aux temples.
Que sont devenues ces brahmes, ces mages et ces fières hiérophantes, qui du haut de leur demeure ne voyaient que des fronts courbés devant eux.
L'homme dont on mutile l'intelligence et qu'on emprisonne dans les lieux des castes, ne conserve plus qu'un sentiment mécanique, d'imitation, qui le rejette au-dessous de la brute ; car la brute, dans le cercle étroit de ses connaissances, la brute libre, ne fait rien contre elle-même, tandis que l'homme qui renonce à ses facultés, à cette lumière morale qui est en lui, n'a plus ni Tinstinct des animaux inférieurs, ni la raison, son plus bel apanage' pour se guider.
Le cédant machinalement à xme influence étrangère, en y cédant toujours, en repoussant jusqu'à la moindre velléité d'indépendance, en s'habituant à ne plus agir selon ses propres pensées, Vindividu s'émousse, sa volonté s'affaisse, il ne croît plus à sa propre conscience, pas même à ses sens ; il ne voit, n'entend, il ne touche que par les yeux, par les oreilles et par la main d'un autre qui lui-même n'est que Técho et l'instrument d'un premier 1 1...
Cest ainsi que l'erreur se perpétue et se fortifie, et que de fautes en fautes, de ténèbres en ténèbres rhumanité est arrivée à des excès si déplorables, et rintelligence à un tel point de dégradation, que des nations entières ont vécu , pendant des siècles , comme des machines à production, trayaillant au profit de leurs classes dirigeantes, et que l'homme en était arrivé à vendre son semblable ni plus ni plus ni moins qu'une bote de somme.
Pense-t-on bien que tout cela arrivait par la volonté raisonnée des masses? Non; Topinion d*uu peuple,... de dix générations de peuples, n'a été que celle d'une seule classe d'hommes assez habiles pour s'intituler les envoyés de Dieu et faire croire à leur mission, et de siècles en siècles, de race en race, les peuples qui succédaient aux peuples, les générations aux générations ont cru et se sont inclinés, parce que leurs ancêtres s'étaient inclinés et avaient cru, et puis aussi parce que celui qui voulait réfléchir, penser par lui-même, était mis hors la loi, et rejeté comme les pariales et les tchoudalos de rinde,les juifs d'Egypte, les ilôts de la Grèce, et la classe diminuée de tête de "Rome, au-dessous des plus impurs animaux. *
Aujourd'hui encore, si tant de vérités échappent
avec masses, si beaucoup parmi les plus intelligents n'osent croire à leur raison et n'osent repousser les superstitious qu'ils admettent dans les religions et qu'ils repousseraient dans la science... si sur ce terrain, si habilement préparé par le prêtre, l'étude ne les mènent pas à distinguer le bon du mauvais, le juste de l'injuste, les rêves moyens de la réalité, s'ils ne peuvent arriver à reprendre complètement possession d'eux-mêmes, n'est-ce pas par suite de leur éducation d'enfance î...
Dès les premiers pas dans la vie, on s'est efforcé de tromper leurs conceptions, d'arrêter leur libre arbitre, de fausser leur jugement ; au lieu de les laisser étudier, sentir, définir les choses de ce monde, on les leur a présentées étudiées, senties et définies, non comme elles sont, mais comme le caprice, la peur ou l'intérêt des castes dirigeantes les ont établies et voulues.
Au lieu de laisser l'esprit de Thomme aller droit à la vérité par l'examen scientifique on lui a tout montré sous un jour de convention et d'après les préjugés d'école et de routine.
Après avoir effacé en lui les notions du vrai, on les a remplacées par des faits erronés ou contradictoires, par des superstitions insensées, des pratiques absurdes et des mystères ridicules,... et quand, par hasard, une lueur de raison venait le sai-
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« Que (lartout ils aT^i-:n: ■.secrètes et des corrfjraLLU la société.
n LES ROIS. LES PRÊTRES
€ Que partout ils s*étaient attribués des immunités et des prérogatives au moyeu desquelles ils vivaient à Tabri de tous les fardeaux des autres classes.
