‹ Roland de LattreChapitre 3 sur 3 · GO · texte numérisé non relu

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capitale dn Hainaut doit sa renaissance [i] à la fervente intimité de ^Yaudru, fille de Walbert, 5e. comte de .;. avec i:u pieux personnage qui a laisse son nom à la petite ville de Saint-Ghislain. On montrait encore, :. y .1 quelques années, l'entrée d'un souterrain par lequel notre fondatrice communiquait au 6e. siècle avec ce saint catéchumène ^2}. Le peuple, toujours avide de mystères , accourut en foule aux lieux qu'illustraient nos deux thaumaturges, et Mons, déjà entoure' de remparts , était en . -us Albon Ier., la principale ville du pays et la capitale du comté de Hainaut. Le monastère fondé par "V^audru, qui jusqu'alors avait été gouverné par une sse, entra à cette époque sous la domination des comtes de Hainaut, qui prirent bientôt après le titre de comtes de M I .m'es rendaient la justice au nom

du sou v. ■ :. Si, comme le prétend E^inhard, le puissant Charlemague ne savait | ■ signer, on ne penl

quer eu doute que les comtes de Hainaut possédassent, sous ce rapport, toutes les qualités nécessaires pour le . gnement; il est vrai que la justice de ces temps était moins embrouillée que la nôtre. Lu compen-

'..' c\i*ience d'une ville, bâtie snr l'eitplacemer,; ,:,u O.à'e.u-

ir.< la forêt charbonnière (le Hainaul), et détruite par les

- - la fin du quatrième siècle, est nue supposition si

obscure et si peu importarte, que nous lVîmettons volontiers sur

le dire de nos anciens ebroniquenrs.

On a beaucoup parlé des miracles opères par Waudru avant

et après sa mort- cous n'en citerons qu'un posthume i en 860 le

eVIbou II, à la suite de quelques démêles avec les ebanoi-

iura eue le lendemain il les remettrait à leur fUcr; ces

- - eurent recours à leur bienheureuse patronne . et le

lecjeraaic le comte n'ev-

sation, la plupart des délits se rachetaient à prix d'argent, comme cela se voit encore quelquefois aujourd'hui, et dans les affaires criminelles un peu obscures, la prestation tle serment suffisait pour faire pencher la balance en faveur de l'accusé , du moment qu'il se trouvait un cei tain nombre de témoins pour jurer avec lui. C'est ce qui nous valut, assure-t-on, la visite des Normands, déjà désireux de s'instruire dans d'aussi belles institutions. Lorsque les partis opposaient serment à serment , et que les épreuves an fer ardent, a l'eau froide, à l'eau bouillante, et autres aménités judiciaires de l'époque , paraissaient insuffisantes, on s'en rapportait chrétiennement aux Jugements de Dieu, dont l'infaillibilité ne le cédait alors en rien à ceux de notre saint-père le pape. Les dissenlioas fréquentes et les débats longs et sanglants dont Mons fut si souvent le théâtre sous ses anciens comtes , nous paraissent , ainsi que l'invasion des Huns et des Normands, d'une trop faible importance pour que nous ayons à nous en occuper dans une simple note. D'ailleurs toutes les histoires de villes se ressemblent , et les premiers matériaux sont toujours les mêmes : on doit successivement au fanatisme et à la superstition , la fondation des églises et des monastères; à la crainte ou a l'ambition féodale, la construction de ces tours, de ces forte- ; . de ces portes massives, dont les débris existaient encore chez nous il y a quelques années; enfin, aux progrès du commerce et de l'industrie, les chemins, les canaux, les dignes, les ponts et les ateliers. La noblesse et le clergé ont cherché partout à abrutir le peur le et à le fortifier par des aumônes humiliantes dans ses habitudes de fainéantise ïdl/u-s aux empiétements du pouvoir. Faiblement

resserrés par l'énergie nationale , ces deux colosses attiraient tout pour tout dévorer. Loin de refluer vers le peuple, leurs richesses allaient s'enfouir dans les caveaux d'un donjon ou d'un monastère; on les consacrait à des plaisirs ruineux ou à l'entassement d'une masse de pierres élevées pour la plus grande gloire de quelque Saint inconnu ou de problématique mémoire. Le peuple accablé sous ce double licou , croupissait à la fois dans la misère, dans l'ignorance, et semblait ne compter pour rien dans la balance du pouvoir. Laissons à leur obscurité cette tourbe de tyrans au petit pied, d'autocrates secondaires, et si l'histoire en exhume quelques-uns, que ce ne soit que le petit nombre de ceux qui par leurs vertus ou par leurs actions ont cherché à alléger les maux de la patrie dans ces jours d'abaissement et d'esclavage. Le reste de nos annales nous offrira assez de motifs d'être fiers du sol qui nous a vus naître.