€ Que partout ils n'essuyaient ni les fatigues du laboureur, ni les dangers du militaire, ni les revers du commerçant.
« Que partout ils vivaient célibataires, afin de s'épargner jusqu'aux embarras domestiques.
« Que partout, sous le manteau de la pauvreté, ils trouvaient le secret d'être riches et de se procurer toutes les jouissances.
« Que, sous le nom de mendicité, ils percevaient des impôts plus forts que les princes.
« Que, sous celui de dons et d'offrandes, ils se procuraient des revenus certains et exempts de frais.
« Que, sous celui de recueillement et de dévotion, ils vivaient dans l'oisiveté et dans la licence.
« Qu'ils avaient fait de l'aumône religieuse une vertu, afin de vivre tranquillement du travail d'autrui.
« Qu'ils avaient inventé des cérémonies du culte, afin d'attirer sur eux le respect du peuple en jouant le rôle des dieux dont ils se disaient les interprètes et les médiateurs, pour s'en attribuer toute la puissance; que dans ce dessein, selon les lu-
lûières ou rignorance des peuples, ils s'étaient fait tour à tour astrologues, tireurs d'horoscopes, devins, magiciens, nécromanciens , charlatans , médecins, courtisans, confesseurs de princes, toujours tendant au but de gouverner pour leur propre avantage.
« Que tantôt ils avaient élevé le pouvoir des rois et consacré leurs personnes, pour s'attirer leurs faveurs ou participer à leur puissance.
« Que tantôt ils avai.ent prêché le meurtre des tyrans (en se réservant de spécifier la tyrannie), afin de se venger de leur mépris ou de leur désobéissance.
« Que toujours ils avaient appelé impiété, ce qui nuisait à leurs intérêts; qu'ils résistaient à toute instruction publique pour exercer le monopole de la science, qu'enfin, en tous temps en tous lieux, ils avaient trouvé le secret de vivre en paix au milieu de l'anarchie, qu'ils causaient en sûreté sous le despotisme qu'ils favorisaient en repos au milieu du travail qu'ils prêchaient, dans l'abondaucâ au sein de la disette, et cela en exerçant le commerce singulier de vendre des paroles et des gestes à des gens crédulesqui les payaient comme des denrées du plus grand prix, »
• Il appartient à notre siècle de conclure logique-
ment, et d'arracher au prêtre son levier d'influence le plus puissant... L'ignorance I
L'esprit nouveau doit marcher à la conquête de l'avenir par l'instruction égale pour tous, et il ne faut pas s'imaginer que tout sera fait lorsqu'on aura appris à lire et à écrire à quelques millions d'ouvriers et de paysans, qui se hâteront de l'oublier en retournant à l'atelier ou aux champs. Il faut les élever, les moraliser par la science, leur donner un ensemble de connaissances qui augmente la somme de leurs idées générales et apporte à leur jugement de nombreuses matières de comparaison, il faut qu'ils sachent ce qu'est la société où ils vivent, ce qu'est le globe qu'ils foulent, et ce qu'ils sont euxmêmes ; il faut enfin qu'il n'y ait plus de classes privilégiées qui, sous prétexte de penser et d'agir pour les autres, n'ont d'autre but que de les maintenir en tutelle... et de ne jamais rendre leurs comptes I
Interrogeons le passé, faisons parler les annales des peuples qui ne sont plus ; scrutons la poussière des monuments qui ont gardé leur] souvenir à travers ce chaos historique peuplé de crimes, de faiblesses et de hontes. Tous les bruits sont étouffés par les cris des victimes des rois et des prêtres, plainte sinistre, qui va des bouddhistes, massacrés dans
ET LES Castes.
rinde, aux camisards, aux raiiiilf. i.i;x j»r: -^ de la Saint-BarthéleniT, rr.igga^zré? ^z. IT^z^::^. -ri : ;. vous dit à trayers les ares : 3r:.z'' 1-ri i*£ â-r -ir, i. de l'histoire!
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