(c) « Mons, au 16e. siècle atteignait, dans tous les genres, à son plus haut point de splendeur : les manufactures de draps et de serge étaient en t^-l nombre, qu'à l'heure de la sortie des ouvriers, les rues devenant trop étroites, le son du beffroi arrêtait momentanément la circulation des voitures. — Nulle part on ne travaillait le fer avec plus de dextérité. — La probité scrupuleuse de nos orfèvres, les progrès qu'ils avaient fait faire à la ciselure, inspiraient aux étrangers autant de confiance que d'admiration; plusieurs rues habitées par ces artisans, semblaient les riches galeries d'une mine de métaux précieux. »

Paridaëns. Mons, pp. 54 et 55. — Archives de Mons, Registres du conseil de ville et autres pièces. — De Bocssu. — Lemayeuk, etc.

Alors le culte des arts était en vénération parmi nous, alors ilorissaient la plupart de |nos compatriotes dont l'histoire a gardé le souvenir.

(d) Jaques Du Biiicquc , sculpteur fameux, né à Mons. Il acheva le jubé de S!e.-\Vaudru, commencé par un italien.

(e) Le 12 novembre i5i5, fut inauguré dans nos murs, comte de Hainaut , le puissant Charles-Quint, qui changea la face de l'Europe et imprima une forme nouvelle à sou système politique. Mons était alors au plus haut point de splendeur, et ce dominateur îles nations la maintint constamment calme et heureuse, au milieu des calamités et du bouleversement des états voisins. Mais hélas! ce sort prospère ne devait pas être de longue durée, et bientôt un tigre altéré de sang, satellite plus furieux encore que son maître, Albe de Tolède enfin, puisqu'il faut l'appeler par son nom, arrive dans nos murs avec un brandon enlevé au dernier auto-da-fé de Madrid, encombre les cacbots, les

* dégorge au moyen des éebafauds, et semble vouloir massacrer la nation en masse , sans doute pour forcer l'histoire d'oublier des forfaits qui cependant ne lui sont pas tous échappés.

La mort de Charles-Quint avait ouvert les Pays-Bas aux nombreux sectateurs de Luther et de Calvin, qui s'y étaient impatronisés à la faveur du changement de gouvernement. Déjà Lille, Tournay et Valenciennes s'étaient convertis aux réformateurs. Nos compatriotes, soit par conviction, soit par politique, soit enfin par la force de l'habitude, étaient restés fidèles au culte de leurs pères, et tenaient un asile ouvert coutre les ennemis de la religion et du Roi .

Mais en vain pour s'opposer aux progrès des nouvelles

doctrines et forcer les prédicants à se retirer, le successeur de Charles-Quint, par règlement en date du 2 novembre i555, avait-il déclaré les étrangers inhabiles aux emplois dans le Hainaut ; eu vain par un arrêté du 25 août suivant , ordonna-t-on de tuer les nouveaux sectaires , non seulement impunément , mais encore avec honneur, comme l'on fait un ennemi commun de la patrie et grassateur public. — Et cette ordonnance était en vigueur dans la ville de Mons,qui 234 ans P1US tot ouvrait ses portes aux Juifs chassés de France par Philippe-le-Long ( qui les avait préalablement dépouillés ) et affectait à leur habitation spéciale cette même rue des Juifs encore existante aujourd'hui : sublime exemple d'humanité et de tolérance religieuse! —

Ces mesures paraissaient encore insuffisantes pour résister aux empiétements du calvinisme et du luthéranisme ; c'était par des flots de sang que la cour de Madrid voulait calmer l'effervescence populaire, et le duc d'Albe est lâché sur les Pays-Bas avec une armée de dix mille hommes. Il débarque à Anvers le 22 août 1567. Marguerite de Parme, depuis 9 ans gouvernante générale des Dix-sept Provinces, obtient sa retraite, et d'Albe y organise dès son arrivée le conseil des troubles, autrement dit le conseil de sang.

Le Prince d'Orange et tous ceux qu'on appelait alors les rebelles, déclarés criminels de lèze-majesté, sont contraints à évacuer les Pays-Bas, et le duc d'Albe ordonne des prières publiques , non pas en expiation de ses crimes , mais en actions de grâces de ses horribles succès. Ou

pourrait dire de lui ce qu'on a dit naguère de l'infâme Trcstaillons :

Missionnaire armé, dont le Pape lui-même N'aceusa jamais la lenteur.

En effet Pie V lui dépêcha des ambassadeurs charges de le congratuler et de lui offrir de sa part un chapeau et une épée enrichie d'or et de pierreries. Ce dernier présent lui lit comprendre assez qu'il restait encore du sang à répandre et des villes à ravager. Le monstre dans son ambition ne mit plus de bornes à ses vertiges d'atrocité'; il se fit élever à Anvers un superbe monument qui semblait le représenter debout sur les ruines de notre malheureuse patrie. Il voulut un dixième sur la vente des biens mobiliers, un vingtième sur celle des immeubles, et enfin un centième, une fois donné, sur ces deux espèces de biens. Les États assemblés s'opposèrent à l'imposition du dixième ; mais les remontrances devenant inutiles, des députés furent envoyés en Espagne, pour porter au pied du trône les réclamations de tout un peuple.

D'Albe qui, jusqu'alors, n'avait pas cru devoir dissimuler ses projets, feignit d'accorder une amnistie à la majeure partie des rebelles; il promit l'oubli du passé et le pardon des injures. Mais déjà rien ne pouvait plus le soustraire à l'exécration dont il était l'objet. Mons et les autres villes regorgeaient des sbires du tyran, les Etats avaient perdu leurs privilèges, des tailles énormes pesaient sur le peuple, et les exactions du duc avaient rendu insupportable le joug de sa tyrannie. Le besoin de s'y soustraire semblait par moments confondre les croyances, et tous les partis se réunissaient pour le

maudire. — De nouveaux députes se rendirent à Madrid.

En iS^o, les huguenots, sous la conduite de Baudoin de Gavre , baron d'Incy , s'e'tant rendus maîtres de Cambrai, Louis de Berlaimont, archevêque du diocèse , vint avec son chapitre se réfugier à Mons.

Cependant la voix du peuple n'avait pas été écoutée et le fatal règlement sur la perception du dixième et du ■vingtième denier avait été publié en cette ville le 4 septembre io^i.

Les huguenots ou les gueux (c'est ainsi que le comte de Berlaimont avait appelé les citoyens véritablement amis de leur patrie; ils voulurent garder ce nom, qui est aujourd'hui leur plus beau titre de gloire) les huguenots , commandés par Lumay, comte de la Marche, s'étaient emparés du port de Brielle, le 1er. avril i5yo ; plusieurs villes leur ouvrirent ensuite leurs portes , et cette première étincelle de l'esprit public fut le signal d'un vaste incendie.

Louis de Nassau se rendit maître de Mons le 2/j mai 15^0, par un stratagème qui mérite d'être rapporté : Antoine Pinter et quelques autres de ses partisans pénétrèrent dans la ville le 23, déguisés en ouvriers brasseurs. Le lendemain, de grand matin, ils se présentèrent à la porte de France pour en sortir. Ils massacrèrent le portier, et le prince Louis entra dans Mons avec soixante hommes de cavalerie seulement. Jean de Hangest, seigneur de Genlis, vint bientôt l'y joindre avec six cents autres cavaliers qui avaient chacun un fantassin en croupe. Ces mots, toujours entendus : /^engeance et Liberté.' réveillèrent en sursaut les habitants. L'audace et le courage des huguenots suppléaient à leur nombre. Ils s'emparèrent de l'hôtel de ville et se rangèrent en bataille sur la Grande

Place. Mons fut pris avant d'avoir eu le temps de songer a sa défense.

Cette nouvelle fit sur le duc d'Albe l'effet d'un coup de foudre ; impatient de ressaisir sa proie, il de'cida le siège de la ville; ses troupes vinrent camper à Belian, la veille de la Sl.-Jean , et l'attaque commença. On prétend qu'il accusa long-temps les habitants d'avoir été d'intelligence avec le prince d'Orange.

Par décret en date du 18 juin i5y2, Philippe II transféra dans la ville d'Ath, les assemblées des États , les sièges de justice, le baillage et la haute-cour, et déclara nuls tous jugements, décrets et actes de justice, faits ou à faire à Mons, durant l'occupation de cette ville par les rebelles.

Le siège de Mons fut de longue durée; un combat s'engagea à Jemmapes et un autre à Harmignies, entre les soldats du duc d'Albe et ceux du prince d'Orange, qui venaient au secours de la place. Tous deux furent sans résultat pour le siège. — C'est pendant ce temps que Charles IX, le grand musicien et l'habile chasseur, organisait les massacres de la S1. -Barthélémy, et des fenêtres de son palais , présidait, en y participant, à l'assassinat d'une partie de ses sujets.

Mons , privé de secours , fut enfin forcé de capituler le 19 septembre. Il ouvrit ses portes au Duc d'Albe après avoir échangé des otages , garants de la foi des traités. En commémoration de cet événement, on institua une procession qui se fit annuellement le jour de la S'. -Mathieu, jusqu'en 1691.

Cependant l'heure approchait où l'atroce plénipotentiaire de Philippe II allait enfin succomber sous le poids de ses crimes ; Philippe sentait la nécessité de briser

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bientôt l'instrument de sa tyrannie, et Don Louis De Requesens fut nomme' pour le remplacer en 1 5-^4 • Despote adroit et hypocrite, Philippe méconnut le sang dont un monstre subalterne s'était gorgé par ses ordres : j'accorde, lui dit-il, lorsque ce dernier gisait sur son lit de mort, J'accorde de vous avoir établi gouverneur général de mon pays de Flandre, avec certaines instructions; si vous en avez abusé , ce n'est pas à -moi, mais à vous seul, que la charge en demeure.

Et le lâche exécuteur de tant d'homicides mourut à Lisbonne , désavoué de son maître , dans les convulsions du remords et du désespoir. Il avait alors 74 ans> Don Louis, son successeur, était entré à Bruxelles le 17 novembre 1 5^4* S°n gouvernement fut assez doux ; il fit ôter la statue de bronze que le duc d'Albe s'était érigée clans la citadelle d'Anvers, et parvint à captiver l'amour du peuple. Mais il n'eut pas le temps de réparer tout le mal qu'avait fait son prédécesseur. Il mourut le 5 mars 1076, et le gouvernement des Pays-Bas fut confié au Conseil d'État

(f) Buisseret ou Busseret, (François), d'abord évêque de Namur, puis archevêque de Cambrai, naquit à Mons en septembre i54ç). Il mourut à Valenciennes le 2 mai 161 5 et fut inhumé à Cambrai. Il étudia à Lille, obtint le canonicat à Cambrai et fut député à Rome près de Sixte-quint par le Concile provincial tenu à Mons, dans l'église de Sle.-Waudru, en i586. Il remplit successivement les fonctions d'Ofhcial, d'Archidiacre, de Doyen , de Grand -Vicaire et de professeur de droit canon à l'université de Paris. C'est à lui qu'on doit l'érection de l'école dominicale établie sur l'emplacement de l'ancienne

halle aux draps; il y fit bâtir une chapelle. — Rien n'égalait ses soins pour l'instruction de la jeunesse, et il composa, entre autres ouvrages, le Catéchisme du Diocèse. Ce prélat vertueux et éminemment distingué, homme de foi, de science et d'érudition, fut un de ceux qui combattirent l'hérésie avec le plus de zèle, de logique et d'éloquence. — Ou assure qu'il avait déjà été désigné en i5g8 pour occuper le siège archiépiscopal de Cambrai, mais qu'il avait refusé d'y monter par excès d'humilité. Il n'en prit possession qu'en i6i5, après avoir été pendant i3 ans évèqtie de Namur.

De Bodssu, Histoire de Mons ; Carpentier,

Histoire de Cambrai; Valère- André et

Guillaume G-azet, Bibliothèque belgique;

N. De Guise, Brasseur, Delewarde, Hos-

sart,... etc.

(g) Louise De Bouzanton, veuve en premières noces

de Jean de Hornu et en secondes noces de Philippe Du

Jardin, receveur général des États. Elle fonda le 20

janvier i562, l'hospice des Orphelins, qui fut établi sur

l'emplacement de l'ancien Hôtel de Bavière.

(h) L'ancienne église de S1. -Nicolas fut entièrement consumée par les flammes en 1664, et reconstruite aux frais des paroissiens quelques années plus tard.

(j) De Lattre avait fait un voyage à Rome vers i54', et séjourné près de deux ans dans cette ville.

(k) Cette pièce devait être lue à la séance publique de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut, — du 16 avril i838.

(l) Il existe à Mons, près de l'église de St.«Nicolas en Havre, une méchante ruelle, une espèce d'impasse,

dont le nom mal orthographié offre cependant beaucoup d'analogie avec celui de notre illustre compatriote; ce qui prouverait que nos pères enregistraient avec un peu plus de soin que nous nos communs brevets d'immortalité.

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